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Lac 2 : La belle promenade face aux incivilités

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  • 8 octobre 2026
  • 7 min de lecture
Lac 2 : La belle promenade face aux incivilités

Longue d’environ deux kilomètres, la promenade du Lac 2 est devenue au fil des années bien plus qu’un simple aménagement au bord de l’eau. Lieu de marche, de sport, de détente et de rencontre, cette façade piétonne sur le lac constitue aujourd’hui un véritable espace de sociabilité. Mais son attractivité et sa fréquentation posent aussi avec acuité la question de sa propreté et de la responsabilité de chacun dans la préservation de cet espace public.

La Presse — Par une matinée relativement calme, quelques marcheurs foulent les quelque deux kilomètres de promenade, chacun à son rythme. Les uns avancent à grandes enjambées pour se dépenser, d’autres préfèrent les petits pas, simplement pour s’aérer l’esprit, évacuer le stress ou garder la ligne. Téléphone accroché à l’oreille, bouteille d’eau à la main, écouteurs aux oreilles pour certains, chacun semble avoir trouvé dans cet espace ouvert sur le lac une parenthèse à sa journée.

Plus loin, de jeunes lycéens et lycéennes occupent un banc, discutent, plaisantent ou prennent une photo souvenir avec le lac pour toile de fond. Des couples déambulent, des familles profitent de la quiétude des lieux et des sportifs croisent les promeneurs. La promenade est devenue un espace où l’on vient autant pour marcher que pour se retrouver.

Cette animation est renforcée par la présence de cafés, de restaurants et de commerces qui ont progressivement donné à la promenade une véritable dimension de lieu de vie et de sociabilité.

Quand les déchets viennent gâcher le paysage

Mais cette belle image n’est pas sans ombres.

Une benne stationnée devant un café-restaurant attire l’attention. À quelques mètres, des ouvriers s’activent pour débarrasser les restes d’arbustes et de végétation déposés au bord de la promenade. Des déchets verts ou secs, sortis manifestement d’un établissement voisin, viennent rompre l’harmonie d’un paysage pourtant soigneusement aménagé.

Approché, l’un des ouvriers ne cache pas son agacement.

Selon lui, ce type de comportement se répète régulièrement. Le propriétaire concerné aurait même été verbalisé à plusieurs reprises, sans que cela ne mette fin à la pratique.

« Il aurait pu, ou dû, les ramasser dans de gros sacs-poubelles pour nous faciliter la tâche », déplore en substance l’ouvrier, qui rappelle que les équipes chargées de l’entretien doivent déjà faire face à une quantité importante de déchets.

Le long de la promenade, des débris de verre côtoient des bouteilles en plastique, des emballages, des épluchures de graines de tournesol — les fameuses glibettes — et des restes de fruits. Les pourtours des arbustes, pourtant aménagés pour embellir la promenade, servent parfois de petites décharges improvisées.

Un espace public n’est pas un espace sans règles

La question mérite d’être posée : à qui appartient la promenade ?

À tout le monde, précisément. Et c’est là que réside la responsabilité de tout un chacun.

Un espace public est certes entretenu par les services municipaux et les équipes chargées de sa maintenance, mais il ne peut rester propre si certains usagers considèrent le sol comme une poubelle.

Jeter une bouteille en plastique, abandonner un gobelet, casser une bouteille en verre ou vider ses déchets au pied d’un arbuste ne constitue pas un geste anodin. Répétés des dizaines, voire des centaines de fois, ces comportements finissent par dégrader un espace conçu pour être agréable et accessible à tous.

La responsabilité incombe également aux propriétaires et exploitants des cafés, restaurants et commerces installés le long ou à proximité de la promenade.

Ces établissements tirent directement profit de l’attractivité du Lac 2 et de la fréquentation de sa promenade. Ils ont donc, au-delà de leurs obligations réglementaires, une responsabilité évidente dans la préservation de leur environnement immédiat.

Déchets, cartons, emballages, bouteilles, restes alimentaires ou autres détritus issus de leur activité ne peuvent être abandonnés sur la voie publique ou au bord du lac. Ils doivent être correctement triés, conditionnés et évacués selon les règles en vigueur.

La proximité du lac rend cette exigence encore plus importante. Ce qui est abandonné sur le sol ne disparaît pas : les déchets peuvent être emportés par le vent ou les eaux pluviales et finir dans la lagune.

La responsabilité des citoyens

Mais il serait trop facile de faire porter toute la responsabilité aux commerçants.

Les citoyens sont, eux aussi, concernés.

La propreté d’une ville ne dépend pas uniquement du nombre d’agents municipaux ou de la fréquence du passage des équipes de nettoyage. Elle dépend d’abord des comportements quotidiens.

Celui qui termine sa bouteille d’eau et la dépose dans une poubelle plutôt que sur un banc contribue à préserver les lieux. Celui qui évite de jeter ses épluchures au pied d’un arbuste participe, lui aussi, à la protection de cet espace commun.

La propreté est ainsi moins une question de moyens qu’une question de civisme, même si les deux sont évidemment liés.

La municipalité ne peut pas tout nettoyer

La municipalité et les autorités régionales ne peuvent se contenter de nettoyer après coup les conséquences des incivilités. Elles doivent aussi faire respecter les règles.

Lorsque des contrevenants sont identifiés, les sanctions prévues par la réglementation doivent être effectivement appliquées. Les contrôles doivent être réguliers, notamment auprès des établissements commerciaux et de restauration, et les dépôts sauvages doivent faire l’objet d’une réponse appropriée.

Car verbaliser sans effet, ou multiplier les opérations de nettoyage sans s’attaquer aux comportements qui produisent les déchets, revient à traiter le symptôme sans s’attaquer au mal lui-même.

La présence de poubelles, l’entretien des espaces verts, le ramassage régulier et la sensibilisation sont indispensables. Mais ils doivent être accompagnés d’un contrôle effectif et d’une application ferme de la réglementation.

Il ne s’agit pas de transformer la promenade en espace policier, mais de rappeler une évidence : la liberté de profiter d’un espace public s’accompagne du devoir de le respecter.

Préserver un patrimoine urbain commun

Avec son ouverture sur le lac, ses plantations, ses bancs et ses espaces de promenade, le Lac 2 dispose d’un cadre qui reste exceptionnel dans le Grand Tunis. C’est précisément parce que cet espace est devenu un lieu de rencontre, de sport et de détente qu’il mérite une attention particulière.

La promenade appartient à ceux qui la fréquentent, mais aussi à ceux qui la fréquenteront demain.

Elle est devenue un lieu de sociabilité. Elle doit désormais devenir, plus encore, un espace de responsabilité partagée.

Aux citoyens de ne pas jeter leurs ordures, si menues soient-elles. Aux commerçants et restaurateurs de gérer correctement les déchets produits par leurs activités. Aux services municipaux d’entretenir. Et aux autorités compétentes de contrôler et, lorsque cela est nécessaire, de sanctionner.

Car aucune promenade, aussi belle soit-elle, ne peut résister longtemps à l’incivisme si la règle n’est pas respectée et si les contrevenants ont le sentiment que leurs comportements resteront sans conséquence.

Le Lac 2 mérite mieux que des opérations de nettoyage répétées. Il mérite que chacun considère sa promenade non comme un espace anonyme, mais comme un bien commun à préserver.

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Auteur

Brahim OUESLATI

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