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Autrefois moteur de la croissance, l’Allemagne est désormais à la traîne dans l’UE

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  • 29 septembre 2026
  • 7 min de lecture
Autrefois moteur de la croissance, l’Allemagne est désormais à la traîne dans l’UE

Autrefois moteur de la zone euro, l’Allemagne en est désormais l’un des principaux retardataires. La production réelle s’est contractée en 2023, avant de stagner en 2024 et de n’enregistrer qu’une croissance marginale de 0,2 % en 2025, alors même que la zone euro dans son ensemble progressait à un rythme plus soutenu.

En 2026, l’Allemagne a renoué avec une croissance légèrement positive, avec un PIB en hausse de 0,4 % sur un trimestre au premier trimestre et de 0,3 % au deuxième trimestre, selon les données révisées, portant la progression sur un an à 1,0 % au deuxième trimestre. Le ministère allemand de l’Économie a néanmoins abaissé à 0,5 % sa prévision de croissance pour l’ensemble de l’année 2026, évoquant notamment la flambée des prix de l’énergie liée à la guerre entre les États-Unis et l’Iran comme un important facteur de ralentissement.

Au cœur de cette sous-performance prolongée se trouve le socle industriel allemand : le secteur manufacturier et le Mittelstand tourné vers l’exportation, cet important réseau de petites et moyennes entreprises, souvent familiales, qui constitue l’épine dorsale de l’emploi et des exportations en Allemagne et qui a longtemps défini son modèle économique.

Comprendre les difficultés de l’Allemagne est important pour l’ensemble de l’Europe, compte tenu du poids économique du pays et de l’étroitesse de ses chaînes d’approvisionnement avec ses voisins. La valeur ajoutée manufacturière a atteint son pic dès 2017, tandis que la production industrielle globale se situe désormais environ 15 % en dessous de son précédent sommet. Il s’agit donc d’un recul qui s’étend sur près d’une décennie, plutôt que d’une simple mauvaise année.

Le FMI estime que l’industrie manufacturière et la construction expliquent l’essentiel de l’écart de croissance de l’Allemagne par rapport à la zone euro. Une grande partie de ce déficit reflète une sous-performance et une faiblesse de la croissance persistantes, plutôt que des facteurs temporaires ou cycliques. L’industrie représentant encore environ un cinquième de la production allemande, soit une proportion nettement supérieure à celle observée en France ou aux États-Unis, cette faiblesse affecte l’ensemble de l’économie, de l’investissement à l’emploi.

Dans cet article, trois dimensions de la sous-performance allemande sont examinées : la récession industrielle qui en constitue le cœur, la pression sur la compétitivité qui touche le Mittelstand et, à court terme, le poids des coûts énergétiques.

Une faiblesse d’abord industrielle

Premièrement, les performances insuffisantes de l’Allemagne sont avant tout liées à son industrie, confrontée à des facteurs structurels qui limitent sa croissance. Des années de sous-investissement ont laissé place à des infrastructures vieillissantes et à un retard persistant dans la numérisation. À cela s’ajoutent la diminution de la population en âge de travailler, les pénuries chroniques de main-d’œuvre qualifiée et une lourde bureaucratie, autant de facteurs qui pèsent sur le potentiel de croissance.

Le niveau relativement élevé des coûts unitaires de main-d’œuvre a également incité certaines entreprises à délocaliser leurs nouveaux investissements à l’étranger.

Dans ce contexte, le gouvernement a engagé une importante expansion budgétaire, comprenant notamment un financement accru des infrastructures et une hausse des dépenses de défense, rendus possibles par une réforme de la limite constitutionnelle à l’endettement. Cette politique devrait soutenir et renforcer la demande à partir de 2026, même si son impact dépendra de sa mise en œuvre et de son accompagnement par les réformes structurelles nécessaires pour restaurer la compétitivité.

Le Mittelstand confronté à la concurrence chinoise

Deuxièmement, le Mittelstand, longtemps considéré comme l’un des piliers de la réussite économique allemande, est confronté à une forte pression sur sa compétitivité.

