Culture

6e édition des Prix littéraires FABA : Célébrer la qualité et la diversité

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  • 29 septembre 2026
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6e édition des Prix littéraires FABA : Célébrer la qualité et la diversité

Réunis autour d’une sélection marquée par la diversité des écritures, des genres et des univers, les Prix littéraires Faba ont distingué, pour leur 6e édition, quatre ouvrages en arabe et en français. Entre mémoire historique, fiction politique, ancrage territorial et recherche stylistique, cette édition a mis en lumière une création littéraire tunisienne qui explore de nouvelles formes tout en interrogeant l’histoire, la société et la condition humaine.

La Presse — La cérémonie de remise des Prix littéraires Faba de la Fondation Abdelwaheb Ben Ayed s’est tenue le 27 septembre. Cette 6e édition a récompensé quatre ouvrages répartis en deux catégories selon la langue de rédaction. En plus du palmarès, les œuvres figurant dans la sélection finale ont été mises à l’honneur, en présence des auteurs, en révélant leurs points forts et en donnant lecture d’extraits.

Le jury, présidé par Mme Samia Kassab-Charfi, réunit des universitaires et des écrivains. Pour les romans et les nouvelles en arabe, il y a Adel Kedher, Mabrouk Mannai et  Samia Dridi. Pour les livres en français, il y a Thouraya Belkahia, Hind Soudani et Raouf Medelgi. Avant l’annonce des résultats, Samia Kassab- Charfia souligné l’impartialité des résultats  et l’objectivité du jury lors de l’évaluation des œuvres en lice. Elle a également indiqué qu’il y a eu des changements récents au niveau de la charte pour encourager la qualité. La catégorie des Beaux livres a été annulée cette année car il n’y a eu qu’un seul candidat. « Nous avons cherché quelque chose qui nourrisse, comme tout lecteur », s’est exprimée la présidente du jury qui considère que « la lecture est un besoin de santé mentale ». Elle est aussi revenue sur les critères de sélection : « Nous avons tenu à faire émerger les meilleurs livres sur les plans stylistique et narratif, ainsi que le souffle et le talent d’écriture ».

Pour les romans et nouvelles en arabe, trois livres ont été retenus pour la shorlist.

Le prix doté d’une valeur de 10 mille dinars a été attribué en ex aequo à  « Comidiaalajanaez » (Comédie des funérailles) de Sofien Rejab et « Al kilada al roussia » (Le collier russe) de Mohamed Issa Almouaddab. Les deux livres sont publiés aux Éditions Meskiliani.

Sofien Rejab a indiqué l’importance de l’expérience pour créer des univers romanesques, comme il s’agit de son septième ouvrage. C’est un roman polyphonique où se croisent des voix et des visions. L’histoire remonte à 2012, une année charnière dans l’Histoire du pays où les hommes de théâtre participaient pleinement au débat public. Ce livre porte, selon Sofien Rejab, un témoignage des soucis des créateurs et des intellectuels. Le jury a particulièrement loué l’hybridation générique du texte. Concernant le roman de Mohamed Issa Almouaddab, il s’inspire d’un événement historique datant du XXe siècle. Des embarcations russes ont amené 7.000 réfugiés fuyant la guerre. C’est ce voyage que raconte le livre, ainsi que les épreuves subies par les protagonistes qu’il a inventés. L’auteur a expliqué que le collier n’est pas un simple accessoire de beauté, il porte une identité et un patrimoine. Il a également mentionné le travail de recherche qu’il a effectué malgré la rareté des sources historiques. Le jury a fait l’éloge du roman qui « creuse dans l’histoire pour en faire des dimensions imaginaires » avec beaucoup de suspense tout au long du récit.

Aymen Dabboussi a pris part à la shortlist avec son quatrième livre « Holm al halazoun » (Le rêve de l’escargot) publié chez Cérès.  L’auteur l’a présenté comme « une fantaisie politique ». Le récit suit  Nour et Malek qui vivent sous une dictature futuriste gérée par les algorithmes. Selon Aymen Dabboussi, c’est un livre où se croisent plusieurs arts à travers le théâtre, la musique et les arts visuels.

Le jury a salué « un roman à thèse qui reprend le mythe de l’androgyne de Platon » avec pour thème essentiel « le rêve d’inséparation qui abolit ces différences qui constituent l’autre ». Dans la catégorie des ouvrages en français, le Prix Faba a été attribué à Soufiane Ben Farhat, pour « Abba Abba – La pierre de convoitise », publié aux Éditions Arcadia, et Zouhaïr Ben Amor, pour « La Maison qui parle », paru chez Contraste Éditions.

Soufiane Ben Farhat a participé à cette édition avec deux ouvrages. L’intrigue du roman gagnant se déroule principalement à Takrouna, « un village qui résiste au temps ». L’auteur, pour qui « la littérature est un rêve dirigé », a présenté son livre comme un « roman impressionniste ». Le jury a salué un polar qui « entre dans l’intimité des Tunisiens » et qui « contribue à montrer le village berbère de Takrouna autrement que dans les cours d’histoire», tout en soulignant « une authenticité dans l’écriture et la vision ».

Ez-Zahra est au cœur de l’ouvrage primé « La Maison qui parle ». C’est le 1er roman et deuxième livre de Zouhair Ben Amor. Le jury a apprécié la beauté des descriptions du quartier « peint comme un vrai village » ainsi que la poétique des relations les personnages et la valorisation du lieu. Samia Kassab-Charfi a présenté le livre comme un retour à l’histoire,avec une cartographie artistique et culturelle qui montre à quel point cette terre est inspirante, une thérapie même pour les écrivains et les artistes qui y ont séjourné.

« L’Aube poindra aux heures prochaines » de Taha Laghmari a été retenu sur la shortlist, sans toutefois être primé. Selon l’auteur, cet ouvrage « réunit des récits de fictions souvent introspectifs et des pauses méditatives ». Le paradigme de la renaissance inéluctable y est fortement présent, comme une conclusion impérativeface à toutes les dépressions qu’a connues l’humanité. Taha Laghmari a précisé que c’est une « écriture oblique où rien n’est directif ». Entre incursion de l’auteur et voix des personnages, il n’envisage pas la description directe mais les allusions «par les métaphores ». Le jury a salué le style ciselé avec une grande poésie et la beauté de la langue. Les membres du jury ont insisté tout au long de la cérémonie sur la difficulté du choix pour élire les lauréats, car « départager des livres aussi singuliers n’est jamais chose aisée ». Le roman tunisien se révèle prometteur, d’une manière générale, à travers ces œuvres qui brassent l’histoire, la philosophie, la sociologie et l’inventivité littéraire. Les œuvres primées, et même d’autres qui n’ont pas atteint la finale, méritent d’être lues, discutées et défendues. En offrant aux livres de qualité la lumière qu’ils méritent, cette 6e  édition perpétue ainsi la foi profonde dans la culture portée par feu Abdelwaheb Ben Ayed. À travers la fondation, cet engagement se poursuit  en encourageant le potentiel créatif des auteurs et en célébrant la richesse et la diversité de leurs écrits.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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