Le marché de la cocaïne en Tunisie demeure de taille relativement modeste, mais connaît une tendance à l’expansion, avec une consommation principalement concentrée parmi les catégories aisées des grandes villes côtières. Cette évolution est notamment liée à l’intensification du trafic de cette substance vers l’Europe via l’Afrique du Nord, selon les indicateurs de la criminalité organisée en Afrique publiés dans le cadre du programme “Renforcer la réponse de l’Afrique à la criminalité organisée transnationale”, financé par l’Union européenne.
Le prix élevé de cette drogue constitue un facteur de concentration de sa consommation parmi les catégories les plus aisées. En octobre dernier, le chef du service de lutte contre les stupéfiants à la direction de la police judiciaire d’El Gorjani, Mohamed Ali Chaïbi, avait indiqué à la télévision nationale que les réseaux criminels vendaient le gramme de cocaïne à un prix pouvant atteindre 300 dinars.
Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), l’augmentation du trafic de cocaïne vers l’Europe à travers l’Afrique du Nord a favorisé l’émergence de marchés de consommation locaux. Bien que ces marchés restent limités par rapport aux marchés traditionnels d’Amérique du Nord et d’Europe, ils connaissent une progression.
Les substances à base de cocaïne figurent désormais parmi les trois à cinq catégories de drogues les plus répandues dans la région, selon la même source.
Des traces de cocaïne détectées dans les eaux usées de plusieurs villes
La présence de cocaïne en Tunisie est également documentée par une étude scientifique consacrée à l’analyse des eaux usées dans plusieurs villes du pays.
Intitulée “Surveillance spatio-temporelle des drogues et des nouvelles substances psychoactives dans les eaux usées tunisiennes : une étude multicentrique sur les modes de consommation et l’impact de la pandémie de Covid-19”, cette recherche a fait l’objet d’un résumé publié en mars 2026 dans la revue Integrated Environmental Assessment and Management, éditée par la Société de toxicologie et de chimie environnementales (SETAC), dont le siège se trouve à Washington, aux États-Unis.
L’étude s’appuie sur les résultats d’analyses réalisées dans 15 stations d’épuration réparties dans six grandes villes tunisiennes. Les chercheurs ont collecté des échantillons d’eaux usées sur une période de 24 heures, pendant sept jours consécutifs, entre novembre et décembre 2021. L’objectif était de mesurer la présence de 11 substances stupéfiantes ainsi que de leurs métabolites, c’est-à-dire les composés issus de leur transformation dans l’organisme.
Les résultats ont montré que le cannabis, communément appelé “zatla”, constituait la substance stupéfiante la plus consommée dans les villes étudiées. Des traces de cocaïne ont également été relevées dans certaines agglomérations, avec des pics locaux notamment à Tunis et à l’Ariana.
Le texte intégral de cette étude n’étant accessible que sur abonnement payant, les résultats disponibles reposent sur le résumé scientifique publié par la revue.
0,52 % des lycéens interrogés déclarent avoir déjà consommé de la cocaïne
Les données relatives à la consommation de cocaïne chez les jeunes apportent un autre éclairage sur l’ampleur du phénomène.
Selon une étude réalisée en Tunisie en 2021 dans le cadre de la troisième enquête sur la consommation de drogues et les addictions dans la région méditerranéenne (MedSPAD III), 0,52 % d’un échantillon de 6 201 élèves des établissements secondaires ont déclaré avoir consommé de la cocaïne au moins une fois dans leur vie.
La même enquête s’est également intéressée à l’accessibilité de cette substance. Ainsi, 3,3 % des élèves interrogés ont estimé qu’il était facile de se procurer de la cocaïne. Cette proportion atteint 3,9 % chez les garçons, contre 2,9 % chez les filles.
En matière de perception des risques, près de 59 % des élèves considèrent que la consommation de cocaïne représente un danger important pour la santé. Toutefois, 13,5 % déclarent ne pas connaître les risques associés à cette substance.
Des risques importants pour la santé
Au-delà des données relatives à sa consommation et à sa circulation, la cocaïne présente des risques sanitaires importants.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cette substance peut provoquer une forte dépendance psychologique et une envie compulsive de renouveler la consommation, y compris après un nombre limité de prises. Cette dépendance augmente les risques d’addiction, de surdose et de mort subite.
Ses principaux effets néfastes comprennent des troubles cardiovasculaires, des infarctus du myocarde et des accidents vasculaires cérébraux (AVC). La consommation peut également entraîner des troubles psychiques, notamment l’anxiété, la dépression et la psychose.



