Bab el-Mandeb : La nouvelle carte de l’Iran dans la guerre des corridors maritimes
Cette évolution intervient parallèlement aux fortes perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, plaçant ainsi les deux artères maritimes situées aux deux extrémités de la péninsule Arabique au cœur des calculs de la guerre dans la région.
L’Iran est sur le point d’ouvrir un nouveau front visant à faire pression sur les routes mondiales de l’énergie et du commerce, alors que la milice houthie progresse sur la côte ouest du Yémen, prend le contrôle de la ville de Mokha et avance vers les îles Hanish et les zones proches du détroit de Bab el-Mandeb.
Cette évolution intervient parallèlement aux fortes perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, plaçant ainsi les deux artères maritimes situées aux deux extrémités de la péninsule Arabique au cœur des calculs de la guerre dans la région.
Toute tentative de modifier la situation militaire à proximité du détroit ne peut être considérée comme une simple affaire yéménite, ses répercussions s’étendant directement à la mer Rouge, au canal de Suez et au commerce mondial.
L’importance des derniers développements tient au fait que Mokha ne constitue pas seulement un gain militaire dans la guerre au Yémen. La ville se trouve à environ 80 kilomètres du détroit de Bab el-Mandeb, ce qui fait de sa prise de contrôle une étape rapprochant la milice houthie de l’une des principales voies maritimes du monde.
Les développements sur la côte ouest du Yémen coïncident avec la poursuite des perturbations dans le détroit d’Ormuz, offrant potentiellement à l’Iran, au regard des avertissements yéménites et des évolutions sur le terrain, un moyen de pression maritime aux deux extrémités de la péninsule Arabique. Ce lien est renforcé par les développements politiques qui l’accompagnent. Reuters, citant des sources saoudiennes, pakistanaises et iraniennes, a rapporté que le Pakistan avait transmis à Téhéran un avertissement saoudien l’appelant à contenir les attaques de ses alliés houthis contre le Royaume.
Selon l’agence de presse yéménite Saba, le président du Conseil de direction présidentiel yéménite a mis en garde contre le lien évident entre cette escalade et la stratégie de pression plus large de l’Iran, visant à faire supporter à d’autres le coût de la pression internationale exercée sur Téhéran, notamment en visant les pays voisins, en menaçant les infrastructures énergétiques ainsi que la mer Rouge et les chaînes d’approvisionnement, transformant ainsi la crise entre l’Iran et la communauté internationale en une crise pour la région et l’économie mondiale. Il a souligné la nécessité d’empêcher que Bab el-Mandeb ne devienne un nouvel Ormuz, ou que le Yémen ne soit transformé en plateforme de chantage.
Le coût des risques augmente
Malgré l’escalade, le trafic maritime à travers Bab el-Mandeb se poursuit. Les données de suivi des navires rapportées par Reuters montrent que 26 navires transportant des marchandises ont franchi le détroit jeudi, un niveau proche de la moyenne de 27 navires enregistrée au cours des dix derniers jours, contre seulement sept navires ayant traversé le détroit d’Ormuz le même jour, pour une moyenne de 14 navires.
Ces chiffres mettent en évidence la différence entre la fermeture d’une voie maritime et l’augmentation du niveau de risque qui l’entoure : la navigation se poursuit, mais les compagnies de transport et les armateurs évoluent dans un environnement sécuritaire plus dangereux, tandis qu’une nouvelle escalade pourrait pousser davantage de navires à modifier leurs itinéraires.
Selon des données préliminaires de suivi du trafic maritime, le nombre de navires ayant franchi le détroit d’Ormuz hier est tombé à sept, contre 11 avant-hier, un niveau nettement inférieur à la moyenne d’environ 15 navires enregistrée au cours des dix derniers jours.
L’agence Reuters, citant les données de suivi maritime de Kpler, a rapporté que deux navires avaient quitté le détroit, tandis que cinq y étaient entrés.
Les données précisent que ces chiffres n’incluent pas les navires qui auraient pu traverser le détroit après avoir désactivé leurs émetteurs du système d’identification automatique (AIS), afin d’éviter d’être détectés.
Avant le déclenchement de la guerre avec l’Iran, le 28 février dernier, environ 125 grands navires commerciaux transitaient quotidiennement par le détroit d’Ormuz. Celui-ci assurait également le passage d’environ 20 % de l’approvisionnement mondial quotidien en pétrole brut et en gaz naturel liquéfié (GNL).
Le canal de Suez, porte d’entrée et artère énergétique
Les risques entourant Bab el-Mandeb revêtent une importance qui dépasse la géographie de la mer Rouge. Le détroit constitue la porte méridionale du canal de Suez et l’une des principales voies de circulation commerciale entre l’Asie et l’Europe.
Selon Reuters, environ 7 % de la production mondiale de pétrole transite par ce détroit. Une perturbation de la navigation y laisse aux navires reliant l’Asie à l’Europe une principale alternative : contourner le cap de Bonne-Espérance, ce qui ajoute de longues distances et plusieurs jours aux trajets, tout en augmentant les coûts du carburant, de l’assurance et du transport.
Alors que les perturbations de la navigation se poursuivent à Ormuz, les risques s’étendent d’un détroit à l’autre, au moment où les États et les compagnies maritimes tentent de redessiner les routes de l’énergie et du commerce afin d’éviter les zones à risque. Ainsi, la sécurité des voies maritimes devient un facteur direct de la stabilité énergétique et commerciale mondiale, à mesure que la pression s’étend d’Ormuz à Bab el-Mandeb.
(Synthèse de médias)



