Entre nouveaux titres, retrouvailles avec les classiques et échappées instrumentales, Halim Yousfi et Gultrah Sound System ont transformé la scène du Théâtre de l’Opéra en espace de mémoire et de communion.
La Presse —Chaque concert de Halim Yousfi et de Gultrah Sound System est un événement en soi. Aux Journées musicales de Carthage (JMC), il a pris une dimension particulière. Rendez-vous de la découverte, des nouveautés et des showcases, le festival est aussi un terrain de défis où les artistes viennent éprouver de nouvelles propositions, défendre des projets et mesurer leur évolution à l’épreuve de la scène.
Dans le cadre de la 11e édition des JMC qui s’est clôturée le 10 octobre, Halim Yousfi a retrouvé ce public qui le suit depuis ses premières années, mais aussi une génération qui a grandi avec ses chansons. Celle qui, avant la révolution, portait le rêve d’un autre possible et faisait de la musique un espace de liberté, de résistance et de projection collective. À cette époque, la fougue de la jeunesse était une manière de construire l’avenir, de croire en un horizon meilleur et de se retrouver autour d’un même idéal.
Depuis, la vie a suivi son cours. Halim Yousfi et Gultrah Sound System ont connu des sommets, des périodes plus incertaines et ces passages à vide qui jalonnent le parcours des véritables artistes. Mais quelque chose demeure, irréductible : cette personnalité musicale singulière et cette capacité à mobiliser les émotions sans renoncer à l’énergie du départ.

Sur la scène du Théâtre de l’Opéra, les nouveaux titres et les morceaux de son album “Wahid Al Karn” ont côtoyé les classiques qui ont forgé sa relation avec le public. La reprise d’un titre de Jawhar Basti a ajouté une autre couleur à ce parcours musical, tandis que « Win », incontournable et générationnel, a réveillé une mémoire qui ne s’est pas figée dans le passé. La chanson appartient à ceux qui l’ont découverte à ses débuts autant qu’à ceux qui l’ont adoptée depuis.
Halim a occupé la scène, entraînant ses compagnons-musiciens et donnant au concert son impulsion. Mais Gultrah Sound System ne se réduit jamais à un accompagnement. Le groupe a affirmé sa présence, les instruments se répondant, s’accordant des échappées et des moments de liberté. La musique a circulé entre reggae, afrobeat, funk et jazz, dans un équilibre où la voix et l’énergie du leader ont laissé aussi respirer le collectif.
C’est là que réside la force de Gultrah : dans cette manière de faire du concert un mouvement partagé, où la maîtrise scénique nourrit l’improvisation et où chaque musicien contribue à la dynamique d’ensemble. Halim Yousfi n’a pas simplement rejoué les années qui l’ont consacré. Il les a convoquées, les a transformées pour les remettre en circulation.
Aux JMC, cette présence a rappelé qu’un artiste ne se mesure pas seulement à ses succès passés ni à la nouveauté de ses propositions, mais à sa capacité à maintenir le lien, à surprendre encore et à faire vibrer, ensemble, plusieurs générations.



