Cap Bon – Tourisme thermal et de santé : Korbous et ses 7 mythiques sources jaillissantes
Située dans la région du Cap Bon à 60 km de la capitale, la petite ville de Korbous, qui borde le golfe de Tunis, offre aux curistes sept sources aux propriétés spécifiques et complémentaires. Selon les spécialistes, «les cures à Korbous conjuguent les vertus thermales des sources, les bienfaits d’un microclimat sain et d’un environnement naturel agréable». Focus.
La Presse — Pour les personnes souffrant de rhumatismes ou de maladies articulaires, voire liées à l’appareil respiratoire, la station balnéaire de Korbous demeure une destination de prédilection pour les familles moyennes, notamment durant les vacances d’hiver. Or, la principale source thermale de Korbous est celle d’Aïn Echfa. Elle est aussi appelée Aïn El-Kbira (La grande Source) présentant deux sources filles: Aïn Sbia (La vierge) et Aïn Arraka (La suante). Perchée sur un promontoire, cette source, dont l’eau est à dominance chlorurée sodique et exploitée par la station thermale de Korbous, alimente l’établissement thermal à une température de 57.5°C et un ph de 7.5.
Aïn Echfa (La Guérisseuse)
Ainsi, la source d’Aïn Echfa existe depuis plus de 2000 ans, selon plusieurs ouvrages scientifiques. Elle est parmi les meilleures sources dans le bassin méditerranéen. Les eaux d’Aïn Echfa ont une renommée continentale. D’ailleurs, c’est la première source exploitée en Tunisie et en Afrique (même avant celles de Jebel Oust et de Hammam Bourguiba). Elle a été exploitée à partir de 1902, date de la création de la station de Korbous par M. Carpentier suite à la demande du Bey (Ahmed Bey-Ndlr) qui ordonna la construction d’un pavillon, récupéré après l’indépendance par l’Office tunisien du thermalisme et privatisé en 1997.
Les eaux de Aïn Echfa sont aussi connues pour leurs vertus thérapeutiques. Elles sont conseillées dans le domaine de la rhumatologie pour traiter les arthroses, les rhumatismes dégénératifs, les rhumatismes inflammatoires, les rhumatismes articulaires, les jambes lourdes (chez les femmes), les syndromes algiques, l’ostéoporose, les séquelles musculaires et chirurgicales, toutes les suites de luxations et d’entorses, etc.
D’ailleurs dans le spa d’Aïn Echfa, on traite les problèmes liés à l’appareil respiratoire et les problèmes dermatologiques (eczéma, séquelles de brûlure, dermatite, dermites allergiques, etc.) et ceux liés à la gynécologie. « Les femmes enceintes venaient jadis au centre pour accoucher », selon Mme Karima Inoubli, une fidèle cliente de l’établissement.
Pour ce qui est des visiteurs, 92% des clients sont des Maghrébins (dont 70% de Tunisiens). Et les 8 % sont des Européens (Allemands et Français).
Cet établissement accueille les malades pris en charge par la Cnam. Et le centre aurait été doté d’une convention avec l’ambassade de France qui recommande le centre aux anciens combattants de la République française. D’autres conventions sont également en vigueur avec des entreprises nationales telles que la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) et quelques banques tunisiennes. Il reste à noter que pour des raisons socioculturelles, la mixité n’est pas autorisée dans ses locaux (l’établissement est divisé en deux compartiments, selon le genre).
Côté staff technique, on note la présence d’un médecin rhumatologue, d’un kinésithérapeute et d’une dizaine masseurs et masseuses (tous certifiés et diplômés). Pour ce qui est de l’hygiène, une fois par mois, le centre reçoit la visite des contrôleurs de l’Office du thermalisme qui effectuent des prélèvements d’eau et de la boue. Ces mêmes prélèvements sont aussi opérés par des agents du service d’hygiène régional de Nabeul, sans compter les prélèvements internes.
Enfin, malgré le cadre idyllique qui entoure la station thermale et touristique de Korbous (une vallée rocheuse largement ouverte sur la mer à l’ouest), on ne peut pas ne pas citer quelques carences qui caractérisent le site, notamment au niveau de l’infrastructure: les problèmes récurrents sur la route qui relie Korbous à Tunis (47 km) passant par le tronçon de 3 km menant à Aïn Oktor (La goutte), sans parler les bus touristiques qui ne peuvent pas accéder au site, etc.
Aïn Sbia (La Vierge)
Juste à côté d’Aïn Echfa se trouve la célèbre Aïn Sbia avec sa célèbre coupole. Cette source, connue depuis la plus haute antiquité, alimente les hammams et les douches (bains thermaux) avec une eau de température de 50°C et un faible débit de 0.70 L/s. Selon les données officielles de l’Office du thermalisme, l’eau de cette source est classée comme une eau hyperthermale chlorurée sodique et elle présente les mêmes vertus médicinales qu’Aïn Echfa.
