Dans une de nos précédentes livraisons, nous avions évoqué la théorie de la vitre brisée (ou du carreau cassé). En psychologie sociale, cette théorie démontre que « le fait de laisser de petites dégradations dans le comportement ou les agissements, sans les corriger, donne l’impression d’un abandon ou d’une absence de règles. Cette négligence pousse inconsciemment les gens à être moins respectueux, créant un effet boule de neige, qui favorise l’accumulation de désordres plus importants ».
La Presse — Dans bien des domaines, l’autorité doit être toujours visible et rigoureuse dans l’application des réglementations et lois en vigueur. Prenons l’exemple de l’affichage des prix dans les marchés municipaux ou ailleurs. Nos marchés qui fonctionnent comme si c’était le cas à l’âge de la pierre, sont des espaces où toutes les formes d’arnaque sont présentes. Avec la bénédiction (il n’y a malheureusement pas d’autres mots) des municipalités qui considèrent que leur rôle se limite à louer un espace, un magasin et que tout s’arrête là.
Ce n’est plus le cas dans aucun pays du monde développé. Le marché dans ces pays est un espace « sûr » qui protège les consommateurs, sous l’œil vigilant des défenseurs de ces droits.
Le régime de fonctionnement des marchés municipaux en Europe (halles couvertes et marchés de plein air), repose sur un modèle juridique de décentralisation et de gestion de proximité.
Y sont appliquées des normes très strictes sur trois volets fondamentaux :
« Hygiène et sécurité alimentaire : le règlement impose à tous les commerçants des marchés des obligations d’infrastructures (chaîne du froid continue, points de lavage des mains, vitrines de protection). Les municipalités doivent adapter leurs équipements pour permettre le respect de ces règles.
Mise en concurrence et accès au domaine public : l’attribution des emplacements (droits de place) est soumise aux règles de libre prestation de services et de non-discrimination au sein du marché unique.
Organisation commune pour les produits agricoles, le règlement européen encadre les normes de commercialisation, l’étiquetage (origine, labels de qualité) et la traçabilité des produits frais vendus sur les étals ».
L’impression que l’on a dans nos marchés relève du laisser-aller plein et entier. L’affichage des prix est pour ainsi dire absent et le consommateur est complètement perdu dans cet espace où il devrait se sentir protégé. Donc, tout se passe à la tête du client.
« Je vais au marché avec mes habits de bricolage», nous avait confié un ami rencontré par hasard dans des lieux où ceux qui soignent leur apparence paient plus cher. A quoi servent les responsables des lieux s’ils sont incapables d’exiger des prix affichés ? Ne parlons pas du reste comme la chaîne du froid, la traçabilité, l’origine, etc.
Le ministre du Commerce a fait paraître un communiqué pour recruter cent agents de contrôle économique. Des milliers ne suffiront pas et avec cet état d’esprit revanchard des vendeurs, on ne fera pas de progrès, ni dans la gestion ni au niveau des prestations. Tous les moyens sont et demeurent bons, pour plumer le consommateur.
Les exemples de ce genre abondent. Prenons celui de l’abattage de la volaille qui est interdit hors des abattoirs spécialisés. Eh bien, on continue à le faire au su et au vu de tout le monde. Les poulets exposés dans des vitrines réfrigérées prouvent que cette interdiction n’est pas respectée.
Doit-on attendre l’inspection des contrôleurs économiques pour le constater (tout disparaît à leur entrée) pour appliquer la loi ? Si cette pratique a été interdite c’est pour le danger qu’elle représente pour la santé. L’eau chaude servant à l’échaudage qui précède le plumage, est la même pour des centaines de pièces. Personne ne réagit.
C’est comme les sachets en plastique à usage unique. A chaque fois qu’on revient à ce sujet, on nous donne l’impression que cette fois-ci c’est la bonne. Il n’en est rien. Les grandes surfaces les mettent en vente et font des bénéfices supplémentaires sur le dos de leur clientèle. Comme c’est le cas du poulet PAC que l’on affuble d’un emballage et que l’on vend beaucoup plus cher. L’impunité encourage ces dépassements et c’est toujours le consommateur qui en fait les frais.
Les taxis, qui continuent à faire la loi au niveau de l’aéroport. Qui les contrôle? Cette arnaque touche aussi bien les étrangers que les Tunisiens. Et personne ne réagit.
Les motos ? On pense doubler leur assurance. La moto est devenue un moyen de transport en commun familial. C’est un danger mortel sur deux roues et les nouvelles brigades de la circulation mobiles auront fort à faire. Le casque, quant à lui, fait partie de l’histoire et le nombre de… passagers peut atteindre quatre. Un drame en cas de sinistre.
Nous pourrions continuer avec le caillassage des métros ou des bus, les rayures méchamment apposées sur les voitures en stationnement, les conteneurs de déchets ménagers que l’on renverse ou qu’on brûle, etc.
A croire que notre côté humaniste, notre éthique et notre respect pour celui qui est en face ou pour ses biens, volent en éclat et que le retour de la loi de la jungle est bel et bien amorcé.
« Les nations durent tant que dure la morale ; si leur morale disparaît, elles disparaissent », avait dit le grand Ahmed Chaouki.
Et on nous parle de cent contrôleurs à recruter. Bon courage!



