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Dattes et produits agricoles : la Tunisie vise 3 milliards de dinars de recettes à l’exportation

  • 9 octobre 2026
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Dattes et produits agricoles : la Tunisie vise 3 milliards de dinars de recettes à l’exportation

La Tunisie pourrait générer 3 milliards de dinars de recettes grâce aux exportations de dattes et de produits agricoles, à condition de lever les obstacles financiers et structurels qui fragilisent les producteurs. C’est le constat dressé par Fethi Ben Khalifa, conseiller économique de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP), alors que la nouvelle saison des dattes démarre dans un contexte marqué par les retards de paiement, le manque de débouchés commerciaux et les difficultés d’accès au financement.

Intervenant sur les ondes de Diwan FM, à la suite d’une visite de terrain dans le gouvernorat de Tozeur et la région du Djérid, le responsable a fait état des préoccupations exprimées par les producteurs. Malgré la disponibilité de la récolte, le démarrage de la saison se déroule dans des conditions difficiles, notamment en raison de la faiblesse des achats et du non-paiement de certaines récoltes commercialisées depuis la saison précédente.

Pour les agriculteurs concernés, ces retards compliquent la préparation de la nouvelle campagne et limitent leur capacité à couvrir les dépenses nécessaires à la poursuite de leur activité.

Fethi Ben Khalifa a notamment pointé l’absence de garanties suffisantes et les retards de règlement de la part de certains acheteurs. Il a également dénoncé une situation dans laquelle les agriculteurs supportent l’essentiel des risques liés aux différentes étapes de la chaîne de valeur, auxquels s’ajoutent les aléas climatiques, alors que les possibilités de financement bancaire demeurent limitées.

Une ligne de financement de 20 millions de dinars

Pour soutenir la campagne en cours, une ligne de financement de 20 millions de dinars a été ouverte auprès de la Banque tunisienne de solidarité (BTS), selon le conseiller économique de l’UTAP. Cette enveloppe représente une augmentation de 25 % par rapport à l’année précédente.

Le financement destiné au stockage peut atteindre 60 000 dinars par agriculteur, auxquels s’ajoutent 10 000 dinars pour les opérations de récolte.

Ces ressources visent à faciliter le déroulement de la campagne, notamment en permettant aux producteurs de mieux organiser la conservation et la commercialisation de leurs récoltes. La question du financement reste toutefois étroitement liée à celle des débouchés et des délais de paiement, qui conditionnent la capacité des agriculteurs à poursuivre leur activité dans des conditions viables.

Un écart de prix qui pose la question de la valorisation

Au-delà des difficultés rencontrées sur le terrain, les indicateurs du secteur témoignent du poids économique de la filière. Selon Fethi Ben Khalifa, la valeur des transactions avait atteint près d’un milliard de dinars au 31 août dernier, tandis que les exportations de dattes avoisinaient 180 000 tonnes vers plusieurs marchés étrangers.

Le prix moyen à l’exportation s’établissait à 6,2 dinars le kilogramme, contre environ 7 dinars sur le marché local dans les régions de production.

Pour le conseiller économique, cet écart souligne la nécessité de mieux valoriser les dattes tunisiennes et d’améliorer la rémunération des producteurs. L’enjeu ne consiste donc pas uniquement à accroître les volumes exportés, mais également à renforcer la valeur tirée de chaque kilogramme commercialisé.

Stockage, organisation professionnelle et nouveaux débouchés

Parmi les mesures proposées, Fethi Ben Khalifa a appelé à accélérer la régularisation de la situation des puits non autorisés dans les régions de Gafsa, de Kébili et de Tozeur, en application des dispositions de la loi de finances et en coordination avec le ministère de l’Agriculture et la présidence du gouvernement. L’objectif est de permettre aux agriculteurs concernés d’intégrer le circuit économique officiel.

Il a également plaidé pour un renforcement de l’organisation professionnelle à travers la création de sociétés coopératives ou communautaires et de structures unifiées. Une meilleure coordination entre producteurs pourrait contribuer à réduire les coûts, à améliorer la qualité des dattes et à renforcer leur pouvoir de négociation face aux acheteurs.

Le stockage organisé constitue, à cet égard, un autre levier important. En permettant d’étaler la commercialisation sur l’année, il pourrait réduire la pression sur les prix pendant les périodes de forte production et donner davantage de marge de manœuvre aux agriculteurs.

Développer la transformation et structurer les exportations

L’amélioration de la rentabilité de la filière passe également, selon le responsable, par la diversification des débouchés et le développement de la transformation. Il a ainsi proposé la création d’un marché régional des dattes dans les zones de production, sur le modèle du marché des agrumes du Cap Bon.

Il a aussi appelé à développer les industries de transformation liées aux dattes, notamment dans les domaines des cosmétiques, de l’alimentation animale et de l’agroalimentaire. Cette orientation permettrait de diversifier les usages du produit, de créer de nouvelles opportunités d’emploi et de renforcer la valeur ajoutée générée localement.

Autre proposition : la création d’une société nationale spécialisée dans l’exportation des dattes, sur le modèle de certaines expériences mises en place dans le secteur de l’huile d’olive. Une telle structure pourrait contribuer à mieux organiser la commercialisation à l’international, à protéger les intérêts des producteurs et à renforcer le positionnement des dattes tunisiennes sur les marchés étrangers.

Pour Fethi Ben Khalifa, l’objectif de 3 milliards de dinars de recettes à l’exportation reste ainsi lié à la capacité du secteur à dépasser ses difficultés structurelles. L’amélioration du financement, du stockage, de la transformation et de la commercialisation apparaît essentielle pour mieux valoriser cette production agricole et faire en sorte que les performances à l’exportation se traduisent aussi par une meilleure rentabilité pour les agriculteurs.

R.I

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R. I

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