Pêche : le quota de crevette rouge tunisienne au cœur d’un différend avec l’Italie
Le quota tunisien de capture de crevette rouge géante en Méditerranée centrale est au centre d’un différend avec l’Italie, qui a signalé un dépassement présumé du plafond annuel autorisé et appelé les opérateurs à envisager la suspension des approvisionnements en provenance de Tunisie pour le reste de 2026. Cette situation représente un enjeu commercial pour la filière halieutique tunisienne, l’Italie absorbant 34 % des exportations nationales de produits de la pêche.
Selon une information publiée le 26 octobre par l’agence de presse italienne Agenzia Nova, le quota annuel attribué à la Tunisie pour la capture de la crevette rouge géante (Aristaeomorpha foliacea) est fixé à 36 tonnes dans le cadre du plan de gestion pluriannuel de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM).
Le ministère italien de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et des Forêts (MASAF) affirme que les certificats de capture validés par les autorités tunisiennes pour 2026 et destinés au marché européen atteignaient au moins 50,96 tonnes, soit un dépassement de 41,5 % du plafond international.
Dans une communication publiée le 5 juin 2026, le ministère italien avait invité les importateurs, transitaires et autres opérateurs de la filière à envisager la suspension des approvisionnements en crevette rouge tunisienne jusqu’à la fin de l’année. Il avait également signalé le risque de rejet des lots et de refus d’importation.
Cette position s’appuie sur les règles européennes relatives à la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée. Le ministère italien a par ailleurs fait état de l’ouverture d’un canal officiel de coopération avec les autorités tunisiennes afin de clarifier les écarts constatés.
Le différend porte notamment sur le respect du plafond international, la traçabilité des captures et les modalités de comptabilisation des quantités pêchées. La Tunisie est également concernée par la question de l’adéquation du quota attribué à sa flotte.
La 49e session de la CGPM, organisée au siège de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), à Rome, du 26 au 30 octobre, examine les mesures de gestion des stocks pour 2027. Les discussions doivent contribuer à définir le cadre de gestion de la pêche en Méditerranée centrale, notamment dans les sous-régions géographiques 12 à 16, qui couvrent les eaux concernées entre l’Italie et la Tunisie.
Des exportations de 422,3 millions de dinars en sept mois
Selon les données de l’Observatoire national de l’agriculture (ONAGRI) citées par Agenzia Nova, la Tunisie a exporté 18 400 tonnes de produits de la pêche au cours des sept premiers mois de 2026, pour une valeur de 422,3 millions de dinars, soit environ 127 millions d’euros.
L’Italie arrive en tête des marchés de destination, avec 34 % des exportations tunisiennes du secteur, devant l’Espagne (12 %), la Libye (11 %), l’Algérie et Malte (9 % chacune).
Sur la même période, les recettes d’exportation ont diminué de 4,8 % par rapport aux sept premiers mois de 2025. Le prix moyen à l’exportation a également baissé de 4,6 %, à 23 dinars le kilogramme. La balance commerciale des produits de la pêche a néanmoins dégagé un excédent de 92,6 millions de dinars, avec un taux de couverture des importations de 125 %.
Des contrôles renforcés dans les ports tunisiens
Parallèlement, les autorités tunisiennes ont lancé, le 6 octobre, une campagne de contrôle des filets non conformes dans les ports de Sousse et de Hergla, ainsi que dans les points de débarquement et les marchés de produits de la pêche.
Les pêcheurs ont bénéficié d’un délai de 48 heures pour mettre leurs équipements en conformité, sous peine de saisie du matériel interdit. Selon Amal Zarrouk, responsable du département régional de la pêche maritime et de l’aquaculture à Sousse, les contrôles concernent notamment les filets dont les mailles sont inférieures à 30 millimètres, considérés comme préjudiciables à la conservation des stocks et à la reproduction des ressources marines.
Ces mesures ont suscité des protestations de certains pêcheurs, qui contestent l’application uniforme de cette limite et demandent une prise en compte des particularités des techniques de pêche locales.
Des réunions techniques de la CGPM prévues en novembre à Rome doivent également contribuer à consolider les données scientifiques sur les stocks de crevette rouge en Méditerranée centrale et orientale, en vue des décisions ultérieures de gestion.



