Le risque lié aux pesticides agricoles réside non pas dans leur usage en soi, jugé nécessaire pour protéger les cultures, mais dans leur mauvaise utilisation et le non-respect des règles de sécurité, ce qui menace la santé humaine, les sols, l’eau et la biodiversité. C’est ce qu’a affirmé Youssef Hamdouni, expert en sécurité sanitaire des aliments et en santé globale (One Health), et consultant auprès de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Dans une déclaration à la TAP, l’expert a expliqué que les résidus de pesticides peuvent atteindre le consommateur à des doses variables selon la nature du produit, les quantités appliquées et les méthodes d’utilisation. Il a souligné que le dépassement des seuils autorisés transforme ces résidus en une source de danger pour la santé, en particulier en cas d’exposition répétée.
Des impacts sanitaires à court et long terme
L’expert a ajouté qu’une exposition à de fortes concentrations de pesticides peut provoquer des intoxications aiguës. À long terme, une exposition chronique — notamment lorsque les limites réglementaires sont franchies — est associée à de graves complications sanitaires, telles que l’apparition de certains types de cancers et des répercussions sur la santé reproductive. Il a tenu à préciser que la dangerosité de ces substances varie en fonction de leur typologie, de la dose, de la durée de l’exposition et de la voie de pénétration dans l’organisme.
Pour limiter le transfert de ces résidus dans l’alimentation, Youssef Hamdouni a insisté sur le respect impératif des doses préconisées, des délais de carence avant la récolte, ainsi que des consignes de sécurité lors de la manipulation des produits. À ce titre, il plaide pour le renforcement de la sensibilisation et de la formation des agriculteurs aux bonnes pratiques d’utilisation.
Une menace directe pour les écosystèmes et la biodiversité
Toutefois, les dangers des pesticides ne se limitent pas à la seule santé humaine. L’experte alerte sur le fait qu’une surutilisation entraîne la dégradation de la fertilité des sols par l’éradication des micro-organismes bénéfiques indispensables à l’équilibre biologique. De surcroît, ces substances polluent les ressources en eau par infiltration ou ruissellement, menaçant les nappes phréatiques et les écosystèmes aquatiques.
L’expert a également mis en garde contre l’impact destructeur de ces produits sur la biodiversité, en particulier sur les abeilles, les papillons et autres insectes utiles qui jouent un rôle clé dans la pollinisation et la lutte biologique contre les nuisibles. Les résidus peuvent également contaminer la chaîne trophique et toucher les oiseaux, les poissons et la faune sauvage.
Vers une approche globale « Une seule santé » (One Health)
Face à ces défis, l’expert préconise l’adoption de l’approche « Une seule santé » (One Health), qui établit un lien indissociable entre la santé humaine, animale, végétale et environnementale. Il appelle à réduire le recours aux pesticides chimiques et à promouvoir des alternatives durables, telles que la lutte intégrée et biologique, le développement de pièges naturels et l’encouragement de l’agriculture biologique.
Enfin, l’expert recommande le retrait progressif des pesticides les plus dangereux, le renforcement de la lutte contre la contrebande de ces produits, l’optimisation de l’accès des agriculteurs aux alternatives, ainsi que l’instauration d’un contrôle régulier des sols, de l’eau et des résidus alimentaires. Il insiste enfin sur l’impératif d’intensifier la coordination intersectorielle (santé, environnement et agriculture) pour concilier impératifs de production agricole et la préservation de la vie.



