Mohamed Jouini : “L’espace public est plus sûr pour la femme que l’espace privé”
La société tunisienne est aujourd’hui confrontée à une nouvelle forme de violence, dont les manifestations et les acteurs sont de plus en plus diversifiés, a estimé le sociologue Mohamed Jouini.
Selon lui, les différents “garde-fous” juridiques, moraux, sociaux et institutionnels qui, par le passé, contribuaient à empêcher qu’un simple différend ou problème ne dégénère en crime grave, ne parviennent plus à jouer le même rôle qu’auparavant.
Le sociologue a notamment relevé, lors de son passage sur Express Fm, que la distance entre la survenue d’un problème relativement simple et le passage à un crime violent tend à se réduire. Cette évolution serait favorisée par la présence de ce qu’il a qualifié d’“accélérateurs”, citant notamment les réseaux sociaux, l’espace numérique et les drogues.
Une société confrontée à l’incertitude
Mohamed Jouini a également lié la montée de la violence à ce qu’il décrit comme un état d’incertitude sociale.
Il a expliqué que les personnes qui ont le sentiment de ne pas être en mesure de réaliser leurs aspirations peuvent être amenées à chercher d’autres moyens de donner un sens à leur existence.
Le sociologue a, par ailleurs, établi un lien entre l’augmentation de la violence et la forte concurrence entre les individus, notamment à travers les comparaisons permanentes auxquelles donnent lieu les réseaux sociaux.
Cette concurrence confronterait les individus à des interrogations de plus en plus nombreuses sur leur rapport à eux-mêmes, à leur famille et à la société. Elle peut ainsi, selon lui, conduire à un état de souffrance et de perturbation, alors que les modes de gestion de cette souffrance ne sont plus les mêmes qu’auparavant.
Où doit se trouver la femme ?
Revenant sur le crime dont a été victime une jeune fille mineure à Mellassine, Mohamed Jouini a indiqué qu’une question se pose désormais sous différentes formes : “Où la femme doit-elle être présente, dans l’espace public ou dans l’espace privé ?”
Dans ce contexte, il a estimé que l’espace public offre davantage de sécurité à la femme que l’espace privé, où le niveau de violence peut être plus élevé, tout en restant, dans de nombreux cas, invisible.
Le sociologue a expliqué que l’espace public offre aux femmes une plus grande marge de liberté, d’interaction, d’échange d’idées et de relations sociales. Il leur permet également de mieux se défendre face aux agressions, notamment grâce à l’existence d’un cadre juridique destiné à les protéger.
Il a en outre considéré que l’espace public constitue une composante essentielle dans la construction de la personnalité, particulièrement pour les femmes.
Renforcer le rôle des institutions publiques
Mohamed Jouini a, par ailleurs, souligné que l’éducation ne peut pas être limitée au seul cadre familial. Les institutions qui composent l’espace public peuvent, selon lui, jouer un rôle éducatif important et doivent, à ce titre, être renforcées afin de contribuer à la lutte contre la violence.
Enfin, le professeur de sociologie a appelé à renforcer la présence de l’État afin de lutter contre le chômage, la précarité et la pauvreté. Il a également insisté sur la nécessité d’accorder davantage d’attention aux quartiers et aux zones marginalisés.
Une telle approche contribuerait, selon lui, à améliorer les conditions sociales et à réduire les facteurs de marginalisation, considérés parmi les éléments susceptibles de favoriser la montée de la violence.
R.I



