La quatrième édition du Festival national du théâtre tunisien «Saisons de la création» a été inaugurée vendredi soir à la salle du Quatrième Art, à Tunis. Jusqu’au 7 novembre 2026, cette nouvelle édition entend conjuguer célébration de la création, valorisation des parcours fondateurs et réflexion sur les mutations du théâtre contemporain.
La Presse —Le théâtre tunisien se raconte aussi à travers ses héritages, ses rencontres et sa capacité à se renouveler. C’est autour de cette continuité que s’est ouverte, vendredi soir, la quatrième édition du Festival national du théâtre tunisien « Saisons de la création », en présence de plusieurs figures de la scène théâtrale nationale et d’un public venu retrouver les rendez-vous du quatrième art. Prenant la parole lors de la cérémonie inaugurale, le directeur du festival et directeur général du Théâtre national tunisien, Moez Mrabet, a insisté sur la nécessité de penser l’action culturelle dans la durée.
Pour lui, la continuité ne saurait se réduire au maintien d’un rendez-vous annuel : elle suppose la construction d’un projet capable d’élargir les horizons du théâtre tunisien, de renforcer son rayonnement et, surtout, de consolider son rapport au public.
Cette ambition s’est déjà traduite par une volonté de décentralisation. Après le lancement, lors de la précédente édition, des Rencontres théâtrales du Sud à Tozeur, le festival a organisé cette année les Rencontres théâtrales du Centre à Kairouan, du 23 au 26 octobre. Une démarche qui vise à faire circuler les expériences, à rapprocher les acteurs du théâtre issus des différentes régions et à inscrire davantage la création dans son territoire. «Saisons de la création» entend ainsi dépasser le cadre d’une manifestation consacrée à la présentation de spectacles pour devenir un espace de rencontre et de réflexion sur le théâtre tunisien, ses différentes écoles, ses évolutions et ses multiples expressions. L’ouverture aux nouvelles problématiques humaines et technologiques constitue également l’un des axes de cette édition.
À Kairouan, un colloque consacré à la formation théâtrale à l’ère de l’intelligence artificielle a notamment permis d’interroger les transformations que cette technologie introduit dans les pratiques artistiques et pédagogiques. Moez Mrabet a souligné que l’intelligence artificielle, désormais présente dans de nombreux aspects de la vie quotidienne, pouvait offrir de nouveaux outils aux arts du spectacle, à condition de préserver ce qui fonde l’essence même du théâtre: la créativité et la présence vivante. Mais regarder vers l’avenir suppose aussi de ne pas perdre de vue les fondements de cette histoire.
«Un théâtre sans histoire est un théâtre sans avenir», a affirmé Moez Mrabet, rappelant l’importance de la mémoire et de la reconnaissance des figures qui ont façonné la scène nationale. Cette conviction trouve un prolongement concret dans les hommages rendus, cette année, à deux personnalités majeures du théâtre tunisien : Mohamed Driss et Taoufik Jebali. Le choix de «Al Majnoun» (Le Fou), pièce de 67 minutes mise en scène par Taoufik Jebali et produite par El Teatro, pour ouvrir le festival, s’inscrit dans cette volonté de mettre à l’honneur un parcours et une contribution singulière à la vie théâtrale tunisienne. Deux courts documentaires retraçant les itinéraires artistiques des deux hommes et leurs principales réalisations ont également été projetés. À travers ces témoignages, c’est notamment leur rôle dans le développement du théâtre alternatif et la formation de nouvelles générations d’artistes qui a été mis en lumière. La mémoire de Mohamed Driss bénéficie, par ailleurs, d’un espace d’exposition à la salle du Quatrième Art.
Intitulée «Donnez-moi un théâtre… et je me charge de la création», cette exposition est accessible du 1er novembre 2026 au 30 janvier 2027. Des projections d’enregistrements des principales œuvres des deux artistes sont également prévues du 31 octobre au 7 novembre à la salle Rachad Manaï. Sur le plan de la compétition, quatorze spectacles ont été retenus pour la sélection officielle. Deux représentations seront proposées quotidiennement dans les espaces du Quatrième Art et d’El Teatro, du 31 octobre au 6 novembre. Entre hommage aux figures fondatrices, ouverture aux nouvelles écritures et volonté de rapprocher les scènes régionales, cette quatrième édition place ainsi la transmission au cœur de son projet : celle d’une histoire théâtrale à préserver, mais aussi d’une création appelée à poursuivre son mouvement.



