A la une Economie

Inclusion financière : Soutenir l’autonomisation économique des catégories vulnérables

  • 9 octobre 2026
  • 8 min de lecture
Inclusion financière : Soutenir l’autonomisation économique des catégories vulnérables

L’inclusion financière des femmes et des jeunes représente un enjeu capital pour le développement socioéconomique de la Tunisie. Au-delà de la simple détention d’un compte bancaire, elle englobe l’accès à une gamme complète de services financiers adaptés, tels que le crédit, l’épargne, l’assurance et les moyens de paiement. Malgré les efforts déployés pour renforcer l’inclusion financière des femmes et des jeunes, des obstacles persistants d’ordre socioculturel, institutionnel et structurel continuent de freiner leur accès effectif aux services financiers formels.

La Presse — L’inclusion financière est devenue plus que vitale pour assurer un développement économique durable et équitable. En mettant en œuvre des politiques et des initiatives stratégiques, le pays peut continuer à progresser vers une prospérité partagée.

L’étude sur l’inclusion financière, publiée récemment par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), analyse les déterminants de l’inclusion financière des femmes et des jeunes dans plusieurs gouvernorats tunisiens. Combinant une analyse de l’offre et de la demande de services financiers, elle identifie les questions d’accessibilité, de coût, de connaissances financières, ainsi que les perceptions et la confiance envers les institutions financières.

En s’appuyant sur des données qualitatives et quantitatives collectées sur le terrain, l’étude met en lumière les principaux freins et leviers d’action pour renforcer l’accès et l’usage des services financiers formels. Elle fournit par ailleurs des recommandations destinées à orienter les acteurs clés de l’inclusion financière, notamment en matière de produits financiers et d’actions de sensibilisation afin de promouvoir une inclusion financière plus inclusive et durable en Tunisie. Cette étude est réalisée en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement en Tunisie, l’Observatoire de l’Inclusion Financière et le ministère de l’Économie et de la Planification, avec l’appui financier du Canada.

Les bénéficiaires de l’inclusion financière sont divers. Il s’agit notamment des populations rurales, des jeunes, des femmes, des petites entreprises et des travailleurs informels. Pour eux, l’accès aux services financiers peut être limité en raison de contraintes géographiques, sociales ou économiques. Outre la réduction de la pauvreté et de l’exclusion sociale, l’inclusion financière favorise le développement économique, encourage l’entrepreneuriat et renforce la stabilité financière du pays. Pour maintenir et renforcer cette inclusion financière, plusieurs mécanismes sont nécessaires. Cela comprend l’éducation financière pour sensibiliser les populations sur les avantages et l’utilisation responsable des services financiers, ainsi que la mise en place de réglementations favorables à l’innovation financière et à l’accès équitable aux services.

L’objectif est de garantir que les femmes et les jeunes puissent pleinement exercer leur capacité économique, en accédant aux ressources nécessaires pour investir, entreprendre et sécuriser leur avenir financier.

La microfinance est un levier structurant

Le secteur de la microfinance se distingue par son dynamisme et son rôle pionnier dans la promotion de l’inclusion financière, particulièrement auprès des femmes. Qu’il s’agisse d’artisanat, de petit commerce ou d’initiatives agricoles en milieu rural, la microfinance a prouvé son efficacité comme levier de la bancarisation inclusive et d’amélioration des conditions de vie. Cependant, des défis persistent, notamment le coût élevé du crédit et la difficulté pour les micro-entreprises dirigées par des femmes de franchir le cap afin d’accéder à des financements plus conséquents, indispensables à leur croissance et à leur évolution vers le statut de PME.

Réalité chiffrée

Cette étude, menée dans 7 gouvernorats (Kairouan, Gabès, Médenine, Tataouine, Gafsa, Tozeur et Kébili), a été réalisée afin d’apporter des solutions concrètes et ancrées dans le territoire. Réalisée dans le cadre du projet « Green Economy : Women’s Economic Empowerment in Tunisia » (Geweet), elle a donné la parole à des milliers de citoyennes et de citoyens pour mieux analyser l’offre de services et les comportements financiers locaux.

L’étude met en lumière une réalité chiffrée : dans les sept gouvernorats cités, la couverture bancaire ne représente que 12 % du réseau national, tandis que le taux de bancarisation des femmes s’établit à 18 %. Ces données expliquent la place centrale qu’occupent les pratiques informelles, telles que l’épargne à domicile ou les circuits communautaires de solidarité, qui reposent sur la proximité géographique et des liens de confiance profondément ancrés. La même source indique que « pour les femmes et les jeunes, la finance formelle doit évoluer vers des outils simples, transparents et adaptés aux revenus modestes ».

