Editorial

Tunis sous les eaux : le prix du laisser-aller

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  • 21 septembre 2026
  • 3 min de lecture
Tunis sous les eaux : le prix du laisser-aller

Tunis affronte aujourd’hui deux crises qui se nourrissent l’une l’autre. Une pollution qui s’aggrave chaque jour et des inondations qui reviennent dès le premier orage. Le lien de cause à effet reste aussi simple que dévastateur, car les déchets finissent par bloquer des égouts incapables d’évacuer l’eau, laissant derrière eux des rues submergées. 

​Chaque automne, le même film se rejoue. Une pluie un peu soutenue suffit à noyer la capitale. Des ruelles se transforment en oueds, des routes se coupent et des quartiers entiers se retrouvent paralysés. On remercie le ciel après la touffeur de l’été, mais nos canalisations semblent d’un tout autre avis.

Avant la pluie, le paysage se charge de nos abandons. Des sacs plastiques, des gravats et des ordures s’accumulent dans la rue parce que beaucoup traitent l’espace public comme une décharge à ciel ouvert. Dans le même temps, nos municipalités manquent de moyens ou de volonté pour assurer la collecte régulière et le curage préventif des réseaux. Au moindre orage, tout se bouche et la ville se fige. On n’ose imaginer le scénario si des pluies diluviennes s’installaient pendant des semaines, une perspective qui devrait pourtant hanter les esprits des décideurs eu égard à l’impact économique.

Ce désastre n’est que le symptôme d’un mal plus profond. La crise des déchets frappe des régions entières et fait basculer la situation sanitaire vers l’urgence, faute d’une véritable stratégie nationale de recyclage ou d’une décentralisation efficace. La réponse se limite à parer au plus pressé sans jamais s’attaquer à la source du problème.

Des solutions existent pourtant, comme le projet « Zéro Déchet » annoncé récemment par le ministère de l’Environnement et le Pnud pour créer des centres de compost et de traitement. L’idée est excellente, mais sa mise en place prendra plusieurs mois au sein d’un plan sur cinq ans. Le vrai problème est que la pluie, elle, n’attend pas la lenteur des démarches administratives.

Au-delà de ce retard, une faille plus grave paralyse l’action publique. On exige de l’anticipation de la part de municipalités gérées depuis des années par de simples délégations spéciales. Privées de légitimité populaire et de redevabilité envers la population, ces structures gèrent les affaires courantes sans pouvoir bâtir l’avenir.

L’organisation d’élections municipales s’impose aujourd’hui comme une urgence absolue, car une gouvernance locale élue et responsable constitue la condition préalable à toute gestion sérieuse de l’environnement et des infrastructures. Le contraste devient intolérable alors que la ville de Tunis vient d’être élue Capitale arabe du tourisme 2027 à l’issue du Conseil ministériel arabe du tourisme tenu à Bagdad. Cette distinction majeure confirme la place centrale de notre capitale sur la scène régionale, mais sans un sursaut institutionnel et technique immédiat, nous risquons d’offrir au monde l’image désolante d’une vitrine touristique régulièrement noyée sous ses propres déchets.

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Auteur

Samir DRIDI

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