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Budget de l’état 2027 : Préserver les équilibres financiers face à la dette

  • 30 octobre 2026
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Budget de l’état 2027 : Préserver les équilibres financiers face à la dette

La dette publique de la Tunisie devrait atteindre 85% du PIB à la fin de l’année 2027, contre 83,7% projetés fin 2026 et 83,3% enregistrés en 2025, d’après la ministre des Finances, Michket Slama Khaldi, qui exposait, hier, l’exécution du budget 2026 jusqu’à fin septembre et le projet de budget de l’Etat pour l’année 2027, à l’occasion d’une réunion parlementaire mixte regroupant les députés de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et les élus du Conseil national des régions et des districts (Cnrd).

La Presse — Selon la même courbe, le niveau de la dette était de 79,2% du PIB en 2021, 82,4% en 2022 et 84,5% en 2023, ce qui montre bien la tendance haussière, sous l’effet des chocs extérieurs, mais également des difficultés intérieures, dont les débats budgétaires constituaient l’occasion de les énumérer et d’essayer d’y trouver des solutions, certains problèmes sont reconduits chaque année.

Selon les explications données par la ministre, le recours à la dette est parfois inévitable si nous voulons maintenir les équilibres macroéconomiques, sans augmenter la pression fiscale, sans répercuter la flambée des cours internationaux de l’énergie et en continuant de soutenir l’activité économique et l’investissement. « Le réajustement des prix du carburant à la pompe était à l’ordre du jour en avril et en mai derniers, suite à la hausse des prix du pétrole, c’était même attendu et soutenu par certains consommateurs, mais nous ne l’avons pas fait pour des considérations sociales plutôt qu’économiques », a déclaré Mme Khaldi.

« Ce n’est pas une décision aussi facile qu’on ne le pense. Le prix du carburant ne concerne pas uniquement le pouvoir d’achat, il touche aussi la santé financière des entreprises qui, en évitant une charge supplémentaire, pourraient maintenir leur activité et créer des emplois… », a-t-elle affirmé. La ministre a, par ailleurs, mis en exergue la réduction de la dette extérieure qui ne dépasse pas désormais 31,4% de l’ensemble de la dette publique, alors qu’elle représentait l’essentiel de la dette par le passé.

En termes de montants, les besoins de financement sous le titre d’endettement s’élève à 26.722 millions de dinars en 2027 sur un budget estimatif de 82402 MD, soit une augmentation de 3,5% par rapport à 2026. Ce chiffre comprend le remboursement d’une dette publique de 13.307 MD et des besoins de dépenses de quelque 68.895 MD, dont 27.349 de salaires, soit le plus gros lot des dépenses de l’Etat (39,7%). Une enveloppe de 5.091 MD est consacrée aux interventions à caractère social et pas moins de 11.846 MD de subventions. La compensation des hydrocarbures est estimée à 7.090 MD et celle des produits de base à 4.036 MD. Le transport en commun a été également subventionné à hauteur de 720 millions de dinars en 2027.

Les dépenses consacrées au développement ne dépassent pas les 12.530 MD selon le projet de budget de 2027.

Parmi les chiffres qui retiennent l’attention dans le projet de 2027, figure celui des revenus fiscaux qui s’élèvent à 49.600 MD et représentent 91,4% des revenus estimés à 54.280 MD, d’où le besoin relativement élevé en endettement pour combler les besoins en dépenses.

Tous ces chiffres ne sont que des hypothèses selon un prix moyen du pétrole ne dépassant pas les 80 dollars et une estimation de croissance de 3,1% du PIB.

Les députés réagissent

En réaction au projet de budget proposé, les députés ont formulé de nombreuses réflexions pour atténuer la charge fiscale et réduire la dépendance à l’endettement, mais aussi afin de consacrer plus de ressources à l’investissement et à la création de richesses. Ainsi, pour davantage d’équité fiscale, un député a souligné l’importance d’élargir l’assiette pour inclure l’activité informelle, prévenant qu’elle ne devienne plus forte que l’Etat. Intégrer les commerçants dans l’activité parallèle génèrerait plus de ressources fiscales et allègerait le recours à la dette, selon cette suggestion.

Parmi les idées constructives également, un député a appelé à la révision du système de compensation, pour l’orienter d’abord vers des catégories sociales dans le besoin et pour soutenir, ensuite, les activités qui génèrent des revenus comme le tourisme, le transfert des Tunisiens à l’étranger ou encore la production agricole. Dans cet ordre d’idées, un député a présenté certaines procédures bancaires compliquées qui entravent le transfert d’argent des Tunisiens établis à l’étranger, évoquant aussi les coûts élevés des transactions, ce qui se traduit par un manque à gagner au niveau des recettes en devises.

Un autre député a pointé la disparition des produits subventionnés des points de vente et une sorte de détournement de ces produits vers des activités professionnelles clandestines, appelant à aller de l’avant dans la digitalisation de la distribution pour plus de transparence et d’équité. Une dissuasion des contrevenants est également souhaitée selon certains points de vue.

Concernant l’investissement, plusieurs intervenants ont critiqué la faiblesse de l’enveloppe consacrée au développement, considérant que le projet présenté finance le déficit plutôt que le développement. Des députés ont suggéré de prévoir des exonérations fiscales pour encourager l’investissement dans l’énergie propre et la valorisation des ressources en eau pour combler le déficit énergétique et hydrique, tout en prévoyant des mesures dissuasives contre le gaspillage tout comme l’évasion fiscale.

Les entreprises publiques déficitaires ont également alimenté le débat, des députés s’interrogeant sur l’opportunité de continuer de consacrer des ressources du contribuable à des établissements qui ne disposent même pas d’états financiers, appelant le ministère à être plus exigeant avant de débloquer les soutiens financiers. Un autre député s’est demandé sur les résultats concrets des financements accordés par l’Etat aux entreprises publiques, aux caisses sociales et autres activités…

Un besoin de communication plus étroite a été, enfin, sollicité par nombre d’élus dans le but d’une coordination fructueuse entre « la fonction législative et la fonction exécutive ».

Les débats se poursuivront lors des prochains jours pour aller en profondeur secteur par secteur et département par département.

Auteur

Lassâad BEN AHMED

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