Gaza en chiffres : Trois ans depuis le début de la guerre… et un an depuis le cessez-le-feu
Les besoins en matière de relèvement et de reconstruction sur dix ans sont estimés à 71,4 milliards de dollars, dont 26,3 milliards nécessaires au cours des 18 premiers mois. L’économie de Gaza s’est contractée d’environ 84 %. Plus de 1,2 million de personnes, soit 59 % de la population, se trouvaient entre la mi-avril et la fin juin 2026 dans une situation de crise alimentaire ou pire. Ce nombre devrait atteindre environ 1,4 million de personnes, soit 67 % de la population, entre juillet et décembre.
La Presse — Trois ans après le début de la guerre sioniste contre la bande de Gaza et un an après l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu, les indicateurs montrent que l’accord a entraîné une forte baisse du rythme des morts, mais qu’il ne s’est pas transformé en véritable processus permettant de mettre fin aux conséquences de la guerre ou d’engager une reconstruction et un redressement global.
C’est ce qui ressort d’une nouvelle fiche d’information publiée par le Centre palestinien d’études politiques, intitulée « Gaza en chiffres : trois ans depuis le début de la guerre… et un an depuis le cessez-le-feu ». Le document s’appuie sur les données du ministère de la Santé de Gaza, de l’ONU et de ses agences, de l’évaluation rapide conjointe des dommages et des besoins (Rdna), ainsi que sur celles d’autres organisations et institutions internationales et de défense des droits humains.
Selon le document, le bilan de la guerre s’élevait, au 4 octobre 2026, à 74.237 morts et 175.206 blessés, tandis que la seule année ayant suivi le cessez-le-feu a enregistré 1.454 morts et 5.090 blessés. En moyenne, le rythme de décès est passé d’environ 99 morts par jour pendant la guerre ouverte à environ 4 morts par jour durant l’année du cessez-le-feu, soit une baisse d’environ 25 fois, sans, pour autant, que les victimes cessent de tomber.
Le cessez-le-feu ne s’est pas transformé en processus de reconstruction
Selon le document, la situation humanitaire et urbaine reste loin de la stabilité. Au moins 371.888 logements ont été endommagés ou détruits, tandis que l’ONU estime le volume des décombres à environ 61 millions de tonnes. À la fin du mois de septembre, seuls quelque 907.000 tonnes avaient été retirées, soit environ 1,5 % du total.
Les besoins en matière de relèvement et de reconstruction sur dix ans sont estimés à 71,4 milliards de dollars, dont 26,3 milliards nécessaires au cours des 18 premiers mois. Par ailleurs, l’économie de Gaza s’est contractée d’environ 84 %, selon l’évaluation conjointe des dommages et des besoins.
Le document indique également que 65 % des ménages vivent encore sous des tentes ou dans des abris temporaires, tandis qu’environ 94 % de la population a besoin d’une aide urgente en matière de logement et de biens essentiels. Quelque 451 zones de déplacement fortement exposées aux inondations ont par ailleurs été identifiées ; elles accueillent environ 464.000 personnes, avec d’importants besoins pour l’hiver, notamment pour les enfants et les familles déplacées.
Un système de santé fonctionnant au minimum
Le système de santé continue de fonctionner dans des conditions extrêmement difficiles. Selon l’Organisation mondiale de la santé, seuls 19 des 36 hôpitaux fonctionnent partiellement, aucun ne fonctionnant à pleine capacité.
Les conséquences sanitaires à long terme de la guerre se poursuivent. Environ 43.000 personnes auraient subi des blessures ayant bouleversé leur vie, dont quelque 10.000 enfants, tandis que plus de 50.000 blessés auraient besoin d’une réadaptation à long terme.
Le document relève également des indicateurs préoccupants concernant la santé des femmes, notamment environ 3.950 fausses couches enregistrées au cours du premier semestre 2026, soit un taux supérieur à trois fois celui enregistré au second semestre 2025.
La crise des conditions de vie n’est pas terminée
Sur le plan des conditions de vie, les données compilées dans le document indiquent que 63 % des ménages évalués disposent de moins de 6 litres d’eau potable par personne et par jour, tandis que 74 % dépendent de camions-citernes.
Concernant l’alimentation, plus de 1,2 million de personnes, soit 59 % de la population, se trouvaient entre la mi-avril et la fin juin 2026 dans une situation de crise alimentaire ou pire. Ce nombre devrait atteindre environ 1,4 million de personnes, soit 67 % de la population, entre juillet et décembre.
Dans le domaine de l’éducation, l’année scolaire 2026-2027 a commencé avec environ 495.000 enfants inscrits dans des espaces éducatifs soutenus par l’ONU et ses partenaires. Environ 200.000 enfants seraient toutefois encore privés d’éducation structurée, tandis que le secteur n’a reçu que 13 % des financements demandés.
Un accord bloqué par une impasse politique
Le document place l’impasse politique au cœur de l’explication du passage lent du cessez-le-feu à la phase de reconstruction. La deuxième phase de l’accord a été annoncée en janvier 2026, mais n’a pas été mise en œuvre en raison de désaccords sur l’ordre des étapes, notamment sur la relation entre le désarmement du Hamas et le retrait sioniste.
Les indicateurs sur le terrain font également état de la poursuite de la présence militaire sioniste. Selon le document, environ 53 % de la bande de Gaza se trouve sous contrôle sioniste direct derrière la « ligne jaune », auxquels s’ajoutent environ 11 % situés dans la « ligne orange ».
L’ONU a pour sa part indiqué qu’environ deux tiers de la bande de Gaza étaient inaccessibles ou soumis à des restrictions d’accès. Concernant l’aide humanitaire, le document relève un écart entre les chiffres sionistes faisant état de l’entrée d’environ 600 camions par jour et les données et mécanismes de vérification de l’ONU, ainsi que les données publiées par le bureau d’information du gouvernement à Gaza. Cela témoigne de la persistance des divergences concernant la quantité d’aide qui parvient effectivement à la population.
La baisse du nombre de morts ne signifie pas la fin de la guerre
La fiche du Centre palestinien d’études politiques conclut que le cessez-le-feu a permis de réduire l’intensité des violences meurtrières, mais qu’il n’a pas mis fin à leurs conséquences ni aux principales crises qui frappent Gaza.
Le processus de reconstruction reste lié à la réouverture des points de passage, à l’entrée des équipements, du carburant et du matériel médical, à la mobilisation des financements et à la mise en œuvre des arrangements politiques et sécuritaires liés à la deuxième phase de l’accord.
Le document propose plusieurs priorités, notamment la création d’un mécanisme indépendant de documentation des violations, la fixation d’un calendrier de retrait, la facilitation de l’entrée des équipements nécessaires au déblaiement des décombres, des abris, du carburant et du matériel médical, la conversion des promesses financières en financements effectifs et la réduction des déficits de l’aide hivernale.
Il appelle également à élargir les évacuations médicales ainsi que les programmes de réadaptation et de fourniture de prothèses pour les dizaines de milliers de blessés.
Le document dresse ainsi un état des lieux chiffré de Gaza après trois années de guerre et une année de cessez-le-feu, en mettant en avant une conclusion centrale : la baisse du niveau des violences meurtrières ne signifie pas la fin de la guerre tant que ses conséquences humaines, urbaines, économiques, sociales et politiques perdurent.
(Synthèse de médias)



