A la une Economie

Climat, eau et agriculture : Le coût croissant du dérèglement climatique

Avatar photo
  • 13 septembre 2026
  • 9 min de lecture
Climat, eau et agriculture : Le coût croissant du dérèglement climatique

La hausse des températures et la pression sur les ressources en eau fragilisent progressivement l’agriculture tunisienne, avec des répercussions sur la production, les revenus des agriculteurs, les prix et la sécurité alimentaires. Pour l’expert Faouzi Zayani, l’adaptation du modèle agricole devient un enjeu économique majeur, appelant à mieux gérer l’eau, développer les énergies renouvelables, renforcer les capacités de production et accompagner davantage les producteurs.

La Presse — Les vagues de chaleur se multiplient et exercent une pression croissante sur les cultures et les ressources en eau. Les principaux risques qui pèsent aujourd’hui sur l’agriculture tunisienne et sur les filières les plus vulnérables sont directement liés à la situation climatique alarmante que connaît le pays, particulièrement cette année. La multiplication des épisodes de chaleur et la pression croissante sur les ressources en eau font peser des risques multiples sur l’ensemble des filières agricoles. Plus de détails avec Faouzi Zayani, expert en politiques agricoles et en développement durable.

« Les risques sont multiples pour l’agriculture tunisienne, toutes filières confondues », a déclaré Faouzi Zayani. Selon lui, cet impact climatique se fait ressentir depuis quelques années déjà, et les agriculteurs en sont les premières victimes. Le consommateur tunisien subit également les conséquences de ces aléas climatiques, avec une augmentation constante des prix des fruits et légumes. Cette situation difficile a poussé certains éleveurs et céréaliers à quitter la profession, enregistrant des pertes considérables, dans un environnement qui appelle à une évolution des politiques agricoles et à une meilleure reconnaissance des producteurs en tant qu’acteurs économiques majeurs dans la création de richesse et partenaires essentiels dans la réalisation de l’autosuffisance alimentaire.

Une révision en profondeur des choix stratégiques

Pour Faouzi Zayani, les producteurs doivent être reconnus comme des acteurs majeurs de la sécurité alimentaire du pays et bénéficier d’une plus grande considération. L’expert souligne que les conséquences du dérèglement climatique et de la répétition des vagues de chaleur sont multiples. Elles se traduisent notamment par l’aggravation du stress hydrique que connaît le pays, dans un contexte qui appelle à renforcer les politiques de réforme et d’adaptation du secteur à court et moyen terme.

Il estime que le modèle agricole reposant sur une disponibilité abondante de l’eau est désormais révolu. Cette situation nécessite une révision en profondeur des choix stratégiques, afin de privilégier une agriculture durable, capable d’assurer un équilibre entre les besoins et les moyens disponibles. Il faut donc miser en priorité sur les cultures stratégiques, notamment les céréales, les cultures fourragères et les cultures maraîchères, au détriment des cultures gourmandes en eau et destinées principalement à l’exportation.

L’expert plaide également pour la mise en place durable d’autres mécanismes de préservation des ressources hydriques, notamment le traitement des eaux saumâtres, le traitement des eaux usées et, surtout, la récupération à grande échelle des eaux de pluie.

Zayani insiste par ailleurs sur la nécessité d’une « vraie révolution énergétique », qu’il considère comme une condition indispensable à toute réforme agraire. Selon lui, le pays dispose d’une réelle possibilité de transformer son paysage économique grâce au développement des énergies renouvelables et de favoriser l’émergence d’une agriculture durable, sécurisée à la fois pour le producteur et pour le consommateur.

L’expert relève également que certaines filières, notamment les céréales et l’élevage, connaissent une perte de vitesse. Elles subissent de plein fouet la sécheresse, la hausse des prix des intrants, l’augmentation des températures ainsi que les insuffisances relevées dans l’accompagnement et la vulgarisation auprès des agriculteurs par les services du ministère de l’Agriculture. Les conséquences directes sont multiples : désertification des campagnes, exode rural, baisse de la production de certains produits agricoles, dépendance accrue à l’égard de l’étranger et aggravation du déficit de la balance commerciale.

Dans ce contexte, Zayani met en garde contre le bouleversement de la cartographie agricole, qui, selon lui, n’est plus seulement un défi, mais constitue désormais une urgence absolue pour le pays. S’adapter au dérèglement climatique représente à la fois une protection pour les agriculteurs et une nécessité pour préserver la souveraineté alimentaire.

