Culture

Théâtre : « Hamlet, comédie noire » de Khoubaieb Ayari Une version parodique inattendue

  • 29 septembre 2026
  • 4 min de lecture
Théâtre : « Hamlet, comédie noire » de Khoubaieb Ayari Une version parodique inattendue

« Hamlet, comédie noire » est une adaptation comique et contemporaine audacieuse de la tragédie Hamlet de William Shakespeare, mise en scène par Khoubaïeb Ayari et présentée au Théâtre des jeunes créateurs à la Cité de la culture dans le cadre de la manifestation « Sortie vers le théâtre » (25 septembre au 1er octobre 2026). L’œuvre, produite par Aristophanis Prod (Oued Zargua), est, comme son titre l’indique, présentée comme une relecture comique et expérimentale en dialecte tunisien et arabe littéraire où huit interprètes incarnent des personnages originaux dans un décor nu.

La Presse — Les comédiens, tous vêtus de noir dans un décor sombre, agissent comme une loupe pour disséquer l’âme humaine, ce qui crée un décalage intéressant entre la noirceur de l’espace et l’intensité des passions humaines à savoir la jalousie, le pouvoir, la trahison, etc.

L’adaptation signée Nidhal Hanachi fait intervenir, par ailleurs, plusieurs événements historiques qui se sont déroulés soit en Tunisie ou à l’international comme « L’homme de Tian’anmen » en Chine ou le massacre de Pol Pot au Vietnam, brisant de la sorte la frontière habituelle entre le texte initial et l’adaptation et inscrit ainsi le récit dans un espace contemporain où la chorégraphie prend toute sa place.

Au cœur de « Hamlet », une histoire aussi ancienne que l’humanité, celle de la trahison et du désir de justice. Le roi du Danemark meurt subitement. A peine les funérailles terminées, son frère Claudius s’empare du trône et épouse la reine Gertrude. Le prince Hamlet, le fils du défunt roi, est troublé par cette précipitation. Survient alors l’inimaginable : le fantôme de son père apparaît et lui révèle avoir été assassiné par son propre frère, Claudius. Le prince se retrouve alors prisonnier d’une mission terrible : venger son père.  Pour y parvenir, Hamlet choisit une stratégie aussi dangereuse que troublante : feindre la folie. A partir de ce moment, tout bascule. Suspicion, manipulations, peur et violence s’entremêlent jusqu’à faire éclater la fragile façade du pouvoir.

Les rôles centraux s’appuient sur des interprétations assez fortes notamment Hamlet qui oscille entre le burlesque et le vertige et Gertrude qui donne une dimension humaine et tiraillée. L’usage des photos, des masques et d’accessoires comme la carcasse d’une télévision ajoute une couche visuelle supplémentaire à la densité de la tragédie.

Les passages emblématiques tel que le monologue « Etre ou ne pas être » sont évoqués de manière détournée ou suggérée questionnant directement ce qu’il reste lorsque la vérité devient incertaine. En déplaçant la tragédie dans un univers comique et d’expérimentation, la mise en scène conserve tout de même la force de l’œuvre originale tout en renouvelant son questionnement sur le pouvoir et la vérité.

Les performances marquantes des comédiens apportent une profondeur humaine à ce récit de trahison et de vengeance familiale. Malgré une mise en scène déstabilisante et inattendue, le spectacle d’une durée d’une heure trente a tenté de moderniser les thèmes universels du pouvoir et de la folie avec dérision. Cette version prouve que le texte classique demeure un outil d’exploration psychologique puissant, capable de s’affranchir des codes traditionnels pour interpeller le public actuel. La pièce parle de nous, de notre rapport au pouvoir, à la vérité et à la justice.

Auteur

Neila GHARBI

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