La question de la connectivité entre l’aéroport, la capitale et les différents réseaux de transport terrestre s’impose comme un enjeu majeur d’aménagement urbain et de développement économique. Aujourd’hui, la Tunisie s’apprête à engager la modernisation et l’extension de l’aéroport international de Tunis-Carthage, avec un objectif de capacité de 18,5 millions de passagers par an à l’horizon 2031.
La Presse —Un séminaire a été organisé récemment par une université privée ayant pour thème : «Current Airport Projects for Jeddah, Hanoi, Kinshasa, Chicago, with Considerations for the Development of Tunis-Carthage International Airport» (Projets aéroportuaires en cours à Djeddah, Hanoï, Kinshasa et Chicago : enseignements et perspectives pour le développement de l’aéroport international de Tunis-Carthage).
Cette rencontre a permis d’aborder les grandes tendances de l’architecture aéroportuaire contemporaine, à travers plusieurs projets internationaux, tout en ouvrant la réflexion sur les perspectives de développement de l’aéroport Tunis-Carthage et son intégration dans un système de mobilité cohérent à l’échelle du Grand-Tunis. Les échanges ont porté sur la nécessité de renforcer la connectivité entre les infrastructures aéroportuaires et les différents modes de transport terrestre, afin de fluidifier les déplacements des voyageurs et d’assurer une meilleure articulation entre les réseaux de transport et la planification urbaine.
Lors de son intervention, Dr Derek A. R. Moore, architecte principal au sein du cabinet Skidmore, Owings & Merrill, a souligné l’importance de dépasser la conception traditionnelle des aéroports, longtemps considérés comme des infrastructures dédiées à l’accueil des avions et des passagers. Il a plaidé pour une approche intégrée faisant des aéroports de véritables pôles de mobilité, conçus pour organiser les flux de personnes et de véhicules et faciliter les correspondances entre les différents modes de transport. Selon lui, cet enjeu ne se limite pas à l’aménagement des routes ou au développement des lignes de transport. Il concerne également la conception architecturale des bâtiments, l’organisation des espaces et l’intégration des infrastructures dans leur environnement urbain. L’objectif est de garantir la fluidité des déplacements tout en améliorant la qualité des espaces et l’expérience des usagers.
Un levier de développement économique et touristique
En abordant le projet d’extension de l’aéroport international de Tunis-Carthage, Dr Derek A. R. Moore a souligné l’importance de définir clairement sa vocation future, en tenant compte de sa connectivité aérienne avec l’Europe et les autres régions du monde, mais aussi de sa contribution au développement économique et touristique et au rayonnement international de la Tunisie. Il a relevé que les aéroports qui connaissent une croissance significative s’inscrivent généralement dans des stratégies plus larges de développement économique. La performance d’une infrastructure aéroportuaire dépend ainsi, dans une large mesure, de sa capacité à s’intégrer dans un écosystème associant transport aérien, investissement, tourisme et développement urbain.
Le développement des liaisons aériennes vers des marchés lointains nécessite également de prendre en considération les capacités opérationnelles et les contraintes économiques des compagnies aériennes, notamment les coûts élevés d’exploitation des gros-porteurs. Il s’agit donc de concilier l’ambition d’élargir le réseau de destinations internationales avec les réalités économiques du secteur aérien.
La réflexion sur l’avenir de Tunis-Carthage conduit également à s’interroger sur la complémentarité entre les différentes infrastructures aéroportuaires du pays. À ce sujet, Dr Derek A. R. Moore a évoqué le potentiel des aéroports de Djerba et d’Enfidha, qui peuvent contribuer au développement du transport aérien touristique et à la desserte des régions côtières. L’aéroport d’Enfidha pourrait notamment participer à la desserte des régions de Sousse et de Hammamet.
De son côté, le développement de Tunis-Carthage devrait s’appuyer sur les spécificités de la capitale et sur son poids économique, tout en renforçant les connexions avec les villes et les territoires voisins du Grand Tunis.
Il a ainsi mis en avant l’importance d’une répartition cohérente des rôles entre les différents aéroports, afin de renforcer leur complémentarité, de répondre aux besoins des voyageurs et de soutenir le développement économique et touristique du pays.
Dans son allocution, Dr Senda Fendri Dhouib, coordinatrice des programmes d’architecture, de génie civil et de design à l’UTC, a rappelé l’importance de cette collaboration, devenue un rendez-vous annuel depuis 2024.Elle a souligné que cette initiative permet aux étudiants de confronter leurs acquis académiques à des problématiques concrètes et de découvrir des approches internationales susceptibles d’enrichir leur réflexion sur l’avenir des villes et des infrastructures. Elle a également insisté sur l’intérêt de rapprocher les expériences internationales présentées par Dr Derek A. R. Moore des défis auxquels la Tunisie est confrontée, notamment en matière de mobilité urbaine, de connectivité et d’intégration des grandes infrastructures de transport.
À travers cet atelier, nous exprimons notre volonté de favoriser les échanges entre expertise internationale, formation académique et enjeux territoriaux. Une démarche qui place l’architecture et la mobilité au cœur de la réflexion sur le devenir de l’aéroport Tunis-Carthage et sur la construction d’un système de transport plus intégré, fluide et durable pour le Grand Tunis, a conclu Dr Senda Fendri Dhouib.



