Economie

Prêt d’honneur : Une nouvelle voie de financement pour les entrepreneurs

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  • 23 septembre 2026
  • 11 min de lecture
Prêt d’honneur : Une nouvelle voie de financement pour les entrepreneurs

Avec un taux d’intérêt de 0 %, sans garanties personnelles ou réelles et avec des montants pouvant atteindre 25.000 dinars, le prêt d’honneur ouvre une nouvelle possibilité de financement pour des profils jusque-là peu servis par le crédit bancaire classique. Mais son impact sur l’entrepreneuriat, l’inclusion financière et l’emploi dépendra surtout de son accès effectif, de ses conditions d’application et de la capacité des banques à atteindre les bénéficiaires ciblés.

La Presse — Le prêt d’honneur constitue une nouvelle possibilité de financement, notamment pour les personnes qui rencontrent des difficultés à accéder au crédit bancaire classique. Avec un taux d’intérêt de 0 %, l’absence de garanties personnelles ou réelles, ainsi que l’exonération de commissions et de frais d’étude du dossier, ce mécanisme entend faciliter l’accès au financement pour certains profils éloignés du système bancaire.

Le dispositif prévoit une durée maximale de remboursement de deux ans, avec une période de grâce pouvant atteindre six mois. Pour autant, il convient d’éviter de présenter le prêt d’honneur comme une réponse générale au problème du financement des entrepreneurs en Tunisie. Les montants restent relativement limités : jusqu’à 10.000 dinars pour les porteurs de petits projets et jusqu’à 25.000 dinars pour les petites et moyennes entreprises (PME) ainsi que pour les sociétés communautaires. Le véritable enjeu réside donc moins dans l’existence du dispositif que dans sa capacité à atteindre les personnes qui rencontrent aujourd’hui les plus grandes difficultés d’accès au financement bancaire.

Tout dépendra des conditions d’application

Kaïs Fekih, expert-comptable et commissaire aux comptes, président de la Chambre de commerce tuniso-belgo-luxembourgeoise, a souligné à cet égard que l’intérêt du prêt d’honneur réside principalement dans la possibilité d’élargir l’accès au financement à des catégories qui restent insuffisamment servies par les mécanismes bancaires traditionnels. Selon lui, l’absence de garanties et le taux d’intérêt nul peuvent constituer des facteurs facilitant l’accès au financement, mais l’efficacité du dispositif dépendra de ses conditions d’application et de la capacité des banques à atteindre réellement les bénéficiaires ciblés.

Il faudra également observer son fonctionnement dans la pratique, notamment la rapidité de traitement des demandes, les critères effectivement appliqués par les banques, le nombre de bénéficiaires et, surtout, la capacité du mécanisme à financer des projets économiquement viables. Il faut d’abord rappeler que le prêt d’honneur ne signifie pas un financement accordé sans aucune condition. Le bénéficiaire doit notamment être intégré au circuit bancaire et disposer d’un compte bancaire. L’objectif est ainsi de favoriser une meilleure inclusion financière et d’amener davantage de citoyens à entrer dans une relation bancaire formelle. À ce propos, Kaïs Fekih a précisé que l’intégration du bénéficiaire dans le circuit bancaire constitue un élément important du dispositif. Le prêt d’honneur ne doit pas être considéré uniquement comme un instrument de financement, mais également comme un moyen de renforcer la relation entre les porteurs de projets et le système bancaire formel. Le dispositif distingue plusieurs catégories de bénéficiaires. Les particuliers peuvent bénéficier d’un financement pouvant atteindre 5.000 dinars pour leurs besoins de consommation. Les porteurs de petits projets peuvent obtenir jusqu’à 10.000 dinars, tandis que le plafond peut atteindre 25.000 dinars pour les PME et les sociétés communautaires. Le financement est accordé à un taux d’intérêt de 0 %. Il est également prévu sans garantie personnelle ou réelle, sans commissions bancaires et sans frais d’étude du dossier. La durée maximale de remboursement est fixée à deux ans, avec une période de grâce pouvant atteindre six mois. Cette configuration marque une différence importante par rapport au crédit bancaire classique, puisque l’absence de garantie constitue précisément l’un des obstacles auxquels sont confrontés les jeunes entrepreneurs et les personnes disposant de revenus ou de patrimoines limités. Fekih a toutefois mis l’accent sur la nécessité de distinguer l’absence de garanties de l’absence de conditions. « Le fait de ne pas exiger de garantie ne signifie pas que le financement est automatique », a-t-il expliqué, en relevant que la viabilité du projet et la capacité du bénéficiaire à respecter ses engagements demeurent des éléments importants dans le fonctionnement du mécanisme. Il convient également de tenir compte du principe de non-cumul prévu par le dispositif. Une personne ayant déjà bénéficié du même mécanisme ne peut pas nécessairement solliciter à nouveau ce financement. Les conditions précises prévues par la réglementation et leur application par les établissements bancaires devront donc être suivies avec attention.

Une procédure largement numérisée

La procédure sera également fortement numérisée. À compter du 1er octobre 2026, les demandes devront être déposées exclusivement à travers la plateforme numérique mise en place par chaque banque. La Banque centrale prévoit un traitement des demandes selon leur ordre chronologique de dépôt. Cette orientation soulève toutefois un enjeu important: la digitalisation ne doit pas devenir une nouvelle barrière à l’accès au financement. Les banques devront ainsi communiquer de manière claire sur les conditions d’éligibilité, les pièces à fournir et le fonctionnement de leurs plateformes, tout en prévoyant une assistance destinée aux personnes maîtrisant moins bien les outils numériques. Kaïs Fekih a, dans ce contexte, insisté sur l’importance de la simplicité de la procédure. La digitalisation peut réduire les délais et faciliter le traitement des dossiers, mais elle doit être accompagnée d’une information suffisamment claire afin que les bénéficiaires potentiels comprennent les démarches à effectuer et les conditions à remplir. Par ailleurs, le caractère récent du dispositif et son entrée en application effective à partir du 1er octobre 2026 via des plateformes dédiées ne permettent pas encore d’en mesurer concrètement l’impact sur la création d’entreprises et l’emploi. Les premiers résultats permettront notamment d’évaluer son niveau d’utilisation et sa capacité à répondre aux besoins des catégories ciblées.

