Tunisie–Chine : une route de la soie audiovisuelle ?
EN faisant escale à la 26e édition du Festival arabe de la radio et de la télévision Asbu, le mastodonte audiovisuel chinois n’est pas venu en simple visiteur. De la somptueuse fresque To the Wonder aux pépites du district créatif de Shunyi, Pékin déploie son rouleau de soie numérique avec une ambition claire: bâtir une passerelle culturelle où la technologie chinoise épouse l’imaginaire arabe. C’est parfait comme nouvelle !
Comment ne pas saluer ce pont jeté entre deux civilisations millénaires ? À l’heure où les plateformes occidentales imposent un algorithme hégémonique et souvent uniforme, voir s’ouvrir un canal transcontinental fondé sur la coproduction, l’échange technologique et la diffusion croisée est une bouffée d’oxygène stratégique. L’audiovisuel arabe, trop souvent réduit à la figuration dans la mondialisation des flux, trouve là un partenaire doté d’une frappe industrielle monumentale.
Mais une fois les poignées de main échangées et les projecteurs éteints, l’enthousiasme doit laisser place à une lucidité sans concession. La Chine arrive avec une machine de guerre narrative : une maîtrise clinique du format court, des infrastructures de diffusion planétaires à l’instar de Boomplay, et des budgets colossaux. Face à ce titan, que propose réellement le paysage audiovisuel arabe ?
Pour que ce mariage ne se transforme pas en vitrine unilatérale, le monde arabe doit d’abord balayer devant sa porte. Est-il prêt à dépasser la simple consommation de contenus importés pour devenir un coproducteur exigeant ? A-t-il les reins assez solides pour imposer ses propres récits, son esthétique et ses mythes dans la balance ?
La coopération réussie n’est pas un monologue à deux voix. Elle a déjà prouvé sa valeur dans le paysage mondial lorsque la souveraineté artistique est préservée : pensons aux coproductions cinématographiques euro-arabes qui ont porté le cinéma tunisien jusqu’aux sommets de Cannes et de Venise, ou encore à ces collaborations techniques dans le Golfe qui ont su nationaliser le savoir-faire hollywoodien.
Le défi posé à l’Asbu et aux diffuseurs arabes est immense. Il ne s’agit pas de devenir le réceptacle passif des réussites pékinoises, mais d’utiliser la puissance chinoise comme un catalyseur. Si l’audiovisuel arabe ne structure pas rapidement son industrie, n’investit pas massivement dans ses créateurs et ne modernise pas ses cadres réglementaires, cette «Route de la Soie audiovisuelle» ne sera qu’une autoroute à sens unique. Le signal est émis à Hammamet; aux écrans arabes, désormais, d’apprendre à répondre avec la même force.



