Economie

Nouvelles taxes sur les boissons alcoolisées : la FTRT met en garde contre un effet boomerang

  • 24 octobre 2026
  • 5 min de lecture
Nouvelles taxes sur les boissons alcoolisées : la FTRT met en garde contre un effet boomerang

La Fédération tunisienne des restaurants touristiques (FTRT) met en garde contre les conséquences économiques et fiscales d’une éventuelle hausse des droits de consommation appliqués aux boissons alcoolisées, prévue par l’article 24 du projet de loi de finances 2027. Son président, Habib Ben Moussa, estime que cette mesure pourrait entraîner une baisse des ventes, favoriser l’expansion du marché parallèle et fragiliser la compétitivité des établissements touristiques, sans garantir une augmentation des recettes de l’État.

Intervenant vendredi 23 octobre 2026 sur Express, Habib Ben Moussa a souligné que les augmentations envisagées, qui concernent notamment la bière, les vins et les autres boissons alcoolisées, risquent d’alourdir davantage les charges des restaurants touristiques dans un contexte marqué par la hausse des coûts et la sensibilité des consommateurs à l’évolution des prix.

Le président de la FTRT a notamment appelé à évaluer avec précision le rendement fiscal réel de ces augmentations avant toute décision définitive. Selon lui, cette évaluation doit prendre en compte non seulement les recettes supplémentaires attendues, mais également les effets potentiels sur la consommation, les ventes, l’activité économique formelle et l’emploi.

Le risque d’un retour en force du marché parallèle

Pour étayer ses réserves, Habib Ben Moussa a rappelé l’expérience des années précédant 2014, lorsque la hausse des droits de consommation sur les boissons alcoolisées avait contribué, selon lui, à creuser l’écart entre les prix du marché légal et ceux du marché parallèle. Cette différence aurait incité une partie des consommateurs à se tourner vers les circuits informels.

À l’inverse, la révision du système fiscal opérée en 2014 aurait favorisé le retour d’une partie de l’activité vers le marché organisé, avec des retombées positives sur les recettes publiques. Le président de la FTRT a indiqué que les recettes provenant du droit de consommation avaient alors atteint 1,5 milliard de dinars.

Il craint qu’une nouvelle augmentation des prélèvements ne reproduise le même mécanisme : des prix plus élevés pourraient réduire la demande sur le marché légal, encourager les achats dans les circuits parallèles et, à terme, limiter les recettes fiscales effectivement collectées.

“ L’augmentation des droits de consommation ne garantit pas nécessairement une hausse des ressources de l’État”, a-t-il expliqué en substance, mettant en avant le risque d’un recul des ventes susceptible de neutraliser une partie des gains fiscaux escomptés.

Des coûts supplémentaires pour les restaurants touristiques

Au-delà de l’enjeu fiscal, la FTRT alerte sur les répercussions possibles de cette mesure sur la rentabilité des établissements touristiques. Les professionnels doivent déjà faire face au coût d’achat des produits, aux charges fiscales et à d’autres prélèvements, a rappelé Habib Ben Moussa.

Une nouvelle hausse des droits de consommation pourrait les contraindre à relever leurs prix de vente ou à absorber une partie des coûts supplémentaires, au détriment de leurs marges. Or, selon le président de la Fédération, les établissements ne peuvent pas augmenter indéfiniment leurs tarifs sans risquer de décourager leur clientèle.

Une contraction de la fréquentation et des ventes pourrait ainsi affecter leur chiffre d’affaires, leur capacité à maintenir leur activité et, dans certains cas, la préservation des emplois. Les conséquences pourraient également dépasser le seul secteur de la restauration touristique, dans la mesure où le ralentissement de l’activité formelle risque de se répercuter indirectement sur les recettes publiques.

La compétitivité touristique également en jeu

Habib Ben Moussa a également attiré l’attention sur la concurrence exercée par d’autres destinations régionales, notamment la Croatie et l’Albanie, qui peuvent proposer certaines offres à des prix plus compétitifs.

Dans ce contexte, une augmentation du coût des boissons alcoolisées en Tunisie pourrait réduire la compétitivité des restaurants et des établissements touristiques locaux par rapport à leurs concurrents étrangers. Elle risquerait ainsi d’affaiblir l’attractivité de leurs offres, alors que les prix constituent un facteur important dans le choix d’une destination touristique.

Face à ces enjeux, le président de la FTRT préconise une approche globale de la révision des prix et des coûts, fondée sur la concertation entre les ministères et les structures concernés. L’objectif, selon lui, doit être de concilier la préservation du pouvoir d’achat, la viabilité des entreprises touristiques et la compétitivité de l’offre tunisienne.

La FTRT appelle à une évaluation préalable

Habib Ben Moussa a enfin fait état d’échanges avec plusieurs députés et le ministère du Tourisme afin de leur exposer les préoccupations des professionnels du secteur. Il espère que les autorités prendront en considération les effets directs et indirects des augmentations envisagées dans le cadre du projet de loi de finances 2027.

La Fédération appelle notamment à réaliser des simulations permettant de mesurer l’impact réel de la hausse proposée sur les recettes fiscales, la consommation, les ventes, l’évolution du marché parallèle et l’emploi.

Pour la FTRT, toute modification de la fiscalité des boissons alcoolisées devrait, en définitive, contribuer à préserver l’activité économique organisée, protéger les entreprises touristiques et les consommateurs, et maintenir des prix compatibles avec la compétitivité du secteur.

Auteur

M. B

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