Tribune – Loi de finances 2027 – les grands projets de l’État, moteurs de création de richesse et d’un avenir à la hauteur de la Tunisie : La Tunisie n’a pas besoin d’un budget qui gère le déficit, mais d’une loi qui crée de la richesse

Imaginons une Tunisie dotée d’un aéroport moderne qui ouvre de nouvelles perspectives, d’un port reliant sa production aux marchés, de chemins de fer qui rapprochent les régions, d’usines qui transforment nos ressources en produits finis et de laboratoires de recherche qui inventent des solutions pour l’avenir. Cette image n’est ni un rêve lointain ni un simple décor de publication. Elle doit inspirer le budget de l’État si nous voulons une loi de finances capable de créer de la richesse et d’offrir aux Tunisiens de véritables perspectives d’emploi et de progrès.
Après avoir pris connaissance du projet de loi de finances pour 2027, j’estime que la question n’est plus seulement de savoir combien l’État percevra et combien il dépensera. La question essentielle est désormais la suivante : que va-t-il construire grâce à ces ressources ? Et comment fera-t-il de chaque dinar public un pas vers davantage de production, d’investissement et d’emplois dignes pour les Tunisiens ?
Les chiffres imposent un débat sérieux. Les ressources de l’État passent de 52,560 milliards de dinars en 2026 à 54,280 milliards en 2027, soit une hausse de 3,27 %. Dans le même temps, les dépenses progressent de 63,575 à 68,895 milliards de dinars, soit 8,37 %. Le déficit budgétaire passe ainsi de 11,015 à 14,615 milliards de dinars, en hausse d’environ 32,7 %. Cet écart entre le rythme d’augmentation des ressources et celui des dépenses oblige l’État à préciser l’usage des crédits supplémentaires et les résultats économiques et sociaux qu’il en attend.
La structure des ressources montre, elle aussi, que la fiscalité demeure le principal pilier du financement de l’État. Les recettes fiscales passent de 47,773 à 49,600 milliards de dinars, tandis que les recettes non fiscales reculent de 4,437 à 4,330 milliards. Les recettes fiscales représentent ainsi près de 91,4 % des ressources prévues.
Il ne suffit donc pas, chaque année, de chercher de nouvelles recettes fiscales ou de solliciter davantage les contribuables qui respectent leurs obligations. L’État doit aussi accroître ses ressources grâce à la production, à l’investissement et aux exportations, améliorer la performance des entreprises publiques et valoriser leurs actifs dans la transparence.
Les besoins de financement du Trésor atteignent 28,122 milliards de dinars dans le projet de loi de finances 2027, contre 27,064 milliards en 2026. Pour 2027, les sources de financement prévues se répartissent entre 19,845 milliards de dinars d’emprunts intérieurs, 6,877 milliards d’emprunts extérieurs et 1,4 milliard de ressources de trésorerie.
En 2026, ces montants étaient respectivement de 19,056 milliards, 6,808 milliards et 1,2 milliard. Par ailleurs, 13,307 milliards de dinars sont consacrés au remboursement du principal de la dette publique. Le projet autorise également la Banque centrale à accorder au Trésor des facilités pouvant atteindre 9,8 milliards de dinars, sans intérêts, remboursables sur quinze ans avec une période de grâce de trois ans. Ces facilités font partie des mécanismes de financement prévus ; elles ne constituent pas un déficit supplémentaire à ajouter au déficit budgétaire.
Le projet comporte aussi des mesures positives qu’il convient de reconnaître. Il prévoit 100 millions de dinars sur quatre ans pour soutenir les petits agriculteurs et les coopératives de la filière oléicole, ainsi que 40 millions pour aider à reconstituer le cheptel national. Il comprend également des lignes de financement destinées aux startups, aux petites entreprises et à plusieurs initiatives.
Le texte prévoit en outre un allègement de certaines taxes sur les batteries de stockage de l’électricité, la réduction à 10 % des droits de douane sur les panneaux solaires et la prise en charge par l’État de la moitié des primes d’assurance des exportations vers le marché africain. Ces mesures sont utiles, mais leur portée restera limitée si elles ne s’inscrivent pas dans un programme cohérent visant à augmenter la production, à développer la transformation et le stockage, à accroître les exportations et à créer des emplois stables.
