De la recherche de nouvelles molécules à la personnalisation des traitements, l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives pour l’industrie pharmaceutique. Au-delà des gains de temps et d’efficacité, elle pourrait contribuer à mieux exploiter les données médicales, à améliorer le diagnostic et à faire évoluer les modèles de soins. En Tunisie, cette dynamique commence à se concrétiser à travers plusieurs initiatives et applications dans le domaine de la santé.
La Presse —L’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un levier essentiel de transformation de l’industrie pharmaceutique et, plus largement, du secteur de la santé. Cette technologie ouvre de nouvelles perspectives en matière d’innovation, de réduction des délais et de personnalisation des traitements.
À l’occasion du Forum Méditerranéen de l’IA (Fmia), Selim Khlaifi, Customer Engagement and Digital Lead pour la Tunisie et la Libye, a souligné l’importance croissante de l’IA dans la transformation des pratiques du secteur pharmaceutique. « Lorsqu’on est au contact des professionnels de santé et des patients, il faut constamment réinventer nos pratiques », a-t-il indiqué.
Un véritable « game changer »
Pour l’industrie pharmaceutique, l’intelligence artificielle constitue aujourd’hui un véritable «game changer». Son premier apport concerne la recherche et développement, un processus particulièrement long et complexe lorsqu’il s’agit de mettre au point de nouveaux médicaments.
L’intégration de l’IA permet notamment de sélectionner plus rapidement les candidats médicaments et les molécules, en anticipant leurs propriétés pharmacologiques et cliniques. « Nous constatons déjà une multiplication des pistes thérapeutiques, avec 50 % de projets précoces supplémentaires initiés dans le cadre de nos études cliniques », a précisé Khlaifi.
L’IA intervient également dans les différentes étapes des études cliniques. Elle permet notamment d’améliorer la sélection des centres et des patients et de raccourcir les cycles de développement. Selon les données avancées par le responsable, cette technologie permettrait de réduire la durée moyenne de certains processus de 40 % et d’atteindre un taux de succès de plus de 20 % dans les études correspondant aux derniers stades des essais cliniques.
Au-delà du gain de temps, l’enjeu est donc également économique et industriel : accélérer les processus de recherche et de développement permet de réduire certains délais et de mettre plus rapidement à la disposition des patients de nouvelles solutions thérapeutiques.
Vers une médecine plus personnalisée
L’un des autres apports majeurs de l’intelligence artificielle réside dans la personnalisation des soins. La prise en compte simultanée d’un volume considérable de données pourrait permettre d’affiner davantage le choix des traitements.
Profil génétique, antécédents médicaux, résultats d’imagerie ou encore données issues d’objets connectés : l’ensemble de ces informations peut contribuer à une meilleure compréhension du profil du patient. « Les apports de l’IA dans ce domaine seront donc considérables », a relevé Khlaifi.
Cette évolution marque progressivement le passage d’une médecine de masse vers une médecine davantage personnalisée, avec l’objectif d’améliorer la pertinence des traitements et, à terme, les résultats en matière de santé.
Trois défis majeurs pour les systèmes de santé
Dans le secteur de la santé, l’intelligence artificielle ne représente pas uniquement une évolution technologique. Elle constitue, selon Khlaifi, une véritable transformation susceptible de redéfinir les modèles de soins et de répondre à plusieurs défis auxquels les systèmes de santé sont confrontés.
Le premier concerne les retards dans le diagnostic. Dans certaines pathologies, notamment le cancer, un diagnostic tardif peut avoir des conséquences importantes sur la prise en charge et les résultats cliniques.
Le deuxième défi est lié à la pression croissante exercée sur les systèmes de santé. L’augmentation des maladies chroniques, le vieillissement de la population et la progression de la demande de soins mettent les capacités existantes sous tension. Enfin, le troisième défi concerne l’explosion du volume de données scientifiques et médicales.
Cette masse d’informations devient de plus en plus difficile à traiter uniquement par les moyens humains. L’IA peut ainsi contribuer à analyser et à exploiter ces données de manière plus rapide et structurée, a-t-il expliqué. Le cancer du sein constitue notamment l’un des domaines d’intervention.
Selon Selim Khlaifi, des retards dans le diagnostic peuvent encore être observés en Tunisie, notamment entre la réalisation d’une mammographie et l’obtention des résultats. Il a également fait état d’un taux de concordance élevé entre l’analyse du radiologue et celle de l’outil d’intelligence artificielle. Dans certains cas, ce dernier aurait permis de détecter des anomalies ou des cas de cancer qui n’étaient pas visibles à l’œil nu.
La Tunisie, un terrain d’innovation
Ces expériences illustrent le potentiel de la Tunisie en matière d’adoption des technologies d’intelligence artificielle dans le secteur de la santé. « La Tunisie constitue un véritable terrain d’innovation et nous sommes engagés dans cette dynamique », a ajouté Selim Khlaifi. «Notre objectif est de créer des ponts avec les autres acteurs clés du secteur de la santé en Tunisie et dans le bassin méditerranéen », a conclu Selim Khlaifi.
Au-delà de ses applications médicales, l’intelligence artificielle apparaît ainsi comme un facteur de transformation économique du secteur pharmaceutique. En accélérant la recherche, en optimisant certains processus et en favorisant une médecine plus personnalisée, elle pourrait contribuer à améliorer l’efficience des systèmes de santé tout en ouvrant de nouvelles perspectives d’innovation en Tunisie.



