SOMMET RUSSIE-AFRIQUE: La Tunisie prône le pragmatisme
En participant, sur instructions du Président de la République, au troisième Sommet Russie-Afrique tenu les 28 et 29 octobre sous le slogan «Pour la paix, la sécurité et le développement», qui a débattu d’un large éventail de questions relatives à la coopération russo-africaine, au niveau international et régional, notamment dans les domaines de la politique, de l’économie et de l’aide humanitaire, la Tunisie met en pratique la politique d’ouverture voulue par Kaïs Saïed. Élargir le cercle de ses partenaires économiques, tout en renforçant les liens avec ses partenaires traditionnels en Europe et en Afrique, telle est la voie qu’elle a défendue au Kremlin.
La Presse — Il y a soixante-dix ans, à peine quelques mois après l’indépendance, Tunis et Moscou nouaient leurs relations diplomatiques. Ce 70e anniversaire donne une saveur particulière à la présence tunisienne au Kremlin. En mai dernier, l’ambassadeur de Russie à Tunis avait d’ailleurs qualifié la Tunisie de partenaire traditionnel, fiable et hautement apprécié de la Russie dans la région Mena. Il avait aussi affirmé que, selon un indicateur commercial qu’il a cité, la Tunisie se positionne en tête des partenaires commerciaux de la Russie en Afrique.
Mais au-delà des symboles, c’est surtout la méthode défendue par la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, qui retient l’attention, celle d’une diplomatie qui préfère les résultats aux proclamations. Le message tunisien a le mérite de la cohérence. Il place surtout la paix et la sécurité en premier lieu car rien ne se construit dans l’instabilité. Viennent ensuite la sécurité alimentaire et la gestion de l’eau, dans un continent à la merci des caprices du climat et des marchés. La santé suit, avec cette idée simple qu’aucun pays ne devrait dépendre d’autrui pour affronter une épidémie. L’énergie, elle, appelle une transition vraiment juste, qui tienne compte de la réalité africaine. Reste la jeunesse, premier trésor du continent, à qui il faut donner une éducation, une formation et un emploi.
Cette feuille de route n’a rien de théorique, elle parle des préoccupations de tous les jours des Africains. Elle rappelle surtout qu’un partenariat ne compte que par ce qu’il change réellement dans la vie des gens. La Tunisie a une conviction simple, celle que la paix ne s’impose pas par la force. Elle se construit en rétablissant la justice et l’équité, dans le respect de la Charte des Nations unies. D’où le plaidoyer de notre pays pour des «solutions africaines aux problèmes africains », fondées sur le dialogue, le consensus et le respect de la souveraineté des États, avec l’Union africaine en première ligne et une diplomatie qui agit avant que les crises n’éclatent. Les partenariats doivent se nouer sur un pied d’égalité, dans le respect mutuel et sans empiéter sur l’indépendance des décisions nationales.
Cet attachement au multilatéralisme n’empêche pas la franchise. Tunis regrette un système international qui perd la confiance, parce que le droit s’y applique à géométrie variable, ce « deux poids, deux mesures » dont le peuple palestinien paie le prix. À cet effet, la Cheffe du gouvernement a dénoncé l’impuissance des Nations unies face à ce qu’elle a qualifié d’injustice historique et de génocide, face à la colonisation comme à la privation alimentaire. Un échec qui ne fait que fragiliser le multilatéralisme lui-même. À ce propos, elle a appelé à une réforme profonde de l’ONU, sans attendre, pour un ordre mondial plus juste et plus équilibré, où l’Afrique et les pays en développement seraient enfin équitablement représentés.
Des partenariats qui doivent profiter aux Tunisiens
Le plan d’action Russie-Afrique 2027-2029 touche au commerce, à l’énergie, à la santé, au numérique et à l’éducation, et la Tunisie a fait savoir qu’elle était prête à y apporter ses compétences. Les premiers signes donnent déjà de l’espoir, puisque la directrice du bureau du Cepex à Moscou relève que les échanges entre les deux pays ont grimpé d’environ 14% sur les neuf premiers mois de 2026. Il faudra maintenant faire durer cette dynamique et l’étendre à d’autres secteurs.
Il est à souligner que, dans le cadre du suivi de ce troisième sommet, le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, a reçu le 30 octobre l’ambassadeur de Russie à Tunis, Alexander Zolotov, pour examiner les moyens de renforcer la coopération entre les deux pays. Le ministre a insisté sur la concrétisation des conclusions du sommet en projets précis, en particulier dans le secteur stratégique de l’énergie, ainsi que dans les domaines économique, scientifique, culturel, technique et touristique, avec un renforcement des cadres juridiques bilatéraux. Il a également appelé à une meilleure coordination avec les autorités russes sur la situation des citoyens tunisiens en Russie. De son côté, l’ambassadeur a salué cette initiative et réaffirmé sa volonté de concrétiser ce qui a été convenu.
La Tunisie aborde cette ouverture avec de vrais atouts. Des échanges déjà en hausse, des compétences reconnues, et une stratégie claire, celle d’un pays qui diversifie ses partenaires sans jamais rompre avec ses alliés historiques. Ne pas dépendre d’un seul partenaire est la meilleure des garanties dans un monde où les alliances se recomposent au gré des intérêts et des rapports de force, comme d’ailleurs l’a souvent souligné le Président de la République. Chaque nouveau partenariat, ajouté à ceux qui lient déjà la Tunisie à l’Europe et à l’Afrique, élargit ses marges de manœuvre.



