La Tunisie s’apprête à franchir une nouvelle étape dans la réduction de l’impact climatique du secteur du froid. À partir du 1er janvier 2027, un projet de texte réglementaire prévoit d’interdire la fabrication locale et l’importation de certains équipements utilisant des hydrofluorocarbures (HFC), notamment les climatiseurs domestiques de type “split” fonctionnant au R-410A. Pour les nouveaux appareils, le marché tunisien devrait ainsi s’orienter vers le R-32, tandis que les équipements déjà installés ne seront pas concernés par une obligation de remplacement.
Cette évolution s’inscrit dans la stratégie tunisienne de réduction progressive des HFC, conformément à l’amendement de Kigali au Protocole de Montréal, adopté en 2016. La Tunisie a notamment gelé sa consommation nationale de HFC à partir du 1er janvier 2024 et poursuit désormais sa transition vers des solutions de refroidissement à plus faible impact climatique.
Le R-410A remplacé progressivement par le R-32
Le changement concernera en premier lieu les climatiseurs domestiques de type split. Selon le projet de texte, leur fabrication locale et leur importation lorsqu’ils fonctionnent au R-410A devraient être interdites à partir de 2027. La production nationale devrait ainsi reposer sur le R-32, déjà largement utilisé dans les équipements de climatisation modernes.
Contrairement à une idée parfois avancée, le R-410A n’endommage pas directement la couche d’ozone. Le problème tient principalement à son potentiel de réchauffement climatique élevé. Le R-32 appartient lui aussi à la famille des HFC, mais présente un potentiel de réchauffement nettement inférieur à celui du R-410A. Le remplacement du fluide s’inscrit donc dans les efforts visant à réduire les émissions liées au secteur du refroidissement.
Faut-il remplacer son ancien climatiseur ?
Non. Le projet de réglementation porte sur la fabrication et l’importation de nouveaux équipements. Il ne signifie pas qu’un particulier possédant un climatiseur fonctionnant au R-410A devra le remplacer automatiquement en 2027.
Un appareil existant pourra continuer à être utilisé et entretenu. En revanche, toute intervention sur le circuit frigorifique doit être réalisée avec le fluide adapté au modèle concerné par un professionnel qualifié. Le remplacement d’un fluide par un autre ne peut pas être effectué de manière improvisée.
De même, aucune hausse automatique des prix des climatiseurs ne découle du projet de texte. Le prix final dépendra notamment du coût des équipements, des matières premières, de la fabrication, de l’importation, du taux de change et des conditions du marché. Le passage à de nouvelles technologies peut toutefois modifier certains coûts pour les industriels.
Plus de 4 millions de climatiseurs en Tunisie
L’enjeu est également énergétique. La Tunisie compte plus de 4 millions de climatiseurs, selon le ministre de l’Environnement, Habib Abid. Leur utilisation massive lors des épisodes de fortes chaleurs accentue la pression exercée sur le réseau électrique, notamment durant les pics estivaux.
Le gouvernement vise ainsi, à l’horizon 2030, une nouvelle génération d’appareils permettant une économie d’énergie d’au moins 15 %. Selon les données communiquées par le ministère, le gain attendu correspondrait à la consommation d’environ 600.000 climatiseurs.
La modernisation du parc de climatisation répond donc à un double objectif : réduire l’impact environnemental des fluides frigorigènes et limiter la demande d’électricité pendant les périodes de forte consommation.
D’autres équipements concernés
La transition ne concerne pas uniquement les climatiseurs. Le projet de réglementation prévoit également de cibler plusieurs équipements de réfrigération fonctionnant avec des HFC, notamment certains distributeurs d’eau réfrigérée, congélateurs domestiques et réfrigérateurs.
Le secteur industriel a déjà commencé à s’adapter. En août 2026, l’entreprise Sicad Coala a achevé la conversion d’une ligne de production de distributeurs d’eau réfrigérée vers le R-600a, un fluide frigorigène naturel. Cette opération devrait permettre d’éviter environ 5.720 tonnes équivalent CO₂ d’émissions par an, selon les données rapportées par la TAP.
Parallèlement à la réduction des HFC, la Tunisie poursuit l’élimination des hydrochlorofluorocarbures (HCFC), notamment le R-22, qui affecte la couche d’ozone.
À fin 2025, la consommation tunisienne de HCFC avait diminué de 70 % par rapport au niveau de référence, ce qui aurait permis d’éviter l’émission d’environ 917.670 tonnes équivalent CO₂. La Tunisie vise leur élimination totale à l’horizon du 1er janvier 2030.
Cette transition s’accompagne également d’un volet consacré à la formation. En 2026, 52 formateurs ont été formés à la manipulation sécurisée des fluides frigorigènes naturels, tandis que des formations sont prévues pour des agents des douanes et des techniciens du secteur.
Ainsi, le changement annoncé à partir de 2027 ne signifie pas la disparition immédiate des climatiseurs fonctionnant au R-410A des foyers tunisiens. Il marque surtout une nouvelle étape dans le renouvellement progressif des équipements, avec une orientation du marché vers des appareils utilisant des fluides frigorigènes à moindre impact climatique et présentant une meilleure efficacité énergétique.



