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Bayer ouvre ses laboratoires aux médias nord-africains : De la recherche aux champs, les coulisses de l’innovation agricole

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  • 21 octobre 2026
  • 13 min de lecture
Bayer ouvre ses laboratoires aux médias nord-africains : De la recherche aux champs, les coulisses de l’innovation agricole

De notre envoyée spéciale à Lyon Meriem Khdimallah

Face au changement climatique, à la raréfaction de l’eau et à la pression croissante sur les rendements agricoles, Bayer entend faire de la recherche scientifique, de l’intelligence artificielle et de la collaboration avec des partenaires extérieurs des leviers de développement de nouvelles solutions pour les agriculteurs. C’est le message porté par le groupe allemand lors d’une visite de presse organisée du 13 au 15 octobre 2026 à Lyon et à Villefranche-Limas, en France, au profit de journalistes venus de Tunisie, du Maroc et d’Algérie. Pendant deux jours, les représentants des médias nord-africains ont découvert les coulisses d’un écosystème qui relie recherche, innovation ouverte et production industrielle, tout en mettant en avant les enjeux agricoles auxquels la région est confrontée.

La Presse — Du LifeHub Lyon au Centre de Recherche de La Dargoire (Crld), jusqu’au site industriel de Villefranche-Limas, cette immersion avait pour objectif de montrer comment les besoins exprimés sur le terrain peuvent orienter les travaux scientifiques, puis se traduire en solutions destinées à la protection des cultures. Pour Bayer, l’enjeu est de dépasser une approche centrée sur le produit pour privilégier une combinaison de leviers agronomiques, biologiques, chimiques et numériques.

“L’agriculture est à un moment charnière”, souligne Amina L’Kima, directrice générale de Bayer Maroc et directrice de la division Crop Science pour l’Afrique du Nord. Les agriculteurs doivent produire davantage tout en préservant les ressources naturelles et en renforçant la résilience de leurs exploitations. Dans cette équation, explique-t-elle, la science, les nouvelles technologies et les partenariats doivent contribuer à apporter des réponses adaptées aux réalités agricoles, notamment au Maroc, en Algérie et en Tunisie.

L’Afrique du Nord, un enjeu agricole et scientifique

Le choix d’accueillir des journalistes nord-africains dans les installations françaises du groupe ne relève pas uniquement d’une démarche de présentation institutionnelle. Il traduit aussi la volonté de Bayer de faire connaître les processus scientifiques qui se trouvent derrière les solutions commercialisées dans les marchés de la région.

Pour la Tunisie, comme pour ses voisins, les défis sont considérables : disponibilité limitée de l’eau, longs épisodes de sécheresse, évolution des températures, pression des maladies et des ravageurs, mais aussi nécessité de maintenir des rendements suffisants dans un contexte de contraintes économiques. Ces réalités renforcent l’intérêt des approches permettant de mieux cibler les interventions, améliorer la gestion des cultures et limiter les pertes.

Amina L’Kima insiste notamment sur le temps nécessaire au développement d’une innovation agricole et sur la place croissante des nouvelles technologies dans ce processus. Bayer mène des activités de recherche et développement depuis plus de 50 ans, selon la responsable, et cherche aujourd’hui à compléter ses méthodes traditionnelles par des outils numériques capables d’améliorer la précision des travaux scientifiques.

L’intelligence artificielle peut notamment aider les chercheurs à analyser des données, à sélectionner des pistes de recherche et à mieux comprendre les mécanismes biologiques à l’origine de certaines maladies ou résistances. Pour l’Afrique du Nord, l’enjeu est particulièrement important face à la nécessité de préserver l’efficacité des solutions disponibles tout en développant de nouveaux modes d’action.

La responsable souligne en outre que l’intérêt de la visite est de permettre aux journalistes de comprendre l’origine des produits et les étapes qui précèdent leur mise sur le marché. Une démarche qui vise à rendre plus lisible un processus souvent méconnu du grand public, depuis les premières recherches jusqu’à la production industrielle.

Au Crld, la recherche commence par une cible

Au Centre de Recherche de La Dargoire, la science prend une dimension très concrète. Près de 200 chercheurs travaillent sur le site, mobilisant différentes disciplines, notamment la biologie, la biochimie, la chimie, l’imagerie et la science des données. Leurs travaux portent sur la recherche de solutions destinées à protéger les cultures contre les maladies, les insectes et les mauvaises herbes.

C’est dans cet environnement que Bayer développe notamment son approche CropKey, présentée par Philippe Meresse, directeur du LifeHub Lyon, comme une évolution de la manière de concevoir de nouvelles molécules.

La démarche classique consiste à partir d’une molécule et à rechercher ensuite sa cible biologique. CropKey inverse cette logique : les chercheurs identifient d’abord une cible pertinente dans l’organisme visé, puis travaillent à concevoir une molécule capable d’agir sur celle-ci.

