Les pharmacies privées tunisiennes traversent une période de fortes tensions financières, aggravées par les retards de remboursement de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM). L’accumulation des créances, le manque de liquidités et les difficultés à honorer les engagements auprès des fournisseurs ont considérablement perturbé les officines, menaçant la continuité de leur activité. Une situation qui pourrait, à terme, affecter l’approvisionnement des patients en médicaments.
Au-delà de leur fonction de dispensation des médicaments, les pharmacies constituent un maillon essentiel du système de santé et de la distribution des médicaments. Elles assurent l’interface entre les patients, les professionnels de santé et les fournisseurs. Pourtant, ce rôle est aujourd’hui fragilisé par les difficultés financières auxquelles sont confrontées de nombreuses officines, dûes notamment aux créances accumulées auprès de la CNAM.
Selon Aymen Khelifi, Secrétaire Général adjoint du Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (SPOT), les retards de paiement de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie ont progressivement installé un déséquilibre financier qui se répercute sur l’ensemble de la chaîne de distribution du médicament. « C’est un cercle vicieux : lorsque la CNAM ne rembourse pas les pharmacies, celles-ci ne disposent plus des liquidités nécessaires pour régler leurs fournisseurs et les grossistes en médicaments », explique-t-il.
Les conséquences dépassent ainsi le seul fonctionnement des officines. En raison des retards de remboursement de plus en plus longs, certaines peinent à payer leurs fournisseurs, à honorer leurs obligations fiscales et à assurer leurs charges courantes, notamment les salaires de leurs préparateurs. D’après le responsable syndical, sur les quelque 2 500 pharmacies privées que compte le pays, près de 300 ne parviennent plus à régler les grossistes répartiteurs à cause du manque de liquidités et ont du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois.
Médicaments vétérinaires, compléments alimentaires….: manque de contrôle des circuits de distribution
Au-delà des difficultés de remboursement, le responsable syndical a, par ailleurs, pointé du doigt plusieurs dysfonctionnements réglementaires qui affectent le secteur, évoquant notamment les difficultés liées à la distribution des médicaments vétérinaires, particulièrement dans les régions intérieures. Alors que la loi de février 2000 prévoit un cadre spécifique pour leur distribution dans les officines concernées, avec des dispositions relatives aux produits autorisés, aux quotas et aux médicaments destinés aux situations d’urgence, la non-publication et la non-application de la liste réglementaire, conjuguées à un contrôle insuffisant, ont favorisé la sortie de certains produits des circuits officiels.
Autre sujet de préoccupation : l’absence, selon le syndicat, d’un cadre réglementaire pour encadrer la commercialisation des compléments alimentaires et des produits cosmétiques dans les parapharmacies. Cette situation favoriserait leur vente dans des circuits insuffisamment contrôlés, notamment sur les réseaux sociaux.
Le syndicat a, pourtant, soumis des propositions dès 2017, afin que la vente de ces produits soit davantage réglementée dès lors qu’il s’agit d’un enjeu de santé publique lié à la protection des consommateurs.
Le tiers payant à nouveau suspendu
Face à cette accumulation de difficultés, les pharmacies privées réclament une réforme du mécanisme de remboursement de la CNAM. Elles plaident pour un nouveau mode de paiement permettant de réduire les délais de règlement et de préserver leur trésorerie.
La suspension répétée du tiers payant avec la CNAM traduit l’ampleur du malaise entre les officines et la CNAM. Au-delà d’un différend financier entre deux acteurs, cette situation soulève une question plus large : celle de la viabilité du réseau des pharmacies privées et de sa capacité à garantir durablement l’accès des patients aux médicaments.



