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Travail informel : Formaliser ne suffit plus, il faut inclure

  • 26 septembre 2026
  • 6 min de lecture
Travail informel : Formaliser ne suffit plus, il faut inclure

Experts nationaux et internationaux réunis pendant deux jours à Tunis dans le cadre de la conférence régionale du «Tunisia Inclucive Labor Institute» ont soulevé la question du travail informel et de l’impact des mutations que connaît le monde sur l’emploi en général ainsi que sur les actions et les outils à mettre en œuvre pour garantir l’inclusion de tous les travailleurs

La Presse — « De l’informalité à l’inclusion : vers un avenir du travail inclusif et résilient», c’est autour de ce thème que s’est tenue, récemment à Tunis, la conférence régionale 2026 du «Tunisia Inclusive Labor Institute » (Tili). Réunissant des représentants institutionnels, des experts, des organisations de la société civile et des partenaires internationaux, la rencontre se penche sur les transformations qui bouleversent le marché du travail et sur les moyens de mieux intégrer les travailleurs de l’économie informelle.

Dans son discours d’ouverture, Asma Ben Hassen, présidente du Tili, a insisté sur la rapidité des mutations qui affectent aujourd’hui le monde professionnel. Transformation numérique, intelligence artificielle, développement de l’économie des plateformes, changements climatiques et évolutions démographiques redessinent les métiers, les compétences et les modèles économiques.

Le risque de rester à l’écart !

Ces transformations créent certes de nouvelles opportunités, mais elles soulèvent également une question centrale, selon elle : qui pourra réellement en bénéficier et qui risque de rester à l’écart? La question est d’autant plus importante dans les pays où une part importante de la population active évolue encore dans l’économie informelle, souvent sans protection sociale suffisante, avec des revenus irréguliers et dans des conditions de travail difficiles.

Pour Asma Ben Hassen, l’informalité ne peut donc pas être considérée comme une question secondaire lorsqu’il est question de l’avenir du travail. «Nous ne pouvons pas parler de l’avenir du travail sans parler de celles et ceux qui travaillent aujourd’hui sans protection sociale adéquate», souligne-t-elle, appelant à placer les travailleurs informels au centre des politiques consacrées aux mutations du marché de l’emploi.

Elle estime notamment que la formalisation ne doit pas se limiter à l’enregistrement administratif d’une activité. «Pour nous, formaliser doit signifier inclure», affirme-t-elle. Cette inclusion doit concerner la protection sociale, le financement, la formation et le développement des compétences, l’accès aux marchés, à la santé et à la sécurité au travail, mais aussi la représentation des travailleurs dans le dialogue et la prise de décision.

La présidente du Tili rappelle dans ce contexte l’importance de la Recommandation n°204 de l’Organisation internationale du travail (OIT), adoptée il y a dix ans, sur la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle. L’enjeu est désormais, selon elle, d’adapter les politiques, les institutions et les partenariats aux nouvelles réalités du travail.

Dans une déclaration à la presse, Asma Ben Hassen a précisé que la conférence vise notamment à dégager des recommandations et des actions concrètes susceptibles d’améliorer les perspectives des travailleurs du secteur informel. Elle évoque, à partir des dernières statistiques disponibles citées lors de la rencontre, plus de 1,5 million de personnes concernées par l’informalité en Tunisie, avec des difficultés d’accès à la couverture sociale, aux contrats de travail et à des conditions de travail adéquates.

La conférence accorde également une place importante à la jeunesse. Un hackathon organisé en partenariat avec la JCI a réuni des jeunes, notamment des ingénieurs, autour de solutions innovantes destinées à favoriser l’inclusion des travailleurs indépendants. Les projets portent notamment sur la couverture sociale, l’accès aux soins et au financement. Trois solutions doivent être retenues par un jury et leur concrétisation envisagée avec les partenaires du Tili.

Les travaux de la conférence portent par ailleurs sur la coopération internationale, la transformation numérique, le travail sur les plateformes, les changements climatiques et la transition juste. Des experts et partenaires africains sont également appelés à partager leurs expériences en matière d’amélioration des conditions de travail dans l’économie informelle. L’ensemble des échanges doit déboucher sur une Déclaration de Tunis regroupant les principales recommandations.

La force de l’anticipation

De son côté, Lilia Makhlouf, chargée de la direction générale de la promotion de l’emploi au sein du ministère de l’Emploi, a souligné l’engagement du ministère et des différentes structures de l’Etat en faveur du travail décent pour les différentes catégories de demandeurs d’emploi, notamment les jeunes et les femmes.

Elle a relevé que les mutations technologiques et numériques, mais aussi les changements climatiques et démographiques, imposent une adaptation des politiques de l’emploi et de la formation. «Il y a plusieurs milliers de métiers qui vont disparaître, mais en parallèle des milliers de nouveaux métiers vont apparaître», a-t-elle déclaré, insistant sur la nécessité pour le ministère d’anticiper les besoins en compétences.

Cette anticipation passe notamment par la formation complémentaire destinée à améliorer l’employabilité des jeunes chercheurs d’emploi, aussi bien sur le plan technique que dans le domaine des compétences comportementales, les «soft skills». Le ministère travaille dans ce domaine avec le secteur privé, considéré comme un partenaire dans l’adaptation des compétences aux besoins du marché.

Lilia Makhlouf a également mis l’accent sur l’évolution de la formation professionnelle, qui connaît, selon elle, une diversification des spécialités proposées. Le réseau compte 136 centres de formation à travers le pays et de nouvelles spécialités ont été introduites, notamment dans les domaines de l’accompagnement des personnes et des véhicules hybrides.

Enfin, le ministère œuvre, selon elle, à encourager les initiatives privées, individuelles et collectives, à travers notamment la mise en place de lignes de financement destinées aux différentes catégories concernées. À travers ces deux interventions, un même enjeu se dessine: accompagner les profondes mutations du monde du travail tout en veillant à ce que la transformation économique, technologique et climatique ne creuse pas davantage les inégalités.

Pour le Tili comme pour le ministère de l’Emploi, l’adaptation des compétences, la protection sociale, l’accès au financement et la participation des travailleurs constituent des éléments essentiels pour construire un marché du travail capable de répondre aux nouveaux défis.

Auteur

Nadia CHAHED

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