Palestine, IA, investissements chinois : ce que Pékin et Tunis se sont dit pour leurs 77 ans de relations
L’ambassadeur chinois Wan Li et le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, ont célébré le 77e anniversaire de la République populaire de Chine en dressant le bilan d’une relation bilatérale en plein essor. Entre annonces économiques, projets sanitaires et prises de position sur Gaza et la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle, les deux intervenants ont dessiné les contours d’un lien qu’ils présentent comme entré dans une nouvelle phase.
La cérémonie s’est tenue en soirée en présence d’ambassadeurs et de représentants d’organisations internationales accrédités en Tunisie. Wan Li a d’abord salué ses compatriotes présents dans le pays ainsi que les Tunisiens qui, selon lui, soutiennent de longue date le développement de la Chine et l’amitié entre les deux nations.
Un partenariat né en 2024, salué des deux côtés
Les deux intervenants sont revenus sur l’origine de leur rapprochement. L’ambassadeur chinois a rappelé l’établissement, en 2024, d’un partenariat stratégique entre la Chine et la Tunisie, un cadre qui aurait depuis renforcé la confiance politique mutuelle et permis, selon lui, des résultats concrets dans plusieurs domaines. Samir Abdelhafidh a, de son côté, situé cette annonce dans le prolongement d’une visite d’État effectuée en Chine la même année, qualifiant les relations bilatérales d’essor et de dynamisme “remarquable”.
Le ministre a relevé le rythme soutenu des visites de travail à Tunis de délégations chinoises, parfois de haut niveau, émanant notamment du Parti communiste chinois et de l’agence chinoise de coopération internationale au développement. Plusieurs ministres , dont lui-même à deux reprises en 2025, se sont pour leur part rendus en Chine. Ces échanges auraient ouvert la voie, a-t-il précisé, à une concertation plus approfondie et à des contributions sectorielles fortement appréciées par la partie tunisienne.
L’ambassadeur a enfin souligné que cette année marquait aussi le 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et les pays africains et arabes, présentant la Tunisie, de par sa double appartenance à ces deux espaces, comme un partenaire important de Pékin.
Hôpitaux, investissements et zéro droit de douane
Sur le plan économique, les deux parties traduiraient en actions concrètes les consensus dégagés par les deux chefs d’État, a indiqué Wan Li, citant le démarrage officiel du projet de Centre d’oncologie de Gabès, financé par un don chinois, ainsi que l’examen prochain d’un projet d’extension de l’hôpital de Sfax. Ces initiatives s’inscrivent, selon lui, dans une coopération plus large en matière de santé, de ressources hydrauliques et d’infrastructures.
L’ambassadeur a également fait état d’une dynamique positive enregistrée l’an dernier en matière d’investissements directs chinois en Tunisie, plusieurs entreprises s’étant de nouveau rendues sur place cette année pour explorer de nouvelles opportunités. La mise en œuvre de la mesure de “zéro droit de douane” proposée par le président Xi Jinping doit désormais, selon ses termes, faciliter l’accès de produits tunisiens de qualité au marché chinois et inciter davantage d’acteurs économiques chinois à s’y implanter.
L’ambassadeur a également livré plusieurs indicateurs sur l’économie chinoise. Le produit intérieur brut a progressé de 4,7 % en glissement annuel au premier semestre, une croissance tirée à plus de 40 % par l’industrie manufacturière de pointe, l’économie intelligente et les services modernes. Sur le commerce extérieur, le pays a enregistré, entre janvier et août, environ 5 190 milliards de dollars d’échanges de marchandises, en hausse de 17,6 % sur un an : les importations ont atteint environ 2 180 milliards de dollars (+22 %) et les exportations environ 3 000 milliards de dollars (+14,6 %). Cette année marque, a-t-il ajouté, le lancement du 15e Plan quinquennal chinois, décrit comme une feuille de route porteuse de nouvelles opportunités pour les partenaires extérieurs de la Chine.
IA, souveraineté et multilatéralisme
Abordant le développement rapide de l’intelligence artificielle, l’ambassadeur a estimé qu’il ouvrait de nouvelles opportunités tout en posant de nouveaux défis au système de gouvernance mondiale. Pékin souhaiterait travailler avec Tunis pour un développement de cette technologie au service du bien commun, les deux pays devenant, selon ses termes, des participants, contributeurs et bâtisseurs de son encadrement à l’échelle internationale. La Chine et la Tunisie partageraient par ailleurs un attachement à la souveraineté nationale, à l’indépendance des États et au système onusien, et œuvreraient ensemble à la promotion du multilatéralisme, a-t-il affirmé.
Gaza et la question palestinienne au cœur des priorités régionales
Wan Li a évoqué la situation au Moyen-Orient, qu’il a décrite comme marquée par des tensions vives et des défis majeurs de sécurité pour les pays de la région. Le président Xi Jinping avait, début septembre, lors d’une visite en Égypte, formulé quatre propositions pour une nouvelle architecture de sécurité régionale, fondées sur le soutien aux pays concernés pour qu’ils prennent en main leur propre avenir, a rappelé l’ambassadeur. Le président chinois aurait également affirmé que la question palestinienne demeurait au cœur des enjeux du Moyen-Orient et ne pouvait être ni négligée ni marginalisée. La Chine réaffirmerait ainsi son soutien à l’aspiration du peuple palestinien à un État indépendant et se dirait disposée à œuvrer avec la communauté internationale en faveur d’un cessez-le-feu durable à Gaza et d’un règlement global de la question palestinienne.
Ces positions s’inscrivent, selon l’ambassadeur, dans le cadre des initiatives mondiales présentées par la Chine ces dernières années : l’Initiative pour le développement mondial, l’Initiative pour la sécurité mondiale, l’Initiative pour la civilisation mondiale et l’Initiative pour la gouvernance mondiale, censées favoriser une multipolarisation plus équitable et une mondialisation économique inclusive.
Archéologie et échanges culturels
Sur le volet culturel, les équipes archéologiques des deux pays auraient mené à bien, cette année, un projet de protection du site de la forêt de Ben Arous, la coopération devant se poursuivre sur le chantier de fouilles des ports puniques de Carthage, a précisé l’ambassadeur. Pékin souhaiterait également élargir les échanges dans le cinéma, la télévision et les médias, ainsi que les liens humains et entre collectivités locales.
Wan Li a indiqué que, sous la direction des présidents Xi Jinping et Kaïs Saïed, la Chine et la Tunisie entendaient poursuivre leurs efforts communs pour le développement des deux pays et pour ce qu’il a qualifié de construction d’une communauté d’avenir partagé pour l’humanité.