Pour rendre le principe plus accessible, Philippe Meresse utilise une image simple : il s’agit de choisir d’abord la “serrure”, puis de concevoir la “clé” adaptée. La cible peut être une protéine essentielle au développement d’un champignon, d’un insecte ou d’une mauvaise herbe. Les connaissances biologiques, associées aux outils informatiques et à l’IA, aident ensuite les chercheurs à identifier les molécules susceptibles d’interagir avec cette cible.

L’objectif affiché est de développer des solutions plus précises, en sélectionnant des cibles suffisamment spécifiques pour limiter les effets indésirables sur les organismes non visés. Cela ne signifie pas qu’un risque puisse être totalement exclu : chaque solution doit faire l’objet d’évaluations scientifiques et réglementaires avant sa mise sur le marché.

Cette recherche de précision répond aussi à un problème majeur pour les agriculteurs : les résistances. Lorsque certains organismes nuisibles deviennent moins sensibles aux substances utilisées, l’efficacité des traitements peut diminuer. Développer de nouveaux modes d’action constitue donc un axe stratégique pour renouveler les moyens de protection des cultures.

Amina L’Kima évoque, dans cette perspective, le développement attendu d’un nouveau fongicide destiné notamment aux fruits et légumes, qui pourrait arriver dans cinq à sept ans et présenter un intérêt pour les régions nord-africaines. Il s’agit toutefois d’une perspective annoncée par l’entreprise, et non d’un lancement déjà acquis.

Le LifeHub, entre science et dialogue

Au-delà des laboratoires, Bayer cherche à rapprocher la recherche de la société. C’est l’une des fonctions du LifeHub Lyon, présentée par Philippe Meresse comme une porte ouverte sur l’écosystème scientifique du groupe.

Le lieu permet de créer des échanges entre chercheurs, startups, entrepreneurs, partenaires académiques, agriculteurs, décideurs publics et médias. L’objectif est notamment de favoriser l’innovation ouverte, en connectant les équipes de Bayer à des compétences et à des technologies développées à l’extérieur de l’entreprise.

“L’innovation ne peut pas se faire uniquement en interne”, explique en substance Philippe Meresse. Les collaborations avec des acteurs extérieurs peuvent aider à identifier de nouvelles technologies, à accélérer certaines étapes de recherche et à faire émerger des solutions qui n’auraient pas nécessairement été développées de la même manière dans un environnement fermé.

Le LifeHub accueille également des échanges autour de l’agriculture et de l’alimentation. Pour son directeur, expliquer la protection des cultures suppose de rendre accessibles les méthodes, les contraintes et les choix scientifiques qui la sous-tendent. La transparence ne se limite donc pas à présenter un produit fini : elle passe aussi par la possibilité de rencontrer les chercheurs, de poser des questions et de comprendre les raisons qui orientent leurs travaux.

Cette ouverture répond à un enjeu plus large. Les solutions de protection des cultures interviennent dans des domaines sensibles, liés à l’environnement, à la santé et à la production alimentaire. Leur compréhension nécessite de distinguer les résultats scientifiques, les évaluations réglementaires, les bénéfices recherchés et les risques qui doivent être maîtrisés.

À Ville franche-Limas, la recherche change d’échelle

Une innovation ne prend toutefois toute sa dimension que lorsqu’elle peut être fabriquée, contrôlée et distribuée dans des conditions adaptées. À environ 20 à 25 kilomètres de Lyon, le site industriel de Villefranche-Limas illustre cette articulation entre recherche et production.

Créée en 1970, l’usine dispose, selon son directeur Peter Skopeck, d’une superficie de 28 hectares et réunit plusieurs activités : formulation, conditionnement et distribution de produits phytosanitaires liquides et solides, herbicides et autres solutions de protection des cultures.

Le site compte huit lignes de formulation et dix lignes de conditionnement. Il produit environ 30 millions de litres par an et emploie quelque 240 salariés, auxquels s’ajoutent des travailleurs temporaires pendant la haute saison, de novembre à mars. Le coût annuel de fonctionnement est estimé par son directeur à environ 50 millions d’euros, hors matières premières et composants achetés pour la fabrication.

“Si la France ne disposait que d’une seule usine phytosanitaire, Villefranche suffirait pour couvrir ses besoins”, avance Peter Skopeck, tout en précisant que le site dessert également d’autres marchés européens et internationaux.

Son organisation présente une particularité : les différentes unités sont réparties dans plusieurs bâtiments. Cette configuration, qui implique des déplacements plus importants à l’intérieur du site, offre selon le directeur une flexibilité industrielle appréciable. Les installations peuvent être adaptées aux évolutions de la demande, tout en facilitant la prévention des contaminations croisées. Dans cette industrie, explique-t-il, des traces résiduelles d’un produit peuvent rendre un autre produit non conforme.

