La réunion de la Commission de suivi du projet de protection du littoral de Bizerte, tenue hier, vendredi 9 octobre, suite à la soirée-débat du 2 octobre, a mis en lumière une fracture profonde : d’un côté, les promoteurs d’un chantier présenté comme nécessaire ; de l’autre, des citoyens, experts et écologistes qui dénoncent une dérive inquiétante.
Pendant deux heures, les voix se sont élevées, parfois avec tension, pour pointer les anomalies d’un projet mené par l’APAL. Les griefs sont lourds : absence d’étude d’impact sérieuse, stratégie contestée, artificialisation de zones naturelles qui ne souffrent pas d’érosion, comme la plage de Sidi Salem. Autant de signaux qui traduisent une gestion précipitée et peu respectueuse des équilibres écologiques.
Face à ces constats, la commission a décidé d’interpeller directement le président de la République, attendu à Bizerte pour la commémoration de l’évacuation de la base militaire. Elle l’invite à visiter les chantiers, à constater de ses propres yeux la réalité des travaux, leurs failles techniques et leurs conséquences environnementales. Plus qu’une démarche protocolaire, c’est un appel à la responsabilité.
Car ce littoral n’est pas une simple bande de sable : il est un patrimoine, un espace de vie, un horizon partagé par des générations de Bizertins. Le transformer sans discernement, c’est hypothéquer l’avenir. Les opposants réclament une suspension des travaux et une nouvelle étude, exhaustive et transparente, qui prenne en compte tous les critères de faisabilité et de conformité.
L’affaire est sérieuse. L’on est à l’évidence face à un choix cornélien. Soit cautionner un projet contesté soit écouter la voix des citoyens qui défendent leur rivage.
À Bizerte, l’espoir est grand que la décision présidentielle redonne sens à une politique de protection du littoral qui ne soit pas synonyme de destruction.



