Dans une région où la couverture sociale affiche des taux enviables, le centre régional de la CNAM à Bizerte révèle pourtant une réalité bien plus sombre : files interminables, promiscuité étouffante et agents dépassés. Entre réussite statistique et désordre quotidien, l’institution incarne le paradoxe d’un service public pris au piège de ses propres contradictions.
Une couverture sociale remarquable
Dans le Grand Bizerte, la couverture sociale atteint un niveau remarquable : près des trois quarts de la population active sont affiliés à la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). Cette proportion, supérieure à la moyenne nationale, traduit la solidité du tissu administratif et industriel de la région. Environ 98 000 assurés y sont recensés, dont quelque 22 000 agents de la fonction publique, représentant un cinquième des adhérents. Cette présence importante du secteur public, conjuguée à la progression régulière des inscriptions depuis 2020, témoigne d’une formalisation croissante de l’emploi et d’une meilleure intégration des travailleurs dans le système de protection sociale. Bizerte se distingue ainsi par une dynamique de couverture équilibrée entre fonctionnaires, salariés privés et indépendants, reflet d’une économie locale diversifiée et relativement structurée.
L’amer contraste
C’est là le côté cool, adroit et lisse, voire plaisant de notre affaire. En fait, le centre régional de la CNAM à Bizerte ville, situé d’emblée et directement à la sortie du pont mobile, continue à constituer une véritable scène de désordre social, où la dignité des assurés se dissout dans l’attente interminable. Chaque matin, la foule compacte envahit une salle d’attente minuscule, déborde sur les trottoirs et bloque la circulation, transformant l’accès aux droits sociaux en un parcours du combattant. Les citoyens, contraints de piétiner des heures dans une promiscuité suffocante, se heurtent à des agents épuisés, nerveux, incapables de répondre sereinement à des demandes pourtant élémentaires. L’accueil, censé être un service public, se mue en une épreuve humiliante, où la recherche d’une simple information devient une bataille contre l’indifférence et la saturation. Ce spectacle quotidien, indigne d’une institution nationale, révèle une crise structurelle profonde : la CNAM de Bizerte n’est plus en mesure d’assurer sa mission. Il est temps de briser ce cercle d’asphyxie et d’exiger une refonte radicale, car ce qui se joue ici n’est rien de moins que le respect du citoyen et la crédibilité de l’État social.
Une tentative avortée
Pourtant, il est permis d’assurer que les responsables ont toujours été au courant de telles défaillances. En conséquence de quoi, la CNAM à Bizerte ville avait entrevu une bouffée d’oxygène avec l’ouverture d’un guichet délocalisé au centre de la CNSS sis à la cité administrative de Oued El Assel. L’expérience, brève mais salutaire, avait immédiatement soulagé le centre saturé du cœur de ville : les assurés y trouvaient un espace plus vaste, un accueil plus fluide, une respiration sociale dans un climat apaisé.
Mais cette solution pragmatique, plébiscitée par les citoyens, a été brutalement abandonnée. Officiellement, on évoque des difficultés de coordination entre institutions, des querelles de compétences et l’absence d’un cadre juridique clair pour une telle “gérance location”. En réalité, c’est la lourdeur bureaucratique et la frilosité politique qui ont étouffé une initiative pourtant efficace. Résultat : retour à l’asphyxie du centre ville, files interminables, promiscuité étouffante, agents dépassés et assurés humiliés. Ce renoncement, vécu comme une trahison par les citoyens, illustre la tragédie d’un service public prisonnier de ses propres pesanteurs, incapable de pérenniser une solution qui avait redonné un peu de dignité et de confiance.
Restaurer la dignité par des mesures concrètes
Les assurés sociaux expriment une lassitude face aux files interminables, à la promiscuité et à l’accueil dégradé qui caractérisent le centre régional de la CNAM à Bizerte. Leurs revendications s’articulent autour d’une amélioration des conditions d’accueil, d’un renforcement des effectifs et d’une réorganisation des guichets pour fluidifier les démarches.
Les mesures préconisées mettent en avant la nécessité de rouvrir des points délocalisés, de moderniser les procédures numériques et de favoriser une meilleure coordination institutionnelle. L’objectif est clair : restaurer la dignité des citoyens et redonner crédibilité à un service public en crise.



