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Police de la circulation en civil : Sur les routes tunisiennes, le contrôle change de visage

  • 13 octobre 2026
  • 6 min de lecture
Police de la circulation en civil : Sur les routes tunisiennes, le contrôle change de visage

Fini le réflexe de lever le pied uniquement à la vue d’un uniforme ou d’une voiture de police. La Police de la circulation expérimente depuis quelques jours des patrouilles en civil capables d’observer et de documenter certaines infractions routières. Une mesure qui suscite déjà autant d’adhésion que d’interrogations chez les automobilistes.

La Presse — Sur les routes tunisiennes, la présence policière pourrait, désormais, se faire beaucoup plus discrète. Depuis environ une semaine, la police de la circulation expérimente un dispositif de patrouilles en civil destiné à repérer et à documenter à distance certaines infractions au Code de la route.

Feu rouge grillé, stationnement gênant, refus de priorité, circulation sur une voie réservée ou encore autres comportements dangereux : certaines infractions pourraient ainsi être constatées sans que le conducteur ne voie nécessairement un agent en uniforme à proximité.

L’objectif affiché est simple: renforcer le contrôle et rappeler que le respect du Code de la route ne doit pas dépendre de la seule présence visible d’un policier.

Tout pour constater l’infraction

Concrètement, un agent en civil peut observer une infraction depuis la voie publique et la documenter, notamment par une photographie. Les éléments recueillis peuvent ensuite servir à l’établissement d’un procès-verbal transmis au conducteur. La photographie peut également constituer un élément de preuve en cas de contestation.

Selon le directeur de l’Administration de la police de la circulation, le colonel-major Sami Rachikou, cette expérimentation intervient notamment dans un contexte marqué par une hausse des infractions constatées en dehors des heures de pointe. Le dispositif vise donc à élargir les périodes et les modalités de contrôle.

Le principe est finalement assez direct : ne pas apercevoir de voiture de police ou d’agent en uniforme ne signifie plus nécessairement que la route est hors surveillance.

Cette nouvelle approche ne se limite d’ailleurs pas à la circulation automobile classique. Des comportements irréguliers sont également observés au niveau de la voie du métro léger reliant l’Ariana à La Soukra, en coordination avec le ministère des Transports. L’objectif est d’identifier les solutions permettant de mieux maîtriser les infractions dans cette zone particulièrement exposée.

À terme, le dispositif pourrait également être renforcé par l’utilisation de caméras de surveillance spécifiquement destinées à détecter certaines infractions routières.

Un contrôle renforcé, des droits à préserver

Le renforcement du contrôle ne signifie toutefois pas que l’automobiliste est privé de ses droits. Lorsqu’un conducteur est effectivement arrêté par un agent de la circulation, il peut demander à vérifier son identité et sa qualité avant de remettre ses documents. Plusieurs éléments peuvent permettre cette identification : l’insigne ou la mention « police » ou « police de la circulation », la présence d’autres agents ainsi que, le cas échéant, celle d’une moto ou d’un véhicule de la police de la circulation à proximité.

Cette possibilité de vérification prend une importance particulière dans un contexte où la présence d’agents en civil devient progressivement une réalité sur le terrain. Le contrôle peut être discret, mais il doit rester identifiable et encadré.

Entre approbation et méfiance

Pour la « vox populi », parmi les automobilistes, la nouvelle mesure ne laisse pas indifférent. Les réactions oscillent entre l’adhésion franche de ceux qui y voient un moyen de mettre fin aux comportements anarchiques et la méfiance de ceux qui redoutent un dispositif trop intrusif. Une conductrice de l’Ariana considère ainsi cette méthode comme intrusive, estimant qu’elle ne serait pas nécessairement plus dissuasive pour autant.

D’autres automobilistes se montrent nettement plus favorables. M. Hammadi estime que le dispositif peut être efficace « à condition que le contrôle soit entrepris par des agents qui ne sont pas connus dans leur zone », suggérant notamment que des agents soient affectés à des secteurs différents de ceux dans lesquels ils exercent habituellement.

Roufa, de son côté, va plus loin et voit dans cette initiative une occasion de rétablir un peu d’ordre sur les routes. « Franchement, si elle aboutit, cette mesure sera une parmi les meilleures que notre pays ait prises », estime-t-elle, tout en mettant en avant la préoccupation récurrente de la corruption.

Elle appelle ainsi à ce que le dispositif soit appliqué par « des hommes qui travaillent avec beaucoup de conscience et d’honneur pour le bien de notre pays ». Même enthousiasme chez Chafika, qui juge l’initiative « très bonne », face à une conduite devenue, selon elle, de plus en plus dangereuse et au non-respect généralisé du Code de la route. Mme Souad affirme, quant à elle, avoir déjà constaté la présence d’agents dans ce type de dispositif, notamment sur la route de La Marsa.

Elle considère la mesure bienvenue face au spectacle quotidien observé dans certains quartiers. À El Menzah 4, 5 et 6, elle dénonce notamment les feux rouges « brûlés », la circulation à contresens et le stationnement en deuxième position, sans oublier les motards circulant sans casque ou dans des conditions irrégulières.

La route comme terrain de responsabilité collective

Au-delà du dispositif policier, c’est finalement la question du comportement des conducteurs qui revient au centre du débat. La multiplication des contrôles, qu’ils soient visibles ou discrets, ne pourra à elle seule régler tous les problèmes de circulation.

Le respect du Code de la route repose aussi sur un changement de comportement: respecter un feu rouge même lorsqu’aucun policier n’est visible, céder la priorité, ne pas stationner n’importe où ou encore porter les équipements de sécurité nécessaires. La police de la circulation entend manifestement rappeler cette règle élémentaire: sur la route, le contrôle ne s’arrête pas là où s’arrête le regard du conducteur.

Reste, désormais, à savoir si cette expérimentation sera généralisée, comment elle sera encadrée et quelle place seront appelées à prendre les technologies de surveillance. Une chose est déjà certaine: pour les conducteurs habitués à relâcher leur vigilance dès qu’ils ne voient plus d’uniforme, la donne est en train de changer.

Auteur

Mohamed Salem Kechiche

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