Faire du Dahar, dans le gouvernorat de Tataouine, une destination touristique à part entière, où la richesse des paysages se conjugue à la mémoire des lieux, aux savoir-faire ancestraux et à l’authenticité des modes de vie, suppose de miser sur une mise en valeur réfléchie et durable de son patrimoine.
C’est en substance le constat dressé par le professeur de sociologie et d’anthropologie à l’Université tunisienne, Mohamed Nejib Bou Taleb, qui estime que l’avenir touristique de cette région du Sud-Est tunisien repose autant sur la valorisation de ses trésors naturels, culturels, géologiques et architecturaux que sur l’amélioration des infrastructures d’hébergement et d’accueil et la diversification des activités proposées aux visiteurs.
Il préconise également une implication active des investisseurs et des habitants dans la conception de projets capables de faire de ces richesses un véritable moteur de développement économique et social.
Prenant part à une table ronde organisée dans le cadre de la deuxième édition du festival « Ifast Camp », au palais d’El Ferch, dans la délégation de Ghomrassen, au gouvernorat de Tataouine, autour du thème « Dahar : quel tourisme pour quel territoire ? », Bou Taleb a souligné que l’inscription du Géoparc du Dahar au Réseau mondial des géoparcs de l’UNESCO, en avril 2026, ouvre une perspective particulièrement prometteuse pour la région.
Cette reconnaissance internationale offre, selon lui, une occasion de mettre en lumière la singularité de ses paysages, la richesse de son patrimoine et la profondeur de ses savoir-faire locaux, mais aussi de faire de cette distinction un point de départ pour des projets concrets, au bénéfice des habitants et des territoires.
Car Dahar ne manque pas d’atouts. De Matmata et Béni Khedache jusqu’à Tataouine, de la plaine de la Jeffara, à l’est, aux étendues du Grand Erg, à l’ouest, ce vaste territoire déploie une diversité de paysages et de ressources humaines encore largement sous-exploitée sur le plan touristique.
Montagnes sculptées par le temps, oueds, grottes et formations géologiques côtoient les ksour sahariens et les habitations troglodytiques creusées dans la roche, autant de témoins d’une histoire singulière et d’un patrimoine architectural et culturel profondément ancré dans l’identité de la région.
Pour le professeur de sociologie, l’enjeu ne consiste pas seulement à faire découvrir ces lieux, mais à leur redonner toute leur place dans la vie économique et sociale de la région.
La valorisation de ce patrimoine passe par sa préservation, sa restauration et sa reconversion dans des projets touristiques respectueux de l’identité des lieux.
Une démarche qui permettrait de dynamiser l’économie locale, de créer des emplois et d’encourager les visiteurs à prolonger leur séjour plutôt qu’à se limiter à de simples excursions.
Dans cette optique, Bou Taleb appelle à s’inspirer des expériences de Tozeur et de Douz pour encourager les investisseurs à restaurer d’anciens ksour et à les transformer en petites unités hôtelières, à l’instar des initiatives engagées à Ouled Debbab et Haddada.
Il souligne également l’importance de développer les maisons d’hôtes et les gîtes ruraux, en associant les opérateurs privés, les habitants et la société civile à cette dynamique.
Le développement touristique du Dahar nécessite, par ailleurs, une stratégie intégrée conciliant valorisation des ressources locales et préservation des équilibres sociaux et environnementaux.
La création de circuits reliant les ksour aux sites naturels et géologiques, la diversification des activités de loisirs et la mise en valeur de sites tels que « Surface de la Lune », près d’Essmar, figurent parmi les pistes avancées.
Cette dynamique pourrait enfin s’appuyer sur une complémentarité avec la destination balnéaire de Djerba-Zarzis, afin de diversifier l’offre touristique du Sud-Est tunisien et d’inciter les visiteurs à découvrir davantage les richesses de l’arrière-pays.