« Chaque année et durant les vacances scolaires du printemps, nous louons une maison dont la capacité d’accueil est de 25 personnes à Korbous afin de bénéficier des bienfaits de l’eau de cette source. Jadis, nous louions les locaux de «Diar Zarrouk» à 60DT/jour. Aujourd’hui, avec l’inflation, les prix ont grimpé en flèche. Mais pendant les vacances scolaires, ces derniers sont trop prisés, donc parfois nous n’avons pas le choix que de louer d’autres maisons avec un standing moindre.», souligne Saida Zine, une habituée des lieux résidant à Tunis. Elle ajoute: «L’eau de Aïn Sbia est bénie par Dieu. J’adore tremper mes pieds dans le bain. Ça soulage mes douleurs. En plus les enfants adorent l’ambiance qui règne durant notre séjour. Nous n’avons pas changé nos traditions: cuisiner des plats traditionnels, manger ensemble autour d’une table basse et préparer l’Aâssida aux dattes».
Pour ce qui est du fonctionnement des douches et des bains thermaux, Zouhair Trabelsi, un fidèle visiteur des bains de Korbous, nous donne plus de précisions. «Le mardi, le jeudi et le samedi, le bain thermal est réservé aux femmes et les autres jours c’est le tour des hommes. Depuis mon jeune âge, c’est-à-dire plus de 40 ans, je fréquente Korbous et le hammam d’Aïn Sbia. Jadis, le bain thermal fonctionnait 24h/24, malheureusement, depuis qu’il a été privatisé, le nombre du personnel a été réduit et l’hygiène laisse à désirer!»
Aïn Arraka (La Suante)
A côté d’Aïn Sbia se trouve Aïn Arraka. Le lieu a été délaissé et abandonné il ya quelques années. Heureusement que les autorités locales, notamment la municipalité de Korbous, avaient réhabilité et ouvert de nouveau au public le coin de cette source. Cette eau présente les mêmes caractéristiques d’Aïn Sbia et d’Aïn Echfa mais avec une température moins forte (45°C).
«Chaque jour, je viens tremper mes pieds dans le bassin pendant un quart d’heure. L’expérience a démontré que les eaux de cette source sont plus bénéfiques contre les rhumatismes que certains médicaments. Les résultats sont immédiats!», mentionne Anouar Bir.
Aïn Oktor
Les sources d’Aïn Oktor sourdent au bord de la mer. Il s’agit essentiellement d’une eau de boisson classifiée comme une eau chlorurée sodique et exploitée depuis le milieu des années 90 par la Société des stations thermales et des eaux minérales (Sostem).
«Aïn Oktor est une des plus anciennes marques d’eau minérale commercialisée en Tunisie, puisque c’est en 1904 que cette eau a été prélevée pour la première fois à la source du même nom à quelques encablures de la station thermale de Korbous dans la région du Cap Bon. Reconnue pour ses vertus thérapeutiques, notamment dans le cadre des maladies touchant les reins, elle favorise également l’élimination des toxines. (…). D’après les recherches du professeur Z. Kallal de l’Institut national de nutrition et de technologie alimentaire, parues en 1972, l’eau d’Oktor est utilisée essentiellement soit au griffon pour une à trois semaines, soit en cure prophylactique à domicile. Cette eau chlorurée a de hautes qualités thérapeutiques pour toutes les maladies rénales, insuffisances ou infections.», souligne David Rivory dans son article «Aïn Oktor, la pureté goutte-à-goutte» (paru dans le magazine Livet Santé.
Il reste à noter que l’hôtel d’Aïn Oktor, qui fut fermé pour travaux depuis 1998, a rouvert ses portes en juillet 2022 sous une nouvelle appellation.
Située à flanc de montagne face au golfe de Tunis, cette structure hotellière met à la disposition de sa clientèle 162 unités d’hébergement au total (dont des chambres de 45 m², une quarantaine de suites et des villas privées). L’hôtel dispose, également, d’un grand centre «Les Eaux de Carpis» de 3 500 m² combinant eau thermale chaude (provenant notamment d’Aïn Echfa) et eau de mer.
Aïn Fakroun (La Tortue)
Appelée ainsi car pour y accéder, on doit presque ramper comme une tortue dans un petit tunnel. Cette source est à mi-chemin entre Aïn El-Atrous et Aïn Echfa. Pour y accéder, il suffit de descendre les escaliers, ensuite entrer à quatre pattes dans un tunnel pour pouvoir prendre une douche. L’eau dans cette source se présente à une température de 37°C avec un débit de 1 litre par seconde. Elle est classifiée comme une eau thermale chlorurée sodique, riche en sulfate, calcium et magnésium. Pour ce qui est des indications thérapeutiques, l’eau d’Aïn Fakroun est bonne pour les rhumatismes, la dermatologie (dermatite atopique, dermatose, psoriasis eczéma, lichen, prurits, acné et séborrhée, allergies intriquée et séquelles de brûlures), phlébo-angiologie (insuffisances veineuses et lymphatiques, suite et séquelles de phlébites, etc) et gynécologie.
