Malgré l’entrée en vigueur de la Grande zone arabe de libre-échange depuis 2005, les échanges commerciaux interarabes restent limités à 14 % du commerce extérieur. Faible implication du secteur privé, insuffisance des liaisons maritimes directes et absence de chaînes d’approvisionnement régionales figurent parmi les principaux freins à l’exploitation d’un marché de quelque 400 millions de consommateurs.
La Presse — Les représentants du secteur privé n’étaient pas nombreux à participer au workshop sur les « avantages de la grande zone arabe de libre-échange », tenu les 22 et 23 septembre à Tunis, à l’initiative du ministère tunisien du Commerce en partenariat avec le secrétariat général économique de la Ligue des Etats arabes, alors que la rencontre leur était dédiée pour les informer des opportunités offertes par un marché de quelque 400 millions de consommateurs, avec un pouvoir d’achat élevé dans certains pays…
Cette attitude de désintérêt trouve son reflet dans les chiffres timides des échanges interarabes qui ne dépassent pas les 14 % de l’ensemble des échanges commerciaux, mais dont on ambitionne de les porter à 25 % à moyen terme, et ce, grâce à l’entrée de nouveaux créneaux comme le commerce électronique, les produits de l’économie verte et la gestion des affaires.
La grande zone arabe de libre-échange est pourtant en vigueur depuis janvier 2005, offrant une exonération totale des tarifs douaniers et des taxes équivalentes, sur tous les produits — même agricoles — originaires des pays membres.
Des voies de complémentarité
Les causes, soufflées ça et là, en marge de cette rencontre font état de quasi-absence du secteur privé de tout un cycle de négociations et de mise en place du cadre institutionnel, mais aussi et surtout d’absence de liaisons maritimes directes entre les pays arabes avec un seuil minimum de biens échangés afin d’éviter une flambée due aux coûts du transport…
Pourtant, les analyses montrent que certains pays sont des importateurs nets de marchandises produites en quantité dans d’autres pays arabes, ce qui ouvre des voies de complémentarités certaines. Aussi, certains produits ne sont vendus par aucun pays arabe, comme par exemple le riz, le café, soit des similitudes ouvrant la voie à une possibilité de compression des coûts en cas d’achats groupés dans le cadre de l’économie d’échelle.
C’est une situation qui n’est pourtant pas nouvelle et la question de savoir s’il y a des incitations particulières en faveur du secteur privé pour faire connaître sa production ou encore pour encourager l’exportation vers le marché arabe demeure encore sans réponse, mis à part quelques actions ponctuelles et bilatérales couvrant des domaines précis.
Aujourd’hui, le contexte international, faut-il le rappeler, continue de faire face à des incertitudes conjoncturelles liées aux guerres, mais également structurelles en rapport avec les changements climatiques, exerçant une pression continue et de plus en plus ressentie sur la sécurité des approvisionnements, tous produits confondus, avec une urgence pour l’alimentaire et l’agroalimentaire.
Une chaîne de valeur et d’approvisionnement de proximité
Les pays importateurs nets du Moyen-Orient sont particulièrement confrontés à ce risque, surtout en cas de fermeture ou de perturbation durable des détroits et des voies maritimes. Pour ces pays, la solution idoine serait d’avoir accès aux biens exportés par les pays de proximité. Et l’ensemble de la région gagnerait en efficience grâce à la mise en place de chaîne de valeur et d’approvisionnement de proximité, souhaite-t-on, à moyen et long termes.
C’est une tendance qui n’est pas propre au monde arabe, mais plutôt une option de plus en plus prisée à travers le monde.
Dans cette perspective, le cadre institutionnel est en train d’évoluer dans le but d’une représentation permanente du secteur privé dans le secrétariat général de la Ligue arabe et un projet d’observatoire centralisant toute l’information, les formalités et les démarches pour faciliter le commerce interarabe est, croit-on savoir, en cours de gestation.
Certes, la plupart des pays arabes sont branchés à leurs partenaires historiques et à leurs marchés classiques.
Mais dans le nouveau contexte de bouleversements géopolitiques, tout le monde est à la recherche de repositionnement en fonction des intérêts locaux et des possibilités extérieures les plus durables…