Un coût économique de plus en plus lourd

Selon Faouzi Zayani, au-delà des pertes de production, la hausse des températures peut avoir des répercussions importantes sur les revenus des agriculteurs, les prix alimentaires et, plus largement, sur la sécurité alimentaire du pays. Le coût économique de ces vagues de chaleur pourrait être particulièrement lourd pour la Tunisie.

Le métier d’agriculteur est fragilisé et plus que jamais menacé, avec des revenus en baisse, une rentabilité en berne et une hausse des prix des matières premières.

L’expert considère que la première victime de ce dérèglement climatique demeure le producteur. Sans soutien et sans accompagnement, il se retrouve confronté directement aux conséquences de ces bouleversements. Par ailleurs, avec un système d’assurance agricole qui, selon lui, n’évolue pas et ne s’adapte pas suffisamment à la nouvelle situation climatique du pays, le dispositif risque de se retrouver en décalage avec la réalité et les besoins des producteurs.

Il rappelle que ce n’est pas la première fois que les agriculteurs sont confrontés à ce type de situation. Inondations dans certaines régions, vagues de chaleur ou encore vols répétés constituent autant de facteurs qui fragilisent leur activité. Ces phénomènes affectent directement leurs conditions de vie et leur situation financière, entraînant notamment une baisse accrue de leurs revenus.

Il alerte sur le fait que la sécurité alimentaire devient de plus en plus fragile face aux changements climatiques, notamment en l’absence de réformes structurelles du secteur agricole.

L’expert observe que l’agriculture tunisienne est confrontée à des défis structurels, notamment en matière de production végétale et animale. Le pays importe une partie des produits et des ressources essentiels à la vie quotidienne et à l’activité agricole, notamment le blé tendre, les engrais et l’énergie.

On ne peut donc pas prétendre à une véritable souveraineté alimentaire tout en continuant à importer les produits nécessaires à la consommation quotidienne ainsi que les intrants indispensables aux agriculteurs pour assurer leur production.

Il souligne également que la production nationale de céréales présente un déficit structurel depuis plusieurs années. Les filières du lait et des viandes rouges connaissent également des difficultés persistantes. Le problème le plus préoccupant demeure le stress hydrique auquel le pays est confronté depuis longtemps.

Le système de production touché

Il relève, en outre, que l’ensemble du pays est affecté par la hausse des températures. Le système de production est touché dans tous les secteurs, ce qui entraîne une baisse de la production et, par conséquent, une diminution des recettes fiscales.

L’écosystème économique et agricole est ainsi profondément dérégulé et aucun acteur n’est épargné.

Pour Faouzi Zayani, le coût économique de ces vagues de chaleur pourrait être particulièrement lourd pour la Tunisie. Le consommateur subit de plein fouet la rareté des produits et leur renchérissement, notamment lorsqu’il s’agit de produits importés. Cette situation affecte directement son pouvoir d’achat et risque d’accroître davantage la dépendance du pays aux importations.

Face à la multiplication des épisodes climatiques extrêmes, Faouzi Zayani préconise de bâtir une économie résiliente, fondée sur l’anticipation, la recherche scientifique et les nouvelles technologies. Il estime que la capacité de la Tunisie à s’adapter au changement climatique sera déterminante pour son avenir.

L’expert place la gestion des ressources en eau au cœur de la réforme agricole, notamment pour les filières les plus vulnérables. Il recommande de développer le traitement des eaux saumâtres et usées, de renforcer la récupération des eaux de pluie et d’assurer l’entretien régulier des barrages et des réseaux d’irrigation afin de limiter les pertes.

Il souligne également l’importance des énergies renouvelables et des nouvelles technologies pour réduire les coûts, améliorer la gestion de l’eau et renforcer l’autosuffisance alimentaire.

Il préconise notamment le recours aux technologies permettant d’économiser l’eau et l’utilisation de l’intelligence artificielle pour optimiser la gestion des ressources hydriques.

Sur le plan agricole, il appelle à privilégier la production locale, les semences et variétés résilientes ainsi qu’une nouvelle cartographie agricole, adaptée à l’évolution des températures et des précipitations. Les cultures stratégiques, notamment les céréales, l’élevage et les cultures maraîchères, doivent être davantage privilégiées.

Enfin, l’expert insiste sur la nécessité de faciliter l’accès au financement, à travers des crédits adaptés aux capacités des agriculteurs, ainsi que sur la mise en place de mécanismes de soutien en période de crise.

Il plaide également pour une réforme urgente du système d’assurance agricole, afin de mieux protéger les producteurs contre les risques climatiques et économiques.

Avatar photo
Auteur

Sabrine AHMED

You cannot copy content of this page