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Les Foulées Vertes : un souffle citoyen pour le don d’organes

  • 18 octobre 2026
  • 3 min de lecture
Les Foulées Vertes : un souffle citoyen pour le don d’organes

Dimanche, la Corniche de La Marsa et les 24 gouvernorats du pays ont accueilli des milliers de coureurs pour les Foulées Vertes, une manifestation sportive et citoyenne dédiée à la sensibilisation au don d’organes. À Bizerte, l’événement s’est cantonné au seul espace ouvert de la marina, où autorités locales, associations et citoyens se sont rassemblés dans une ambiance festive et conviviale.

Musique, animations et stands d’information ont rythmé la journée, traduisant une réelle adhésion de la population présente. Mais audelà de ce noyau dynamique, la ville est restée presque déconnectée de la manifestation, révélant un contraste saisissant entre l’enthousiasme de la marina et l’indifférence du reste de l’agglomération. Ce décalage souligne à la fois la force de l’engagement citoyen dans un cadre limité et la difficulté à mobiliser l’ensemble de la communauté autour d’une cause vitale.

Des chiffres qui interpellent

Malgré cette mobilisation, les statistiques nationales restent préoccupantes. En 2026, le Centre national pour la promotion de la transplantation d’organes (CNPTO) a enregistré seulement 14 prélèvements sur donneurs décédés et 34 transplantations (25 reins, 3 foies, 6 cœurs).

Depuis 1986, environ 2 300 greffes rénales ont été réalisées, mais 80 % proviennent de donneurs vivants. À titre de comparaison, certains pays européens dépassent les 20 donneurs par million d’habitants, contre à peine 1,3 PMP en Tunisie. Pendant ce temps, plus de 1 600 patients dialysés attendent une greffe de rein, et des dizaines de malades cardiaques ou hépatiques restent sans solution.

Les causes de la stagnation

Plusieurs freins expliquent cette faiblesse. Le refus familial demeure la principale barrière, souvent lié à un manque de sensibilisation et à des tabous persistants. Le manque de coordination hospitalière limite la détection des donneurs en état de mort cérébrale, tandis que les infrastructures spécialisées restent concentrées à Tunis et Sfax, laissant des régions comme Bizerte en marge du processus. Enfin, la culture du don peine à s’imposer : seuls 17 000 Tunisiens portent la mention “donneur” sur leur carte d’identité.

Les pistes d’amélioration

Les Foulées Vertes montrent qu’une mobilisation citoyenne peut ouvrir la voie, mais l’élan doit être prolongé par des mesures concrètes. Des campagnes nationales continues sont nécessaires, relayées par des témoignages de greffés et des interventions dans les écoles.

La formation hospitalière doit être renforcée pour créer des unités locales capables d’accompagner les donneurs potentiels. La simplification administrative, via des inscriptions facilitées sur la carte d’identité ou des plateformes numériques, encouragerait davantage de citoyens à se déclarer donneurs.

L’implication des leaders d’opinion, qu’ils soient sportifs, artistes ou religieux, pourrait contribuer à lever les tabous. Enfin, la décentralisation des greffes, avec l’ouverture de centres régionaux, notamment dans le Nord, permettrait de rapprocher les patients des soins et d’élargir le champ des prélèvements.

Une course contre la montre

Les Foulées Vertes rappellent que le don d’organes n’est pas une abstraction mais une urgence vitale. Chaque donneur, chaque greffe, c’est une vie sauvée. Pour transformer l’élan citoyen en résultats concrets, la Tunisie doit investir dans la sensibilisation, la formation et l’infrastructure. Courir pour la vie ne doit pas rester un slogan : c’est une course contre la montre pour des milliers de malades.​​​​​​​​​​

M.B.

Auteur

M. B

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