L’usine dispose aussi de fonctions intégrées de planification, de logistique, de contrôle qualité, d’ingénierie industrielle et de gestion de l’énergie et des déchets. Les produits finis ne sont expédiés qu’après leur contrôle et leur libération par le service qualité.

De nouvelles capacités attendues en 2028

Le site s’apprête à franchir une nouvelle étape avec le projet Horizon. Dans un contexte de réorganisation des capacités industrielles européennes, Bayer prévoit de reprendre certains volumes produits ailleurs, d’adapter des unités existantes et de construire une nouvelle unité de formulation à Villefranche-Limas, dont la mise en service est annoncée pour 2028.

Pour Peter Skopeck, l’enjeu ne se limite pas à augmenter les capacités. Les marchés demandent aussi davantage de souplesse : produire des quantités parfois moins importantes, dans des délais plus courts, et adapter plus rapidement les opérations aux besoins des clients.

La transformation numérique fait partie de cette évolution. Le site doit notamment engager la modernisation de son système de gestion informatique vers une nouvelle génération de SAP, qui concerne les processus de l’entreprise, des achats à la planification.

L’intelligence artificielle et la robotique pourraient également transformer certaines opérations encore réalisées manuellement. Mais Peter Skopeck ne décrit pas un avenir où les usines fonctionneraient sans intervention humaine. Il défend plutôt une vision d’“humains augmentés”, dans laquelle les technologies assistent les salariés, tandis que ces derniers conservent un rôle central dans la supervision, le jugement et la prise de décision.

Il cite, à cet égard, une amélioration proposée par un opérateur de production, testée avec des techniciens des procédés et de la sécurité. Selon le directeur, cette initiative aurait permis de réaliser environ 500 000 euros d’économies. L’exemple illustre la place que l’entreprise souhaite donner aux idées venues du terrain, en rapprochant les personnes capables d’évaluer rapidement la faisabilité et les risques d’un changement.

La sécurité reste parallèlement une priorité. Le site est équipé, selon son directeur, d’environ 12 000 têtes de sprinklers, de deux réserves d’eau de 1 000 mètres cubes chacune et d’un bassin de sécurité. Des salariés formés collaborent avec les pompiers locaux lors d’exercices réguliers.

Le groupe met également en avant le recours, lorsque cela est possible, au transport ferroviaire et fluvial pour certaines marchandises et matières premières, afin de réduire les émissions associées à la logistique.

“Produire mieux avec moins”

Pour Yves Picquet, directeur de la division Crop Science France et Benelux et président de Bayer SAS et Bayer Seeds SAS, l’avenir de la protection des cultures repose sur la combinaison de plusieurs leviers plutôt que sur l’utilisation d’un produit isolé.

Les pratiques agronomiques, le choix de variétés résistantes, les outils numériques d’aide à la décision, les biosolutions et les produits chimiques doivent être mobilisés de manière complémentaire. L’objectif est de mieux cibler les interventions, de préserver le potentiel de rendement et de réduire l’empreinte environnementale de la production agricole.

Cette stratégie n’implique pas, selon lui, l’abandon de la recherche chimique. Bayer poursuit ses travaux sur les molécules conventionnelles tout en développant des solutions d’origine biologique. Yves Picquet indique qu’environ 1 000 chercheurs travaillent sur la chimie au sein du groupe à l’échelle mondiale.

À l’échelle globale, Bayer a déclaré pour 2025 environ 88 000 salariés, un chiffre d’affaires de 45,6 milliards d’euros et 5,8 milliards d’euros consacrés à la recherche et au développement. Ces données donnent une mesure des moyens mobilisés par le groupe, même si elles couvrent l’ensemble de ses activités, notamment la santé et l’agriculture.

La visite de Lyon et de Villefranche-Limas met ainsi en lumière le modèle que Bayer entend promouvoir : partir des besoins agricoles, mobiliser la recherche et les partenariats, puis industrialiser les solutions. Pour les pays d’Afrique du Nord, notamment la Tunisie, l’intérêt de cette démarche se mesurera finalement à sa capacité à répondre aux contraintes des exploitations locales, à la disponibilité des ressources et aux exigences de productivité.

Car derrière les laboratoires, les lignes de production et les nouvelles technologies, une même question demeure : comment permettre aux agriculteurs de produire durablement dans un environnement de plus en plus contraignant ? Pour Bayer, la réponse passe par la science et l’innovation. Son efficacité dépendra aussi de l’adaptation des solutions aux réalités du terrain, de leur évaluation et de la confiance que pourront leur accorder les agriculteurs.

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Meriem KHDIMALLAH

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