Attaque houthie : Trois morts dans une attaque contre deux aéroports saoudiens
Trois personnes ont péri et plus de trente autres ont été blessées dans des attaques menées contre deux aéroports en Arabie saoudite, a annoncé l’autorité de l’aviation civile saoudienne ce mercredi. Cette escalade survient sur fond d’intensification des affrontements au Yémen entre les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, et les forces gouvernementales appuyées par Riyad.
Dans un communiqué, l’autorité a précisé qu’une personne a été tuée et huit autres ont été blessées lors d’une attaque visant l’aéroport international King Khaled à Riyad, la capitale saoudienne. Par ailleurs, deux autres personnes ont trouvé la mort et 28 ont été blessées dans une frappe ciblant les installations de l’aéroport international d’Abha. Les autorités n’ont toutefois pas spécifié quel incident s’était produit quel jour, ces attaques s’étant déroulées mardi et mercredi.
Ces assauts s’inscrivent dans une série de frappes aériennes ayant visé les infrastructures aéronautiques de la région. Un peu plus tôt dans la journée, le ministère yéménite des Transports avait rapporté que les Houthis avaient pris pour cible l’aéroport international de Aden à l’aide de deux missiles balistiques et de drones piégés. L’un des projectiles est retombé à proximité de la piste d’atterrissage, quelques minutes seulement avant l’atterrissage prévu d’un vol en provenance du Caire. Cet aéroport constitue la principale porte d’entrée internationale des zones du Yémen échappant au contrôle des rebelles.
Des combats stratégiques autour de Bab El Mandeb
Ces derniers jours, les hostilités se sont concentrées dans les environs du détroit de Bab EL Mandeb, un couloir maritime stratégique dont l’importance pour l’exportation d’énergie s’est accrue depuis les restrictions imposées au commerce à travers le détroit d’Ormuz, sur fond de tensions entre les États-Unis et l’Iran.
Cette semaine, les forces gouvernementales yéménites, bénéficiant d’un soutien aérien de la coalition menée par l’Arabie saoudite, ont lancé une contre-offensive pour reprendre des positions stratégiques près du détroit et de la ville de Mokha, conquises par les Houthis au mois de septembre. Il reste toutefois incertain si cette progression militaire pourra être maintenue.
Ce regain de violence constitue le prolongement d’un conflit plus large entre Washington et Téhéran, ravivant une guerre complexe qui dure depuis douze ans au Yémen. Celle-ci a provoqué l’une des pires crises humanitaires mondiales et fragilisé durablement le pays le plus pauvre du monde arabe.
Une situation humanitaire et sécuritaire alarmante
L’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), relevant de l’ONU, a indiqué ce mercredi que le nombre de personnes déplacées depuis le déclenchement de cette nouvelle vague de combats dépasse désormais les 200 000.
« Les gens fuient pour sauver leur vie et ne trouvent aucun endroit sûr où s’abriter », a alerté la directrice générale de l’OIM, Amy Pope, tout en plaidant pour un renforcement des financements face à l’accroissement des besoins en matière d’alimentation et d’hébergement. Bien que les belligérants fassent état de centaines de morts sans fournir de bilans précis, l’ONU estime que trois foyers sur quatre souffrent de la faim dans certaines régions du Yémen.
Visée de manière récurrente par des infrastructures et des raffineries pétrolières des Houthis, l’Arabie saoudite a annoncé ce mercredi que la coalition militaire qu’elle dirige avait intercepté et détruit un missile balistique au nord de Riyad, ainsi que la rampe de lancement associée. En contrepartie, le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a affirmé dans un communiqué que le mouvement avait ciblé l’aéroport King Khaled avec plusieurs drones.
La prise potentielle du détroit de Bab EL Mandeb par les Houthis fait peser une lourde menace sur la navigation maritime et l’approvisionnement mondial en pétrole, poussant Riyad à solliciter un appui international.
Deux sources ont révélé ce mercredi que la Turquie dépêchait un soutien principalement défensif et technologique, après l’engagement pris par Ankara et Islamabad de concrétiser une alliance de défense mutuelle. Parallèlement, des responsables bien informés — l’un américain, l’autre relevant d’une source militaire syrienne — ont indiqué que Damas étudiait sérieusement l’éventualité d’une assistance militaire au profit de son allié saoudien. Parmi les options à l’étude figurent des mesures de protection du territoire saoudien ou le déploiement de troupes offensives aux côtés des forces yéménites progouvernementales. Selon le responsable américain, Riyad aurait explicitement formulé une telle requête auprès de Damas.
Interrogé sur le sujet, un diplomate syrien a rappelé que Damas se tenait fermement aux côtés de l’Arabie saoudite face aux agressions des Houthis, tout en précisant que les priorités de l’État syrien demeuraient tournées vers ses impératifs intérieurs, notamment la reconstruction post-conflit.
Contrôlant une grande partie du nord du Yémen depuis la prise de Sanaa en 2014, les Houthis avaient provoqué l’intervention d’une coalition militaire sous égide saoudienne, soucieuse de contenir l’influence de l’Iran et d’éviter l’effondrement sécuritaire à ses frontières. Si une trêve parrainée par l’ONU en 2022 était parvenue à geler les combats de grande ampleur, elle n’a pas permis d’aboutir à un règlement politique pérenne avant l’embrasement actuel lié aux répercussions régionales des tensions irano-américaines. La coalition continue d’accuser Téhéran d’armer et d’entraîner les rebelles, des allégations rejetées par l’Iran, tandis que les Houthis soutiennent concevoir eux-mêmes leurs propres équipements militaires.



