Culture

Cinéma – « Bourguiba-De Gaulle : Bras de fer à Bizerte » : Le massacre oublié, le silence brisé

  • 19 octobre 2026
  • 4 min de lecture
Cinéma – « Bourguiba-De Gaulle : Bras de fer à Bizerte » : Le massacre oublié, le silence brisé

« Bourguiba-De Gaulle : Bras de fer à Bizerte », long métrage historique  réalisé par Olfa Chakroun, explore la bataille de Bizerte survenue en 1961, un conflit meurtrier opposant les forces françaises au président tunisien Habib Bourguiba au sujet du contrôle d’une base navale stratégique.  La première de ce documentaire a eu lieu, samedi dernier au cinéma Africa, en présence des médias et de quelques invités.

La Presse —à travers une investigation de terrain et des témoignages inédits de vétérans français et tunisiens recueillis 60 ans plus  tard, le film met en lumière les souvenirs dispersés de cette tragédie dans tout le gouvernorat de Bizerte. Il retrace chronologiquement les combats sanglants qui ont décimé civils et militaires non armés en quatre jours, tout en soulignant la responsabilité morale des dirigeants politiques de l’époque. Enfin, le projet examine les conséquences des ces affrontements, incluant un état de siège de trois mois, l’intervention de l’ONU et l’évacuation définitive de la base militaire intervenue le 15 octobre 1963.

Le documentaire démarre avec la célébrissime chanson de Oulaya «Bani Watani» et se termine avec le même refrain. Puis interviennent les témoignages de ceux qui ont vécu ce terrible massacre évoquant les enjeux politiques entre De Gaulle et Bourguiba en 1961. Cinq ans après l’indépendance de la Tunisie et un an avant celle de l’Algérie, la base française de Bizerte constituait le principal point de discorde entre les deux chefs d’Etat. Habib Bourguiba revendiquait la rétrocession de  la base à la Tunisie, ce que Charles De Gaulle refusait catégoriquement.

La base navale revêt une importance géopolique majeure du fait qu’elle contrôle l’accès au détroit de Sicile.

Ainsi, le bras de fer politique a débouché en juillet 1961 sur un conflit de quatre jours et une attaque française qui a tourné au massacre mettant en évidence la lourde responsabilité morale des dirigeants politiques dans cet affrontement. Selon les témoignages des historiens, l’enjeu politique trouve son terme avec l’intervention de l’ONU pour rétablir le statu quo, suivie de l’évacuation finale de la base par l’armée française le 15 octobre 1963, plus de deux ans après la bataille.

Les témoignages rassemblent les récits de parachutistes français, de soldats tunisiens, de journalistes et de divers acteurs du conflit dont Kmar Ben Dana, Habib Kazdaghli, Noureddine Dougui et d’autres protagonistes tunisiens et français. Ces récits permettent de mettre en correspondance les événements vécus avec la cartographie des lieux. Les combats de rue ont été particulièrement meurtriers au cœur de la ville  de Bizerte, spécifiquement dans le quartier français, la Médina et à la porte de Mateur.  L’offensive terrestre menée par les parachutistes français a rapidement tourné au massacre frappant non seulement les soldats tunisiens, mais aussi fait des victimes auprès des manifestants et des habitants non armés.

Enfin, le documentaire pointe la responsabilité morale des dirigeants politiques dans ce conflit. Il met en relief comment un bras de fer politique a entraîné en si peu de temps une offensive militaire française.

Le mérite de ce document est sa portée symbolique et mémorielle qui consiste à briser le silence plus de 60 ans après les affrontements en donnant la parole aux protagonistes encore en vie. Olfa Chakroun a entrepris un long et fructueux travail d’investigation sur le terrain pour établir la correspondance entre la mémoire orale des participants, les images d’archives vidéo et la topographie actuelle des lieux dans tout le gouvernorat de Bizerte. En explorant la mémoire dispersée de la guerre (de la base de Sidi Ahmed à la Médina, en passant par Ferryville  et les localités environnantes), le film remet en lumière un événement douloureux resté gravé dans la mémoire des Tunisiens. «De Gaulle- Bourguiba» montre comment un bras de fer politique s’est soldé par une tragédie humaine.

Auteur

Neila GHARBI

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