« Le projet de loi de finances pour l’année 2027 ne comporte pas de mesures concrètes susceptibles de garantir une répartition équitable de la charge fiscale entre les différentes catégories sociales ». C’est le constat dressé ce jeudi 5 novembre 2026 par Amine Bouzaiene, chercheur en politiques fiscales et fondateur du Centre Ali Ben Ghedhahem pour la justice fiscale.
Invité aujourd’hui sur les ondes de la Radio Nationale, l’expert a expliqué qu’il existe un déséquilibre flagrant entre la fiscalité directe et la fiscalité indirecte. Il a précisé que les impôts indirects, issus principalement de taxes à la consommation telles que la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), le droit de consommation et les droits de douane, représentent à eux seuls 58 % de la totalité des recettes fiscales de l’État. L’analyste a également soulevé ce qu’il a qualifié d’une distorsion majeure au sein même de la fiscalité directe, pointant le déséquilibre entre l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés. « 70 % des recettes de l’impôt sur le revenu proviennent directement des retenues à la source opérées sur les salariés », note-t-il.
Face à cette situation, Amine Bouzaiene a préconisé l’abrogation systématique de l’ensemble des avantages fiscaux accordés aux revenus du capital. Il a rappelé que la Tunisie figure parmi les pays qui accordent le plus d’incitations fiscales aux détenteurs de capitaux au détriment des autres sources de revenus, conformément aux conclusions du rapport de la Banque mondiale pour l’année 2024. Le chercheur a, à ce titre, appelé à soumettre les revenus du capital au même barème d’imposition que les revenus du travail, en calquant leur tableau fiscal sur celui applicable aux grandes entreprises, aux sociétés cotées en bourse et aux établissements bancaires. « La consécration de la justice fiscale s’impose comme l’unique option technique pour concrétiser le principe de souveraineté et d’autonomie financière de l’État », a-t-il martelé tout en signalant que l’évasion fiscale engendre un manque à gagner annuel évalué à 6 millions de dinars pour les caisses publiques.
L’expert a par ailleurs vivement critiqué le fait que le projet de loi de finances pour l’année 2027 ne prenne pas en considération les mutations économiques mondiales, les tensions géopolitiques internationales ainsi que les dérèglements climatiques. Des facteurs externes qui, poursuit Bouzaiene, « exercent pourtant des répercussions directes sur l’économie tunisienne ». En contrepartie, l’expert a salué certaines dispositions positives introduites dans le cadre des orientations budgétaires, citant notamment l’élargissement de la base des bénéficiaires des allocations sociales au profit des familles démunies et à revenus limités, la planification d’un volume important de recrutements dans la fonction publique ainsi que la régularisation de la situation professionnelle des travailleurs des chantiers. Il a ajouté que le maintien par l’État de niveaux élevés de subventions constitue un indicateur favorable, tout en déplorant l’insuffisance des crédits alloués pour relever les défis sociaux urgents, préserver le pouvoir d’achat des citoyens face à la poussée inflationniste et rehausser le volume des investissements publics.



