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Génération Z : Le réveil sera-t-il douloureux ?

  • 5 octobre 2026
  • 5 min de lecture
Génération Z : Le réveil sera-t-il douloureux ?

Paradoxalement, le monde du travail reproche aux jeunes générations des lacunes en termes de «communication», de travail d’équipe et même d’intelligence émotionnelle. Or les jeunes de la génération Z s’autoévaluent comme étant excellents dans ce domaine.

Les auteurs d’une étude sur cette catégorie vont même jusqu’à en conclure une forme de «manque de conscience de soi». En gros, il s’agit peut-être d’une autoévaluation biaisée.

La Presse — Comme la génération Y l’a été (a posteriori, un fois adultes), la génération Z affiche aujourd’hui une certaine fierté d’appartenance, comme si rien n’existait avant et que tout sera possible avec elle dans un monde de plus en plus complexe.

De prime abord, les personnes nées entre 1997 et 2012, semblent sans complexe, avec une assurance à tout épreuve, sans aucune forme de déférence particulière envers les aînés, toujours prêtes à tracer sa route, s’acceptent mieux et seraient plus autonomes, et sans frilosité face à la nouveauté et aux nouvelles expériences.

Mais ces grands titres sont-ils vraiment étayés par les recherches académiques ? Cette génération extravertie est-elle heureuse pour autant ? Est-elle vraiment dans la capacité de naviguer dans les eaux troubles d’un monde incertain comme elle le laisse supposer ?

Ma thèse de départ est plutôt sceptique : contrairement aux apparences, une partie importante de cette génération pourrait présenter des fragilités en matière de compétences professionnelles, et de résilience.

L’effet Dunning-Kruger

Dans une étude intitulée «The soft-skills characteristics of Generation Z employees : A scoping review and research agenda» (Les caractéristiques des compétences comportementales des salariés de la génération Z : revue exploratoire et perspectives de recherche) parue en 2025, les auteurs concluent qu’il existe un écart important entre les attentes des employeurs et les compétences observées chez les jeunes employés Gen Z, notamment en communication professionnelle.

Paradoxalement, le monde du travail reproche aux jeunes générations des lacunes en termes de «communication», de travail d’équipe et même d’intelligence émotionnelle. Or les jeunes de la génération Z s’autoévaluent comme étant excellents dans ce domaine. Les auteurs de l’étude vont même jusqu’à en conclure une forme de «manque de conscience de soi». En gros, il s’agit peut-être d’une autoévaluation biaisée.

Un constat qui renvoie selon certains chercheurs, à l’effet Dunning-Kruger (du nom des psychologues qui l’ont théorisé) qui affirme qu’une personne avec peu de compétences dans un domaine a parfois tendance à surestimer son niveau, justement parce qu’elle ne maîtrise pas suffisamment le sujet pour être capable d’admettre ses limites.

Entre 2023 et 2025, le cabinet de conseil international Deloitte a mené une sérieuse enquête dans 44 pays à travers le monde. Le verdict est sans appell: 46% des Gen Z déclarent se sentir stressés et anxieux au travail «tout ou la plupart du temps» contre 39% pour la génération Y. Un chiffre qui montre en effet que contrairement à cette apparence de décontraction et d’assurance de façade, beaucoup se sentent mal.

Takwa, 24 ans, enseignante, qui dit aimer son métier ambitieux et poursuit son rêve de devenir docteure, admet développer une anxiété permanente. Une anxiété qui tire sa source d’une forme «d’insécurité face à l’avenir».

Entre anxiété et obligation de tracer sa route

«Je crois que cette incertitude face à l’avenir est encore plus forte chez la femme», affirme Takwa, pour qui «malgré tout», il faut «rester debout et avancer». Elle est convaincue que sa génération est beaucoup plus émancipée, avec une parole libérée et une tendance à ne pas se taire face aux injustices.

À seulement 19 ans, Yasmine est pour sa part bien moins stressée face à l’avenir et affiche une confiance qui désarçonne.

«Je m’appelle Yasmine, je suis une jeune coach fédérale (la plus jeune coach à Tunis) de basket-ball jentraine les catégories baby basket poussines et benjamines, de plus je suis une étudiante en 1er année préparatoire au cycle d’ingénieur. Je ne crains pas pour l’avenir et surtout pour mon avenir parce que je veux devenir une ingénieure en cybersécurité et c’est un domaine du futur», nous répond-elle quand on lui demande de se présenter.

Mais elle nuance vite ses propos quant il s’agit de parler de sa génération en général. En effet, elle reconnaît avoir une chance que n’ont pas forcément ses amis : des parents véritablement à l’écoute et qui ne sont jamais dans le jugement. «Je ne ressens aucun gêne à tout dire à mes parents, même les bêtises, alors que beaucoup de mes amis ont véritablement du mal à se confier», dit-elle.

Toujours est-il qu’il est important aujourd’hui de reconnaître à la génération Z un nouveau souffle et des compétences dont le monde du travail à certainement besoin pour se métamorphoser lui-même. Il appartient peut-être à cette génération et aux générations à venir de repenser le travail et ses attentes et d’imposer de nouvelles règles du jeu.

Auteur

Karim Ben Said

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