Le prêt d’honneur pourrait avoir un effet positif à plusieurs niveaux, mais sa réussite dépendra largement de la manière dont il sera perçu et appliqué. Il faudra d’abord parvenir à convaincre certains citoyens encore réticents à entrer dans le système bancaire, qui peuvent considérer le crédit avec méfiance ou craindre les conséquences d’un engagement bancaire. Le prêt d’honneur peut constituer, à cet égard, une porte d’entrée vers une plus grande inclusion financière, puisqu’il permet d’accéder à un financement sans intérêt et sans garantie classique. Selon Kaïs Fekih, le mécanisme pourrait ainsi contribuer à rapprocher certaines catégories de la sphère bancaire formelle. Il a néanmoins relevé que cet objectif ne pourra être atteint durablement que si les bénéficiaires sont correctement informés sur la nature du financement et sur leurs obligations de remboursement. Un point doit toutefois être clairement souligné : un prêt à 0% reste un prêt. Ce n’est pas un don. Il doit être remboursé. Il est donc essentiel que le bénéficiaire comprenne, dès le départ, la responsabilité qui accompagne ce financement. Présenter le dispositif comme une aide financière gratuite et non remboursable pourrait conduire certains bénéficiaires à sous-estimer leur engagement et, à terme, fragiliser le mécanisme dans son ensemble. Fekih a également insisté sur cette distinction, estimant que la communication autour du prêt d’honneur devra être particulièrement précise. L’objectif est de faire comprendre aux bénéficiaires qu’il s’agit d’un financement à coût nul et non d’une subvention, avec une obligation de remboursement selon les conditions prévues. Le prêt d’honneur peut permettre à certains porteurs de projets de franchir un premier obstacle financier et de passer de l’idée à la création effective d’une activité. Il peut également contribuer à la formalisation d’activités qui demeurent aujourd’hui dans l’économie informelle et favoriser l’intégration de nouveaux entrepreneurs dans le système bancaire.

L’impact du dispositif sur l’emploi dépendra directement de la nature des projets financés. Un financement de 5.000 ou 10.000 dinars peut permettre de démarrer une petite activité, d’acquérir un équipement ou de couvrir un besoin initial. Il ne suffit toutefois pas nécessairement à créer une entreprise capable de générer plusieurs emplois durables.

Il a relevé à ce sujet que le niveau des montants constitue un facteur à prendre en considération dans l’évaluation de l’impact économique du dispositif. Le prêt d’honneur peut répondre à un besoin de démarrage ou de financement initial, mais les entreprises ayant des besoins d’investissement plus importants auront nécessairement besoin d’autres sources de financement. La question du volume constitue également un enjeu central. La loi prévoit que les banques consacrent au moins 8 % de leurs bénéfices de l’exercice précédent à ces financements. L’enveloppe effectivement disponible constitue donc un facteur déterminant pour le nombre de bénéficiaires et l’ampleur du dispositif.

L’accès effectif, principal défi

Plusieurs obstacles devront ainsi être levés pour que le prêt d’honneur atteigne pleinement ses objectifs. Le premier concerne l’accès réel au dispositif. Il ne suffit pas de supprimer les garanties si, dans la pratique, les critères d’analyse du risque deviennent indirectement aussi contraignants que ceux appliqués dans le cadre du crédit bancaire classique. Le deuxième risque serait de voir certaines banques privilégier leurs anciens clients, notamment ceux qui disposent déjà d’un historique bancaire et d’une situation financière plus rassurante.

Or, l’objectif du prêt d’honneur est précisément d’offrir une opportunité de financement à des personnes qui rencontrent davantage de difficultés à accéder au crédit bancaire. Il faudra donc trouver un équilibre entre la nécessité, pour les banques, de maîtriser le risque d’impayé et celle de respecter l’esprit du dispositif, qui vise à financer des profils insuffisamment servis par le crédit bancaire classique. Kaïs Fekih a, dans cette perspective,  relevé que la réussite du mécanisme dépendra notamment de la capacité des établissements bancaires à appliquer les règles de manière transparente et à préserver l’objectif initial du dispositif. L’enjeu sera de concilier la maîtrise du risque bancaire avec l’ouverture effective du financement à de nouveaux bénéficiaires.

Le troisième enjeu concerne l’accompagnement. Un financement, même accordé à 0 %, ne garantit pas à lui seul la réussite d’un projet. Il serait donc nécessaire de renforcer l’accompagnement des bénéficiaires en matière de gestion, de comptabilité, de fiscalité, de financement et de développement commercial. Pour Fekih, cet accompagnement constitue un complément essentiel au financement. Un porteur de projet qui bénéficie d’un prêt sans intérêt doit également disposer des connaissances et des outils nécessaires pour gérer son activité, anticiper ses charges et assurer le remboursement du financement. Enfin, la digitalisation devrait être pensée comme un moyen de simplification et non comme une nouvelle barrière. Les plateformes bancaires devront être simples, accessibles et transparentes afin que la dématérialisation des procédures contribue réellement à élargir l’accès au financement.

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Auteur

Sabrine AHMED

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