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Trois questions à – Noureddine Hajjaji, expert en comptabilité carbone  « L’enjeu n’est pas de produire plus, mais de produire mieux »

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  • 21 octobre 2026
  • 4 min de lecture
Trois questions à – Noureddine Hajjaji, expert en comptabilité carbone  « L’enjeu n’est pas de produire plus, mais de produire mieux »

Taxe carbone, exigences des clients européens, reporting ESG… Mesurer ses émissions n’est plus une option pour les entreprises exportatrices tunisiennes. Pour Noureddine Hajjaji, professeur à l’École nationale d’ingénieurs de Gabès, la comptabilité carbone n’est pas un luxe, mais un outil incontournable pour renforcer leur compétitivité.

La Presse — Comment définissez-vous la notion de comptabilité carbone et pourquoi est-elle importante pour les entreprises exportatrices ?

C’est une forme de comptabilité qui ressemble à la comptabilité financière. Alors que cette dernière calcule les dinars, la comptabilité carbone mesure les émissions de gaz à effet de serre qui sont identifiées par le protocole de Kyoto, notamment le CO2, le méthane et le protoxyde d’azote.

Il s’agit d’un système qui comptabilise ces émissions qui sont  ensuite exprimées en tonnes de CO2 équivalent. En effet, on distingue deux types de comptabilité carbone : une comptabilité dite générale et une autre analytique. La première correspond au bilan carbone d’une entreprise, c’est-à-dire au calcul de ses émissions de gaz à effet de serre sur une année. Pour ce faire, plusieurs méthodes existent, comme la norme ISO 14064 ou la méthode dite BGES.

Ce sont des cadres qui permettent d’inventorier ces émissions. La comptabilité analytique, quant à elle, concerne le bilan carbone d’un produit, c’est-à-dire, pour faire simple, les tonnes de CO2 équivalent produits par tonne de produits fabriqués. En somme, ce sont des indicateurs qui aident les entreprises à définir leurs priorités. Par exemple, une entreprise qui doit disposer d’une stratégie climat doit établir son bilan.

Une autre, certifiée ISO 9001 ou 14.001 et donc engagée à s’aligner sur les nouveaux amendements aux déclarations de Londres, doit également être dotée d’un bilan carbone. Parfois, ce dernier est même exigé par le client. Par ailleurs, le bilan carbone constitue l’un des piliers fondamentaux du reporting ESG, dans son volet environnemental. Pour les entreprises exportatrices, le bilan carbone des produits qu’elles fabriquent est indispensable : le client qui calcule le bilan carbone de son produit final doit les intégrer pour tenir compte de la taxe carbone.

Où en sont les entreprises tunisiennes dans l’établissement de leur bilan carbone ? Sont-elles autonomes, ou ont-elles encore besoin d’accompagnement et de sensibilisation ?

Certaines entreprises sont très bien structurées pour s’engager dans la comptabilité carbone. Depuis 2021, elles travaillent sur ce dossier ainsi que sur la formation des compétences nécessaires à cet exercice. Aujourd’hui, certaines bouclent même, à la fin de l’année, leurs bilans comptable et carbone simultanément. À l’inverse, d’autres ne savent même pas ce qu’est la comptabilité carbone, alors qu’il s’agit d’un enjeu majeur, surtout pour les entreprises exportatrices.

À vrai dire, plusieurs entreprises doivent encore travailler sur ce volet, qui concerne essentiellement l’état d’esprit au sein de l’entreprise et, qui nécessite surtout, le développement des compétences. La comptabilité carbone est un sujet transversal, qui touche aussi bien le département supply chain que les ressources humaines, le processing ou l’énergie. C’est pourquoi la formation est une priorité pour impliquer tout le monde au sein de l’entreprise dans cette nouvelle politique.

Introduite depuis peu en Tunisie, la comptabilité carbone suppose une expertise pointue. Compte-t-on suffisamment de compétences dans ce domaine ?

Honnêtement, on compte d’innombrables experts de renom dans ce domaine. Mais c’est parfois le manque d’initiative des entreprises qu’il faut pointer, car certaines considèrent la comptabilité carbone encore comme un luxe, alors que ce n’est pas le cas. L’accord de Paris et les nouveaux cadres réglementaires exigent de rendre des comptes sur le plan environnemental.

Cette exigence doit émaner de l’entreprise elle-même. L’enjeu aujourd’hui n’est pas de produire plus, mais de produire mieux, avec de bonnes performances environnementales en matière de carbone.

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Auteur

Marwa Saidi

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