Aïn El-Atrous (Le Bouc)
Située à 1 km au nord du centre-ville, Aïn El-Atrous est par excellence la source la plus populaire des sept sources de Korbous. Jaillissante à une altitude de 5 mètres, Aïn El-Atrous est captée, mais ses eaux ne sont pas utilisées pour le moment. Certes, la municipalité a bien aménagé le coin pour permettre aux visiteurs de savourer une eau hyperthermale, chlorurée sodique forte.
Pour ce qui est des indications thérapeutiques, l’eau de cette source est conseillée dans les domaines de la rhumatologie (rhumatismes articulaires chroniques, séquelles de traumatismes ostéo-articulaires et des interventions chirurgicales, les arthroses dans toutes leurs localisations et manifestations, ostéoporose), la dermatologie (eczémas, lichens, séquelles de brûlures, etc), la phlébologie et la gynécologie (ex: les troubles congestifs et neurotoniques de la ménopause, algies pleviennes chroniques et séquelles d’affections inflammatoires). Une mention spéciale est attribuée pour le traitement de l’obésité à Aïn El Atrous.
Durant les vacances scolaires et les week-ends, il est difficile de trouver une place à cause de la foule qui envahit les lieux comme en témoigne Mondher El Aaali, un habitant de Korbous.
«Korbous vit grâce au tourisme intérieur. Certes, la fréquence des excursions scolaires et des colonies de vacances a baissé par rapport aux années précédentes, mais n’empêche, les visites familiales ne s’arrêtent guère. Il reste à noter que Korbous est aussi prisée par les touristes algériens». Des propos confirmés par Mohamed Cherif, un Algérien âgé de 39 ans résidant en France et originaire d’Annaba, que nous avons rencontré sur les lieux. «Je suis venu avec mon beau-frère pour passer quelques jours à Bizerte. Et j’ai saisi l’occasion pour venir à Korbous pour soigner un problème articulaire: une discopathie». Il ajoute: «Nous avons réservé une chambre pour trois jours dans une sorte d’auberge. Et hier, je suis allé au centre thermal de Korbous où j’ai subi une séance de rééducation. Et aujourd’hui j’ai voulu essayer les eaux d’Aïn El-Atrous. Machallah (Dieu soit loué) il n’y a rien à dire! L’eau est magnifique, surtout quand on effectue une baignade dans l’eau tiède de l’eau de mer. En plus, on peut bénéficier de plusieurs sortes de boue à des prix imbattables. Ça y est ! Je me suis décidé, je vais ramener ma famille de Paris et d’Annaba pour passer 15 jours cet été. Espérons que lors de notre prochain séjour, il y aura des restaurants ouverts le soir, car j’ai remarqué qu’à partir de 19h00 aucun restaurant ne reste ouvert. Et qu’il y aura plus d’aménagements qu’il y en a actuellement.»
Aïn Kalassira
Connue depuis l’époque punique, Aïn Kallassira est la seule source qui est restée à l’état vierge bien que les curistes aient pu y aménager un petit bassin pour se baigner. Située au pied de la montagne, cette source dotée d’eau thermale de type chloruré sodique est difficile d’accès. Il suffit de suivre la côte rocheuse à partir d’Aïn El-Atrous ou bien de descendre le flanc accidenté de la montagne pour savourer ses eaux chaudes destinées aux soins et qui jaillissent du massif montagneux à une température constante de 44°C. Selon les données de l’Office du thermalisme, cette eaux présente les caractéristiques minéralogiques suivantes: «Sulfurée, bicarbonatée sodique, riche en fluor et sels minéraux, l’eau thermale est indiquée dans les cas de troubles chroniques, en particulier lorsqu’ils sont d’origine infectieuse et dans les pathologies rhumatologiques». Elle est aussi réputée pour ses boues qui sont utilisées pour des cures dans le centre thermal de Korbous.
Ces mêmes boues sont aussi commercialisées sur le site d’Aïn El-Atrous par des vendeurs ambulants à l’instar de Saber qui chaque week-end et durant les vacances quitte Kélibia (la ville où il réside) pour venir écouler des sachets remplis de boues et d’algues à Aïn Kalassira. «Ça fait 15 ans que j’ai commencé à vendre ce produit naturel. Je collecte les algues et les boues de Aïn Kalassira et les argiles dans la montagne de Korbous. Les argiles noires sont conseillées pour soigner les rhumatismes. Quant aux argiles jaunes, elles sont efficaces pour adoucir les peaux sèches. Enfin, pour ce qui est de l’argile blanche, elle est conseillée contre l’acné», explique-t-il.
Assurément, parmi les 7 sources de Korbous, Aïn Kalassira est celle qui a le plus fort potentiel pour développer autour d’elle le concept du thermalisme vert et l’écotourisme (randonnées, VTT, etc.).



