La Biennale de l’Image en Mouvement (BIM’26) sera exceptionnellement présentée à Tunis en avant-première au-delà de la Suisse à l’occasion de la 8e édition de Jaou Tunis qui se tiendra pendant un mois à partir du 23 octobre prochain. L’événement s’inscrit dans le cadre d’une collaboration à grande échelle entre le Centre d’Art Contemporain Genève et la Fondation Kamel Lazaar (KLF).
La Presse — «Cette édition marque une nouvelle étape dans la collaboration entre les deux institutions, qui souhaitent établir en Afrique un espace durable dédié à la production artistique, à la réflexion critique et au dialogue transrégional autour de l’image en mouvement, en créant des liens entre les différentes géographies de la majorité mondiale (Ndlr : désigne collectivement l’ensemble des populations qui ne sont pas blanches ou d’origine européenne).», peut-on lire dans un communiqué.
La BIM ‘26 réunira, du 24 octobre au 22 novembre, à Tunis, seize artistes issus d’Afrique du nord, de pays arabes, d’Amérique latine, d’Asie et de leurs diasporas, autour de l’exposition «Becoming the Ocean» sous la direction artistique de Lina Lazaar (vice-présidente de la KLF) et d’Andrea Bellini (directeur du Centre d’Art Contemporain Genève). Des œuvres, toutes nouvellement commandées à l’occasion, seront exposées à la Quechlet El Attarine, ancienne caserne militaire ottomane du XIXe siècle située au cœur de la médina de Tunis.

Le choix de ces lieux s’appuie, selon le communiqué, sur leur richesse patrimoniale et leur mémoire stratifiée . Ne servant pas uniquement de simple décor, ce site militaire et carcéral, métamorphosé au fil du temps, dialogue organiquement avec les œuvres exposées, transformant son passé en une composante active de l’expérience artistique.
«Becoming the Ocean» nous fait penser à la célèbre phrase de John Cage à propos de la musique de Lou Harriso : « Listening to it we become ocean » (En l’écoutant, nous devenons océan), renvoyant à cette idée d’une immersion totale, d’une dissolution des frontières rigides et d’un retour à un flux universel.
Un titre annonciateur d’un basculement en devenir, celui d’un monde où les vieilles structures politiques, coloniales et économiques s’asphyxient. Alors que les crises écologiques et géopolitiques s’accélèrent, le durcissement des frontières et de la surveillance masque mal une tentative désespérée de préserver des certitudes épuisées.
Comme le décrivent les psychologues,ce raidissement s’apparente à un « sursaut d’extinction », le paroxysme d’un comportement juste avant qu’il ne perde tout son pouvoir. L’exposition s’intéresse ainsi à ces zones de cassure où ces ordres hérités cessent de fournir des repères, ouvrant sur un avenir encore difficile à penser.
On y interroge «les imaginaires de séparation qui ont accompagné la modernité : séparation entre nations, peuples, histoires, espèces et futurs. À cette logique, «Becoming the Ocean» oppose une réflexion sur l’interdépendance, non comme idéal abstrait, mais comme condition de survie», indique encore le communiqué.

Les artistes invités : Tabarak Allah Abbas, Younès Ben Slimane, Mona Benyamin, S.A. Chavarría, Leena Habiballa, Roman Selim Khereddine, Zein Majali, Alaa Mansour, Paulo Nazareth, Diane Severin Nguyen, Liv Schulman, Hildegard Titus, Natasha Tontey, Castiel Vitorino Brasileiro ainsi que le duo formé par Hajra Waheed et Sarah Zeryab ont été sélectionnés par un comité international composé d’Adam Haj Yahia, Fatma Cheffi, Shumon Basar, Mohamed Almusibli, Xue Tan et Eyal Weizman, aux côtés d’Andrea Bellini et Lina Lazaar.
Leurs pratiques interrogent la guerre, les migrations, les bouleversements écologiques, les luttes politiques, les savoirs ancestraux, les transformations technologiques et les conflits persistants autour de la mémoire.
Àprès Tunis, l’exposition «Becoming the Ocean» poursuivera son chemin vers Venise, Bruxelles, Genève et Londres.
Par ailleurs, un symposium éponyme sera organisé les 26 et 27 octobre prochains, au cinéma Le Rio. L’événement réunira artistes, écrivains, chercheurs et penseurs politiques pour interroger l’essoufflement des structures contemporaines et explorer, à travers quatre chapitres dédiés à l’ordre international, à la mémoire, à l’intelligence et à la vérité, les nouvelles formes de savoir et d’imagination politique à inventer face aux crises actuelles.

Fondé en 1974 par Adelina von Fürstenberg, le Centre d’Art Contemporain Genève s’est imposé comme la première institution d’art contemporain de Suisse romande. De son côté, la Biennale de l’Image en Mouvement (BIM) a été créée en 1985 par André Iten (initialement sous le nom de Semaine Internationale de Vidéo) et gérée par le Centre pour l’Image Contemporaine jusqu’en 2007.
Elle demeure l’une des plus anciennes manifestations du genre en Europe, pensée dès l’origine comme une plateforme arpentant les territoires imprécis du visuel pour donner du sens au foisonnement d’images de la création contemporaine.
En 2009, le Centre d’Art Contemporain Genève a repris le flambeau de la Biennale, devenant ainsi l’une des rares institutions au monde à piloter une manifestation internationale d’art contemporain de grande envergure. Depuis 2014, celle-ci se concentre sur la commande de productions originales plutôt que sur une thématique globale unique, célébrant une pluralité de perspectives.