Au cours des deux dernières décennies, la Chine est passée du statut de marché d’exportation essentiel à celui de concurrent redoutable, concurrençant les entreprises allemandes dans les secteurs des machines et des véhicules, aussi bien sur les marchés tiers qu’en Chine même.

Les exportations allemandes de biens étant davantage exposées au marché chinois que celles de la France ou de l’Italie, cette évolution affecte particulièrement le Mittelstand tourné vers l’exportation.

L’ampleur du changement est significative : les exportations allemandes vers la Chine ont diminué de plus de 12 % sur un an au premier semestre 2026, reléguant la Chine au neuvième rang des marchés pour les produits allemands. Une position qui aurait été difficilement imaginable il y a seulement cinq ans, lorsque la Chine occupait la deuxième place.

Plus des trois quarts des entreprises allemandes de construction mécanique considèrent désormais la Chine comme leur principale menace stratégique.

Avec son initiative « 10 000 Little Giants », Pékin a mis en place des subventions ciblées afin de développer des entreprises spécialisées conçues explicitement pour concurrencer les « champions cachés » allemands, ces entreprises souvent peu connues du grand public mais leaders mondiaux dans leurs niches. Selon des économistes cités dans l’analyse, « la Chine a déjà pris une grande partie du marché de l’industrie allemande et se prépare à s’attaquer au reste ».

Le coût de l’énergie pèse sur l’industrie

Troisièmement, les prix de l’énergie ont un impact à court et moyen terme sur la compétitivité de l’industrie allemande.

Les prix de l’électricité pour les industriels en Allemagne sont environ deux fois plus élevés qu’aux États-Unis, conséquence durable notamment de la disparition de l’avantage lié au gaz acheminé par gazoduc à bas coût. Cette situation constitue un poids particulièrement important pour les industries énergivores, qui jouent un rôle central dans de nombreuses chaînes d’approvisionnement industrielles.

Si les prix de gros du gaz et de l’électricité en Allemagne ont reculé par rapport à leurs sommets atteints durant la crise, ils restent nettement supérieurs à leurs niveaux d’avant 2022 et à ceux pratiqués dans plusieurs économies concurrentes.

Les industriels allemands continuent ainsi de traverser une période d’ajustement difficile, alors qu’ils investissent dans l’efficacité énergétique et doivent s’adapter à un environnement énergétique plus coûteux.

Le conflit entre les États-Unis et l’Iran a encore accentué cette vulnérabilité. Les prix de l’énergie en Allemagne ont augmenté de 7,2 % sur un an en mars 2026, enregistrant leur première hausse depuis décembre 2023. Cette évolution a notamment conduit le gouvernement à ramener à 0,5 % sa prévision de croissance pour 2026.

Le baromètre de la transition énergétique, indicateur publié par la Chambre allemande de commerce et mesurant l’impact de la transition énergétique sur la compétitivité, est tombé à -11,5 en 2026, son niveau le plus bas depuis 2023. Cette évolution intervient alors qu’un nombre croissant d’entreprises reportent leurs projets d’investissement ou envisagent de transférer leur production à l’étranger.

Un modèle économique à réinventer

Dans l’ensemble, la sous-performance de l’Allemagne trouve ses racines dans les tensions croissantes qui affectent le modèle industriel et exportateur ayant assuré sa réussite pendant plusieurs décennies.

Les éléments disponibles placent le secteur manufacturier et le Mittelstand au centre des difficultés actuelles, confrontés à des coûts énergétiques élevés, à l’intensification de la concurrence chinoise et à des rigidités structurelles internes.

La capacité de la première économie européenne à réinventer son modèle, à l’image d’autres pays de la zone euro comme l’Espagne qui ont commencé à engager une telle évolution, contribuera à façonner les perspectives économiques du continent dans les années à venir.

Pour y parvenir, l’Allemagne devra toutefois moderniser ses infrastructures, engager des réformes structurelles parfois difficiles afin de réduire les lourdeurs administratives et adapter son appareil industriel à une économie mondiale profondément transformée.

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Auteur

La Presse

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