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VIPA OBOS – One Band. One Sound aux JMC : Le rap comme matière de scène

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  • 9 octobre 2026
  • 4 min de lecture
VIPA OBOS – One Band. One Sound aux JMC : Le rap comme matière de scène

Entre maîtrise de la scène, énergie, jeux de mots et croisements musicaux, VIPA a livré aux JMC un véritable spectacle, pensé dans ses moindres détails. Plus qu’un concert, une démonstration de maturité scénique et de professionnalisme.

La Presse —Tout était question de dosage. Dosage de l’énergie, des relances, des temps de respiration, des apparitions et des changements de rythme. Sur la scène des Journées musicales de Carthage, VIPA n’a pas simplement déroulé un répertoire. Il a construit un concert, avec ses montées, ses suspensions, ses surprises et ses reprises. Une installation, puis une relance. Un moment où la scène semble se poser avant de repartir autrement. Et, à chaque apparition inattendue, l’impression d’un autre souffle qui vient déplacer le spectacle. VIPA maîtrise désormais cet exercice. Il sait occuper l’espace, tenir le public, jouer avec les silences comme avec les accélérations. Il sait aussi se faire épauler, laisser la place à d’autres présences, chercher la vibe, la rencontre et surtout la synergie. C’est là que se situe peut-être la véritable réussite de ce concert : dans cette capacité à ne pas faire de sa personnalité un territoire fermé, mais à l’ouvrir à d’autres univers. Montassar Jebali et son mezoued viennent ainsi déplacer les lignes, avant que Tiga ne ramène VIPA à son flow, à cette manière très personnelle qu’il a de faire claquer les mots et d’enchaîner les formules. Puis Massi ouvre un autre espace, pour un voyage entamé par «lariba», tandis que la surprise prend la forme de Nidhal Yahyaoui, dans un titre qui les rassemble.

Cette circulation entre les genres est au cœur du spectacle. Le rap reste le socle, mais il n’est jamais seul. Il dialogue avec le mezoued, les voix, le piano, les cuivres, les arrangements orchestraux. Une mixité qui aurait pu produire un objet disparate, mais que la direction musicale de Jihed Khemiri parvient à organiser avec une écriture qui impose sa contemporanéité, son hybridité et, surtout, un enracinement particulier.  Khemiri signe des arrangements qui donnent au concert une véritable architecture. Au cœur de cette construction, les drums de Youssef Soltana installent une pulsation qui porte l’ensemble. La section de cuivres, improbable sur le papier et pourtant parfaitement à sa place, apporte sa densité sans jamais étouffer le flow. Les voix et le piano complètent cet ensemble qui ressemble à un objet musical étrange, pluriel, mais remarquablement dosé. Un objet qui fait vibrer parce qu’il ne cherche pas à choisir entre les genres.  Et puis il y a VIPA, avec son langage. Un as des jeux de mots, des carambolages de syllabes et de sens, qui réinvente les associations, tord les expressions, joue avec les sonorités et jongle avec les mots. Son flow reste immédiatement identifiable, mais il gagne ici une autre dimension : celle d’un artiste qui sait désormais inscrire son écriture dans une construction scénique beaucoup plus vaste. Tout est pensé. L’écran installe l’univers, accompagne les séquences et prolonge l’identité visuelle du spectacle. Le costume, le look, les entrées, les sorties, les apparitions : rien ne semble laissé au hasard. La maîtrise n’est pas seulement musicale, elle est aussi dramaturgique. C’est peut-être là que réside le plus important de cette prestation. VIPA n’a pas seulement affirmé un style qu’on lui connaît. Il a montré le niveau de professionnalisme auquel son parcours l’a conduit. Celui d’un artiste capable de transformer son univers en véritable spectacle, de s’entourer, de déléguer une partie de l’espace, de faire dialoguer les esthétiques et de maintenir, au milieu de cette profusion, une personnalité parfaitement lisible.

Aux JMC, la musique est devenue show sans que le show ne prenne le dessus sur la musique. Une alchimie délicate, portée par une écriture orchestrale contemporaine, des arrangements précis et une personnalité qui sait désormais penser la scène dans son ensemble.

Un grand concert, finalement, ne tient pas seulement à la puissance sonore ou à la présence d’un artiste. Il se mesure aussi à cette capacité à construire un monde, à en maîtriser les respirations et à savoir quand relancer la machine. VIPA l’a fait, avec ses mots, ses complices et cette énergie qui, depuis ses débuts, ne cesse de chercher de nouvelles formes.

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Auteur

Asma DRISSI

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