Fonction publique : Le recrutement reprend en Tunisie
Après des années de gel, l’État rouvre ses portes aux candidats. Du palais de Carthage aux différents ministères, la relance est clairement affichée et les concours pour l’année 2026 se multiplient, bien que timidement. Reste à savoir si cette dynamique suffira à résorber un chômage qui frappe de plein fouet les diplômés.
La Presse — Le signal est venu du Président de la République. Dès mai 2025, Kaïs Saïed a appelé à rouvrir les portes de la fonction publique. En avril 2026, il a demandé d’accélérer la plateforme numérique dédiée aux chômeurs de longue durée, en insistant sur la justice et l’équité et en dénonçant le passe-droit en matière de recrutements dans le passé.
Sous cette impulsion, la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, a évoqué à plusieurs reprises la réouverture des recrutements pour 2026. À cet effet, et lors du Conseil ministériel consacré à la loi de finances 2026, elle a demandé que le texte prévoie des mécanismes de financement innovants, en raison de l’orientation de l’État vers l’ouverture des recrutements et de réformes en cours dans la santé, l’éducation et l’enseignement.
Le conseil a retenu parmi ses axes un programme de nouveaux recrutements dans la fonction publique. Sur recommandation du Chef de l’État et en symbiose avec les grands traits de la politique du pays, le gouvernement a fait au cours de cette année de l’emploi une priorité majeure, avec une attention particulière aux diplômés de longue durée et la poursuite de l’intégration des ouvriers de chantiers, des agents contractuels et des enseignants suppléants.
Des concours dans tous les secteurs : un léger mieux…
Les annonces se sont traduites notamment en concours aux Domaines de l’État, à l’Intérieur, l’Enseignement, le Transport, la Santé, ainsi que dans les institutions bancaires. A ce titre, le ministère de la Santé a ouvert la voie à un vaste recrutement.
Un arrêté dudit ministère, daté du 4 septembre 2026 et publié au Journal officiel de la République tunisienne (Jort), annonce l’ouverture, à partir du 16 novembre prochain, d’un concours sur titres et travaux pour pourvoir 434 postes de médecins spécialistes de la santé publique. Un autre arrêté conjoint des ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur, publié au Jort n° 97 du 1er octobre 2026, ouvre 55 postes de résidents en médecine dentaire.
Pour les jeunes diplômés et les demandeurs d’emploi, la multiplication des concours ouvre des perspectives dans des secteurs très variés. Les conditions diffèrent d’un concours à l’autre. Certains fixent une limite d’âge de 40 ans, repoussée à 45 pour les candidats inscrits dans les bureaux de l’emploi ou justifiant d’une ancienneté dans le public. Les inscriptions se font de plus en plus en ligne, via la plateforme nationale des concours ou les sites des organismes.
…mais un chômage qui reste élevé, surtout chez les docteurs
Ces recrutements ne suffiront pas à résoudre le problème. En effet, le taux de chômage reste relativement élevé, à 14,9% selon l’INS, notamment chez les docteurs. Le gouvernement n’ignore pas qu’il ne dispose pas d’une solution miracle. Ce chômage, toutes catégories confondues, est en grande partie l’héritage des années postrévolutionnaires, marquées par des recrutements massifs qui ont profité à certains partis politiques au pouvoir et ont, par conséquent, lourdement pesé sur le secteur public.
Pour répondre directement à ces inquiétudes persistantes, le Président Kaïs Saïed a reçu une délégation de docteurs chômeurs en septembre de l’année dernière. Revenant sur les causes de leur situation, il a rappelé que des concours transparents et équitables restent la seule voie de recrutement. Affirmant sa confiance envers les diplômés pour bâtir l’avenir, le Chef de l’État a annoncé qu’ils remplaceront les responsables défaillants ou influencés par des lobbies.
Dans le même sillage, le président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Brahim Bouderbala, a récemment promis de transmettre le dossier épineux des docteurs sans emploi à la commission parlementaire compétente, afin de procéder aux auditions nécessaires et d’examiner les voies de résolution de cette problématique.
Il a fait cette annonce à l’issue d’une rencontre, au palais du Bardo, avec Imen Bekouch, membre du conseil local d’Ezzahra, et Hatem Ben Jmiaa, porte-parole de ce dossier épineux et suivi de très près par le Chef de l’Etat.
La fonction publique rouvre ainsi ses portes, et c’est une bouffée d’oxygène, une éclaircie dans la grisaille pour les diplômés en quête de travail. Mais elle ne pourra pas, seule, absorber toute la demande d’emploi.
Pour résorber durablement le chômage, l’enjeu se déplace vers le secteur privé, l’investissement et la création d’entreprises, seuls capables de générer des emplois en nombre. Tout l’enjeu est là. Il faut que cette éclaircie marque le début d’une véritable relance de l’emploi.
C’est d’ailleurs pour cette raison que le Président de la République a souligné lors de sa réunion le 23 septembre, au Palais de Carthage, avec la Cheffe du gouvernement et le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, l’importance du partenariat public-privé.



