Diplôme en poche, emploi en attente – le grand décalage entre l’université tunisienne et le marché du travail : Meubler la période post-diplôme
Après plusieurs années d’études, de nombreux jeunes diplômés tunisiens découvrent que le diplôme ne suffit plus toujours pour accéder à l’emploi. Juristes, ingénieurs, économistes, informaticiens, enseignants, gestionnaires ou techniciens doivent souvent compléter leur formation par des stages, des certifications et de nouvelles compétences.
La Presse — La fin des études ne marque donc pas nécessairement le début de la vie professionnelle. Elle peut être suivie de candidatures, de concours, de formations supplémentaires, de petits emplois et parfois de longues périodes d’attente.
Le diplôme seul ne suffit plus
Le jeune diplômé doit souvent continuer à apprendre après l’université : langues, informatique, logiciels spécialisés, gestion de projets, marketing digital, intelligence artificielle, communication ou comptabilité. Il ne s’agit plus seulement de posséder un diplôme, mais de pouvoir démontrer ce que l’on sait réellement faire.
Cette situation révèle surtout une difficulté d’adéquation entre les compétences acquises à l’université et les besoins concrets des employeurs. Une entreprise peut rechercher un diplômé, mais également une personne immédiatement opérationnelle, capable de maîtriser les outils numériques, de communiquer dans plusieurs langues, de travailler en équipe ou de gérer un projet.
Le jeune diplômé peut, lui, sortir de l’université avec une solide formation théorique mais avec peu d’expérience. Le paradoxe est connu : on demande de l’expérience pour obtenir un premier emploi alors que cette expérience ne peut être acquise qu’en travaillant.
Le chômage des diplômés reste élevé
Selon l’Institut national de la statistique, le taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur a atteint 26,6 % au deuxième trimestre 2026, contre 24,2 % au premier trimestre. Il était de 22,5 % au quatrième trimestre 2025. Chez les femmes diplômées du supérieur, il atteignait 35,6 %. Le taux de chômage global s’établissait à 14,9 %, tandis que celui des jeunes de 15 à 24 ans atteignait 35,4 %. Ces chiffres ne résument pas toutes les différences entre les spécialités, mais montrent que le diplôme supérieur ne protège pas automatiquement contre le chômage.
Le secteur public ne peut pas absorber tous les diplômés
Pour de nombreux jeunes, notamment dans les domaines sociaux, administratifs ou éducatifs, la fonction publique reste une perspective importante. Mais les recrutements dépendent des besoins des administrations et des postes disponibles. L’exemple récent de l’Intes (Institut national du travail et des études sociales – La Charguia II) est révélateur. Près de 1 200 diplômés issus de plusieurs promotions ont contesté l’ouverture d’un concours limité à 145 postes. Selon leur représentante Mariem Khachroub, les besoins du terrain étaient supérieurs au nombre de postes proposés.
L’attente peut également avoir des conséquences importantes : certains diplômés finissent par dépasser l’âge légal permettant de participer à certains concours pour le recrutement.
Des années d’attente qui changent toute une vie
Derrière les statistiques se trouvent des parcours individuels. Certains jeunes cherchent pendant plusieurs années un emploi correspondant à leur diplôme. Ils suivent des formations, effectuent des stages ou acceptent des emplois sans rapport avec leur qualification. D’autres se réorientent, reprennent leurs études ou partent à l’étranger. Certains acceptent finalement un emploi inférieur à leur niveau de qualification : c’est le déclassement professionnel. Le phénomène concerne aussi bien les diplômés du public que ceux du privé. Selon les filières, la concurrence peut être rude et les débouchés limités.
Former davantage ou former autrement ?
La Tunisie dispose d’un important capital humain, mais le marché du travail n’évolue pas toujours au même rythme que les formations. Au deuxième trimestre 2026, les services représentaient 49,9 % de l’emploi, devant les industries manufacturières avec 20,4 %, les industries non manufacturières avec 13,5 % et l’agriculture et la pêche avec 16,3 %.
Ces données posent une question essentielle: quelles compétences seront recherchées demain ? L’orientation universitaire, les programmes de formation, les entreprises et les politiques d’emploi doivent davantage dialoguer pour rapprocher les compétences enseignées des besoins réels du marché.
La formation continue est nécessaire dans un monde professionnel qui évolue rapidement. Mais elle devient problématique lorsque le jeune diplômé doit multiplier les formations simplement pour obtenir une première chance. Le cas de l’Intes illustre ainsi une difficulté plus large : celle d’une génération diplômée qui cherche non seulement un emploi, mais une véritable correspondance entre les compétences acquises et les besoins d’un pays en transformation.