La Tunisie doit passer de mesures dispersées à une vision claire des grands projets qui peuvent conduire le développement. L’État est appelé à investir dans les infrastructures, les zones industrielles, l’énergie, l’eau et le transport, et à faire de ces projets un levier permettant aux entreprises tunisiennes d’investir, de produire et de recruter. L’État n’a pas vocation à se substituer au secteur privé : il doit lui préparer le terrain, élargir ses perspectives et faire des entreprises tunisiennes des partenaires de la réalisation des projets et de la production.
Annoncer un grand projet ne suffit pas. Il faut en préciser le coût, le mode de financement, le calendrier, les régions concernées, le nombre d’emplois attendus et la part des entreprises tunisiennes dans sa réalisation. Si le projet nécessite un partenariat, un financement ou une expertise étrangère, les contrats doivent être clairs et garantir l’emploi des Tunisiens, le transfert des connaissances et des technologies ainsi que l’intégration de nos entreprises dans les chaînes de production. L’investissement doit, en définitive, profiter à la Tunisie et à ses citoyens.
Chaque avantage fiscal et chaque financement public devraient également être liés à des résultats mesurables. Nous devons savoir combien de projets en ont bénéficié, combien d’emplois ont été créés, quel volume de production supplémentaire a été réalisé et dans quelle mesure ces mesures ont contribué à réduire les importations et à soutenir les exportations. Ces résultats doivent être publiés régulièrement. L’argent public est une responsabilité collective, et chaque citoyen a le droit de savoir où il a été dépensé et ce qu’il a permis d’accomplir.
S’agissant de l’intégration de l’économie informelle, le suivi des transactions du commerce électronique et des plateformes constitue un moyen d’élargir la base des contribuables. Mais les sanctions ne suffiront pas. Les artisans, les commerçants et les petits entrepreneurs doivent pouvoir rejoindre le secteur organisé grâce à des démarches simplifiées et à de véritables incitations.
La protection des données des usagers et la définition claire des responsabilités de chaque partie sont tout aussi indispensables. Il faut également évaluer l’impact des prélèvements envisagés, notamment le relèvement de la taxe sur les voyages à l’étranger de 60 à 80 dinars et de celle sur les jeux et concours de 40 % à 60 %. Le recours à des charges supplémentaires ne peut devenir la réponse la plus facile chaque fois que l’État a besoin de recettes.
Le soutien aux entreprises publiques et l’apurement de leurs dettes sont nécessaires lorsqu’ils permettent de préserver un service essentiel ou une ressource nationale. Mais ils ne peuvent constituer une solution durable sans une réforme de la gouvernance, une amélioration des performances et une reddition des comptes en cas de mauvaise gestion. L’apurement des dettes doit ouvrir la voie à des réformes, et non devenir un mécanisme récurrent par lequel l’État assume de nouvelles pertes sans en traiter les causes.
Une loi de finances réussie ne se résume pas à organiser les recettes et les dépenses de l’État. Elle doit protéger le pouvoir d’achat, développer la production, encourager l’investissement tunisien et étranger, ouvrir de nouveaux marchés à nos exportations et faire bénéficier toutes les régions du développement. L’État doit faire preuve d’initiative et accepter une prise de risque maîtrisée, lancer de nouveaux projets et rechercher des modes de financement innovants, au lieu de s’en tenir aux solutions répétées d’une année à l’autre.
L’aéroport qui relie la Tunisie au monde, le port qui achemine ses produits vers les marchés, le train qui rapproche les régions, l’usine qui transforme nos matières premières et le laboratoire qui produit du savoir ne sont pas des projets éloignés de la vie des citoyens. Ils constituent les éléments d’une économie capable de créer de la richesse, des emplois et de l’espoir. Cette vision doit quitter les pages d’un article pour devenir un programme mis en œuvre par l’État, avec la participation des entreprises tunisiennes.
La Tunisie n’a pas besoin d’un budget qui répartit la pénurie, année après année. Elle a besoin d’une loi qui ouvre la voie à la production, lance des projets et mobilise l’État, le secteur privé et les citoyens autour d’un même objectif : créer de la richesse et bâtir un avenir à la hauteur de la Tunisie et de ses enfants.
H.B.
(*) Député indépendant de l’Assemblée des représentants du peuple



