Economie

Intégration africaine : L’indispensable développement des pôles de production régionaux

  • 10 septembre 2026
  • 5 min de lecture
Intégration africaine : L’indispensable développement des pôles de production régionaux

Plus de cinq ans après l’entrée en vigueur de la Zlecaf, l’intégration économique africaine peine encore à se traduire par une véritable dynamique commerciale. Face à la fragmentation des marchés et à la faiblesse des échanges intra-africains, la Banque mondiale appelle désormais à franchir un nouveau cap afin de bâtir des pôles de production régionaux capables de connecter les économies, de développer les chaînes de valeur et de transformer le vaste marché africain en un véritable espace économique intégré.

La Presse — La Banque mondiale vient de publier, fin août 2026, un nouveau rapport recommandant le développement de pôles de production régionaux afin de faciliter l’intégration du marché africain tel que projeté par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).

Le rapport, lancé à l’occasion d’un événement organisé conjointement le 28 août à Addis Abeba par la Commission de l’union africaine, la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) et le Groupe de la Banque mondiale, constate d’abord la faible performance de la Zlecaf en matière d’augmentation des échanges interafricains et propose un nouveau cadre analytique et un plan d’action concret vers une meilleure intégration des économies africaines.

Des problèmes structurels

En effet, plus de cinq ans après l’entrée en vigueur de la Zlecaf (1er janvier 2021), les échanges commerciaux entre les pays africains sont quasiment au point mort avec uniquement 15 à 20 % des échanges. Aussi, la plupart des exportations demeurent basées sur les matières premières. Pourtant, la plupart des pays africains (54) ont déjà signé l’accord de la Zlecaf et exprimé leur conviction et leur volonté d’échanger davantage avec les pays africains, une attitude qui s’estompe face aux nombreux problèmes structurels, dont la faiblesse des infrastructures commerciales, l’existence de barrières non tarifaires, la fragmentation des paiements, les pratiques protectionnistes, etc.

« Les progrès sont au point mort, non pas par manque d’accords, mais en raison d’engagements superficiels, d’une mise en œuvre insuffisante et de systèmes de production et de commerce fragmentés », souligne le rapport dans un résumé en anglais.

Ainsi, pour libérer le potentiel que représente un marché de près de 1,5 milliard de consommateurs, une matière première diversifiée et abondante et une force de travail jeune et motivée pour bâtir un avenir meilleur, le rapport de la Banque mondiale suggère de passer d’engagements « superficiels » vers des « accords plus approfondis, assortis de dispositions contraignantes et spécifiques, générant des effets bien plus importants sur le commerce et le bien-être ».

Concrètement, il s’agit de « transformer les engagements continentaux en marchés opérationnels et en pôles de production régionaux ». Il s’agit également d’une « interopérabilité des systèmes douaniers, normatifs, de paiement, de transport, d’énergie et numériques », et ce, « afin que les entreprises puissent s’approvisionner, produire, se financer et faire commerce par-delà les frontières grâce à des règles et procédures prévisibles ».

Aussi, « une libéralisation plus poussée des services de transport, de télécommunications, financiers et professionnels pourrait accroître le commerce des services au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) d’environ 60 à 64 % d’ici 2035 », ambitionne le rapport.

Quelles recommandations ?

Les recommandations de la Banque mondiale s’articulent autour de 4 priorités, à savoir, « développer des chaînes de valeur régionales reliant la production au-delà des frontières ; réduire les frictions commerciales et réglementaires ; approfondir, mettre en œuvre et faire respecter les accords commerciaux régionaux ; et fournir des biens publics régionaux — corridors de transport, marchés de l’électricité, réseaux numériques et systèmes de paiement ».

Enfin, compte tenu de l’ampleur du projet et de la complexité de l’action, il a été recommandé de conjuguer les efforts pour réaliser des résultats tangibles bénéfiques pour tous.

« Aucune institution ne peut porter seule le chantier de l’intégration de l’Afrique. La Commission de l’Union africaine, la CEA, le Groupe de la Banque mondiale, les Etats membres, les communautés économiques régionales et le secteur privé doivent travailler ensemble pour traduire les cadres continentaux en investissements concrets et en réformes qui permettent de faire en sorte que l’intégration régionale profite aux entreprises et aux citoyens », a déclaré Selma Malika Haddadi, vice-présidente de la Commission de l’Union africaine, à l’occasion du lancement du rapport.

Le rapport de la Banque mondiale ne cite pas un secteur précis et ne mentionne pas un quelconque recours à la haute technologie ou à l’intelligence artificielle, mais laisse la liberté d’action aux décideurs afin de converger vers un marché africain plus intégré, plus souple et plus performant.

Auteur

Lassâad BEN AHMED

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