Société

Actes de vandalisme contre les trains: Une pierre anodine, des conséquences dramatiques

  • 1 novembre 2026
  • 6 min de lecture
Actes de vandalisme contre les trains: Une pierre anodine, des conséquences dramatiques
5 min de lecture

Derrière une vitre brisée, il y a parfois un visage ensanglanté, un voyage interrompu et des vies bouleversées. Face à la recrudescence des jets de pierres et des actes de vandalisme visant les trains, le ministère du Transport et la Société nationale des chemins de fer tunisiens (Sncft), avec le concours de plusieurs départements ministériels et partenaires de la société civile, ont lancé une nouvelle offensive de sensibilisation. Placée sous le slogan évocateur «Petite la pierre, grands les dégâts…», cette mobilisation entend responsabiliser les jeunes et rappeler que la préservation des transports publics est l’affaire de tous.

La  Presse — Une pierre lancée presque machinalement, un geste qui ne prend que quelques secondes, mais des conséquences qui peuvent durer toute une vie. C’est précisément ce décalage entre la banalité apparente de l’acte et la gravité de ses répercussions que les organisateurs ont voulu mettre en évidence lors de la rencontre organisée samedi 31 octobre au Centre culturel et sportif pour la jeunesse de Ben Arous. Cette manifestation a marqué le lancement de la troisième phase de l’initiative du ministère du Transport consacrée à la préservation des infrastructures publiques, tout en clôturant les activités de sensibilisation menées contre les jets de pierres sur les trains.

 Quand une pierre devient une arme

Les témoignages diffusés à travers plusieurs vidéos ont constitué l’un des moments les plus marquants de la rencontre. Des agents et conducteurs de trains victimes de ces agressions y racontent des scènes parfois traumatisantes. L’un d’eux évoque notamment une blessure à la tête ayant nécessité trois points de suture, après avoir été atteint par un projectile alors qu’il attendait la fermeture des portes d’un train. Une nuit éprouvante, des enfants bouleversés et une peur qui ne disparaît pas facilement. D’autres témoignages décrivent les risques encourus quotidiennement par les voyageurs et le personnel ferroviaire. Au-delà des blessures physiques, ces actes peuvent provoquer des mouvements de panique, des arrêts imprévus, des retards et même des perturbations en chaîne sur l’ensemble du réseau. Les conséquences touchent directement les citoyens : étudiants qui ratent leurs cours, salariés en retard, patients qui manquent leurs rendez-vous médicaux et familles contraintes de revoir leurs déplacements.

Le préjudice est également économique. Les vitres brisées, les équipements détériorés et l’immobilisation des rames représentent des charges supplémentaires pour une entreprise publique déjà confrontée à d’importantes contraintes. Mais une vitre peut être remplacée, contrairement à une vie humaine ou à un traumatisme psychologique.

 Une mobilisation qui dépasse le seul secteur du transport

Pour le ministre du Transport, Rachid Amri, la modernisation des services publics ne peut aboutir sans une prise de conscience collective et une responsabilisation des citoyens. L’ambition affichée est de permettre aux Tunisiens de bénéficier de transports plus fiables et plus dignes, sans devoir subir indéfiniment les défaillances et les perturbations. La préservation des équipements existants constitue, à cet égard, un préalable indispensable aux améliorations attendues. «Les pertes matérielles directes résultant des actes de vandalisme et des agressions ciblant le réseau de transport public national ont atteint environ 4 millions de dinars, englobant les dommages infligés aux rames de trains, de métros et aux parcs d’autobus», c’est le triste bilan révélé officiellement par Rachid Amri. Le ministre regrette que ces ressources financières n’aient pas été réorientées vers l’investissement productif pour moderniser les réseaux de base et rehausser la qualité des prestations fournies aux usagers au lieu d’être consacrées à réparer les dégâts causés par des malfaiteurs irresponsables.

La démarche préventive contre la poursuite des dégâts et dommages causés aux trains repose sur une approche interministérielle associant notamment la Jeunesse et les Sports, l’Éducation, l’Intérieur, les Affaires religieuses, les Affaires sociales, la Femme et la Culture. Le ministère de la Jeunesse mise sur ses établissements pour mieux encadrer les adolescents, développer leur sentiment d’appartenance et les éloigner des comportements à risque. Celui de l’Éducation entend renforcer l’éducation à la citoyenneté, élaborer une charte de conduite dans les transports scolaires et impliquer davantage les familles dans le suivi du comportement des élèves.

De son côté, le ministère de l’Intérieur a mis en avant le renforcement des patrouilles, notamment en civil, et la coordination avec les agents ferroviaires et les salles d’opérations afin d’intervenir rapidement lors des incidents. Les Affaires religieuses privilégient, quant à elles, les actions de proximité et les discours de sensibilisation dans les mosquées. Plus de 230 stations et espaces ont ainsi été concernés par des interventions durant la période allant de juillet à septembre dans la région du Grand Tunis.

Faire des jeunes des acteurs du changement

L’expérience conduite avec les maisons des jeunes de Mégrine, El Médina Jadida et des environs de Radès illustre cette volonté de ne pas réduire la lutte contre le phénomène à la seule répression. Selon Adel Jaouadi, directeur du complexe des jeunes Maghrébins de Radès, cette démarche participative s’est étalée sur près de trois mois, avec des rencontres, des visites de terrain et des activités créatives. Deux concours ont notamment permis aux jeunes de s’exprimer autrement : douze spots audiovisuels de sensibilisation et vingt-trois œuvres artistiques consacrées à la préservation des trains. Une visite du dépôt de maintenance de Jebel Jelloud leur a également permis de découvrir les coulisses du fonctionnement ferroviaire et l’importance des équipements publics.

La rencontre de Ben Arous a prolongé cet esprit à travers des prestations musicales, des démonstrations sportives, des animations et la remise de distinctions aux jeunes participants. Plusieurs interventions ont également insisté sur la nécessité de multiplier les espaces d’expression, de développer la pratique du football et du basketball, de valoriser les initiatives positives de la jeunesse dans les médias et de renforcer la sensibilisation via des émissions télévisuelles ou sur les réseaux sociaux impactant les jeunes.

Au fond, le message de cette campagne dépasse largement les chemins de fer. Un train appartient à tous, tout comme les équipements qui font fonctionner les services publics. Le protéger, c’est protéger les voyageurs, les agents et l’argent du contribuable. Et surtout, c’est comprendre qu’un geste présenté comme un jeu peut se transformer en drame. Car, effectivement, petite la pierre, grands les dégâts.

Auteur

Mohamed Salem Kechiche

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