Société

Chroniques de la Byrsa

  • 18 octobre 2026
  • 3 min de lecture
Chroniques de la Byrsa

Transtu, où sont passés l’agent et son uniforme ?

La vie n’est pas ce long fleuve tranquille que d’aucuns imaginent possible. C’est un parcours le plus souvent heurté, qui fait alterner les contraires et dont l’impact sur notre existence balance entre satisfaction et affliction, révolte et soumission, espoir et désespérance. Des choses qui vous font voir cette vie en rose ou, au contraire, la présentent sous son jour le plus sombre.

Il faut dire que, comme dans mon propre cas, au crépuscule de la vie, les détails, ou ce qui apparaît comme tel aux yeux du commun des mortels, prennent des proportions considérables au point de restructurer la perception qu’on peut en avoir et de leur faire prendre des dimensions cosmiques. Tout ça pour ça ?

Pas plus tard qu’hier –oui, samedi 17 courant-, au terminus du TGM de l’avenue Bourguiba, à Tunis, j’ai pris le beau bus chinois articulé arborant la couleur de ses origines et de la Transtu. Il est resté jusqu’ici pimpant neuf (ou presque). Voilà de quoi être satisfait, du moins pour le tronçon du trajet entre la capitale et le premier arrêt, à La Goulette.

Là, montent deux voyageurs, le mari et sa jeune épouse. Rien ne les distingue des autres passagers mais on saura un peu plus tard, à entendre leur parler, qu’ils sont citoyens turcs. Ils restent plantés devant le guichet vide du receveur, désemparés regardant à droite et à gauche sans savoir quoi faire.

A leur côté, se tient un Monsieur, adossé au même guichet vide, face à la portière. Ayant deviné que ses voisins étaient des étrangers, il sort de sa poche un paquet de tickets ainsi que le composteur, manière de faire comprendre à ces clients qu’il tient lieu de receveur. Il était non seulement hors de sa place mais aussi anonyme !

Du planton dans les administrations aux agents des transports en commun en passant par le facteur,  tous portaient l’uniforme

Ces visiteurs qui semblent être habitués des voyages hors de leurs frontières ne semblent pas du tout surpris par la mise du receveur. Ils en auront vues d’autres ailleurs. Mais je sais que, chez eux, les employés sur les lignes de transport en commun revêtent des tenues réglementaires avec uniforme et casquette qui les désignent clairement aux usagers.

Cela m’a renvoyé à mon enfance et à des temps guère éloignés où, du planton dans les administrations, aux agents des transports en commun en passant par le facteur, tous ceux qui sont en contact avec le public portaient l’uniforme. Et, en plus de la tenue, qu’ils portaient impeccablement, ils avaient aussi les (bonnes) manières de leur métier.

Cette déchéance — il n’y a pas d’autres mots — m’a beaucoup chagriné. Elle est douloureuse parce que reflet du déclin du traitement de la chose publique et du citoyen, qui ne peut que nuire à l’image de marque du pays.

Auteur

Tahar Ayachi

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