Selon Raja Dahman, directrice générale de l’Observatoire de l’inclusion financière, « l’inclusion financière des femmes et des jeunes se mesure par la capacité concrète à ouvrir et utiliser un compte, épargner en sécurité, accéder à un crédit adapté sans que la distance, le coût ou la méfiance ne constituent des barrières insurmontables ».

Au-delà des aspects techniques, « ce travail aborde l’inclusion financière comme un levier socioéconomique transformationnel du développement humain ». En effet, rapprocher les institutions financières des populations locales part de la simplification du langage bancaire, de l’allègement des procédures et d’investissements importants dans une éducation financière claire et accessible. Le dialogue continu avec les utilisateurs s’impose comme  condition essentielle pour dissiper la méfiance et co-construire des solutions adéquates.

Lorsque les populations, en particulier les plus vulnérables, accèdent aux services financiers formels et les utilisent, « leur autonomie économique et leur capacité à saisir des opportunités, à participer activement au développement socioéconomique et à construire leur résilience s’en trouvent renforcées. En ce sens, l’inclusion financière est autant un levier d’égalité que de développement durable », souligne Céline Moyroud, représentante résidente du Pnud en Tunisie.

Campagne de communication

L’un des enseignements majeurs de l’étude réside dans le besoin crucial d’information, d’écoute et d’accompagnement exprimé par les populations engagées dans cette initiative. Pour transformer ces constats en solutions concrètes, le Pnud et l’OIF lanceront prochainement une campagne de communication dédiée, d’une campagne d’affichage de proximité, doublée d’une caravane itinérante. À partir d’octobre 2026, cette plateforme mobile sillonnera les sept gouvernorats cibles pour aller directement à la rencontre des femmes et des jeunes, en réunissant banques, institutions de microfinance, assurances et services financiers digitaux sous un même toit. La caravane proposera un accompagnement personnalisé, des animations pédagogiques et des simulations pratiques afin d’encourager un passage à l’acte confiant et éclairé.

Ces engagements s’inscrivent pleinement dans les priorités nationales du Plan de Développement 2026-2030 de la Tunisie, visant à soutenir l’autonomisation économique des catégories vulnérables, à consolider le tissu des micro et très petites entreprises, et à bâtir un modèle économique territorial plus juste, résilient et résolument tourné vers l’avenir.

La directrice générale de l’Observatoire de l’Inclusion Financière précise que cette étude « est conçue pour outiller les décideurs publics, les acteurs de l’écosystème ainsi que les chercheurs pour le développement de nouvelles stratégies focalisées sur les besoins réels des populations ciblées dans le cadre du programme national d’éducation financière 2023-2027».

Intervenant sur les ondes d’une radio privée, Nadia Gouta, responsable du Programme de croissance inclusive et de développement humain au Pnud, a rappelé que les femmes et les jeunes restent confrontés à des difficultés d’accès persistantes. Les chiffres illustrent l’ampleur du phénomène: seuls 18 % des jeunes interrogés disposent d’un compte bancaire, et 70 % n’ont aucun compte auprès d’un service financier. « Les sept gouvernorats étudiés, qui couvrent plus de la moitié du territoire tunisien, ne comptent qu’un peu plus de 200 agences bancaires, contre plus de 2.000 à l’échelle nationale», ajoute la responsable. Par ailleurs, 35 % des étudiants et 23 % des jeunes sans emploi estiment ne pas être concernés par les services financiers.

L’intervenante fait montre que l’étude a révélé, par ailleurs, un fort attachement aux espèces : « Si 50 % des jeunes font confiance aux comptes numériques, 98 % privilégient les transactions en liquide, et 66 % des utilisateurs du numérique ne jugent pas nécessaire de se rendre en agence ». Du côté des femmes à faibles revenus, seules 35 % possèdent un compte bancaire et 18 % un compte auprès d’un service financier formel, contre 50 % qui recourent aux bureaux de poste. Aussi, 98 % préfèrent les espèces, la moitié d’entre elles percevant leurs revenus sous cette forme.

L’étude fait ressortir un taux très faible de recours à l’assurance (0,2 %) dans les régions précitées.

Ceci sans oublier que 81 % des personnes interrogées « ignorent l’existence des services d’accompagnement non financier, alors que 48 % des bénéficiaires de ces services recherchent avant tout une formation technique et professionnelle, un accès étroitement lié à la présence locale de centres de formation, bureaux de l’emploi et institutions de microfinance ».

Auteur

Najoua Hizaoui

You cannot copy content of this page