Société

Chroniques de la Byrsa

  • 1 novembre 2026
  • 4 min de lecture
Chroniques de la Byrsa
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La fête de l’Arbre et ses suites

La Presse — Le deuxième dimanche du mois de novembre, nous serons, comme le stipule le calendrier officiel, en jour de célébration d’une fête nationale ? Oui, serons-nous à la fête de l’Arbre ? En tout cas, pour une célébration festive, on n’en aura pas perçu les signes annonciateurs jusqu’à la veille de l’événement.

Il y a deux ans, un coin de terrain vague non loin de la petite mosquée Lagha, à Carthage-Byrsa, avait été mis à la disposition de la section de Carthage des scouts pour que les « lionceaux » viennent y célébrer la fête de l’Arbre. Les lieux avaient été débarrassés de leur broussaille et des trous creusés pour accueillir les jeunes plans. Et, pour introduire une touche de solennité à cette occasion, une petite tente y a même été dressée derrière un mât portant l’emblème national et une large banderole glorifiant l’événement déployée au-dessus de l’abri. Je me souviens même avoir indiqué l’endroit à un jeune scout qui, dans son uniforme impeccable, errait dans les parages en compagnie de son père lorsque je les ai croisés sur mon chemin vers le marché.

Je n’ai malheureusement pas eu la chance d’assister à l’opération de plantation mais, de retour de mes emplettes, j’ai trouvé l’endroit déserté mais une quinzaine de plants y avaient été repiqués dont je n’ai pas reconnu les variétés. Quelles chances avaient ces jeunes arbres de survivre à la cérémonie ? Certes, tout avait été fait dans les règles de l’art : les arbres correctement mis en place, le trou soigneusement comblé et la terre autour doucement tassée, une cuvette autour du pied aménagée pour diriger l’eau vers les racines et, enfin, chaque arbre abondamment arrosé. Opération réussie ? Voire.

A-t-on pensé à l’effet que ne manquera pas de produire sur la psychologie du « lionceau » saturé de discours sur l’environnement, il aura constaté ce gâchis ?

L’endroit se trouvant sur mon chemin lorsque je me rends au marché de mon quartier, je manque rarement l’occasion de m’arrêter à ce carré pour suivre son devenir. L’opération de plantation ayant été effectuée au mois de novembre, les plants ont tenu bon durant la saison humide. L’été suivant n’a pas été aussi favorable et une bonne moitié de ces plants y ont laissé leur feuillage. Puis vint l’hiver de l’an dernier, abondamment arrosé. Les effectifs de ce carré de verdure s’en sont sortis regaillardis. Mais voilà : changement climatique oblige, nous avons connu l’été dernier la pire canicule de mémoire d’homme…et de plante (du moins à notre connaissance). A la veille de la commémoration de la fête de l’Arbre 2026, il ne reste plus que deux arbrisseaux sur la quinzaine plantée 24 mois en arrière. Et pour combien de temps ?

Tout cela était prévisible, dira-t-on, et naturel, ajouteraient d’autres. Ne serait-ce pas pour s’en tirer à bon compte ? Car s’il est évident que les conditions climatiques exercent sur les vivants, plantes comprises, un diktat parfois dur à supporter, il est tout aussi vrai que le comportement des bipèdes que nous sommes est pour beaucoup dans les aléas de la Nature. Au cours de la cérémonie de plantation de ces arbres, les responsables présents ont-ils pensé à la suite de l’opération ? Ont-ils pensé à l’arrosage régulier de ces plantes ? Au désherbage et à l’élagage ? Surtout, ont-ils pensé à l’effet que ne manquera pas de produire sur la psychologie du « lionceau » lorsque, revenant sur ces lieux où il aura été  saturé de discours sur l’environnement, il aura constaté ce gâchis ?

Auteur

Tahar Ayachi

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